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Les parlements
debout


C'était réservé
aux hommes

La présence de la femme dans la vie politique des Etats modernes n'est pas toujours un fait acquis. Les images «ségrégationnistes» sont solides. C'est aux femmes de faire la cuisine. C'est aux hommes de diriger, de penser, de braver les obstacles. Ce problème a été au centre de la réflexion des Septièmes Journées philosophiques, du 18 au 20 décembre 2003, au Philosophat Saint Augustin de Kinshasa. Un événement à signaler, car il est "rare qu'une institution d'enseignement de la philosophie, dirigée par des hommes d'Église» en plus, se penche sur un thème pareil, a remarqué dès le début des travaux le Recteur Pierre Lévesque, R.S.V.

En 2002, les femmes membres du parlement et du sénat, à travers le monde, étaient 14% environ. Sur 180 pays, 14 sont dirigés par des femmes; et 6 femmes en sont vice-présidentes. Après avoir été, pendant longtemps, l'affaire presque exclusive des hommes, sauf peut-être dans certaines dynasties où on accepte une reine, la chose politique s'est ouverte aux femmes. D'ailleurs, un nombre croissant de femmes exercent des professions ou des métiers dits "masculins". Mais l'expérience est encore timide et certains pays (Kuwait, Émirats arabes unis…) n'accordent pas aux femmes le droit de vote ou d'être élues.

Sous-représentées

Un simple examen de la représentation politique des femmes au niveau mondial et en Afrique en particulier, atteste suffisamment de la sous-représentation des femmes dans les instances décisionnelles, particulièrement au niveau du gouvernement, du parlement ou de la direction des organisations politiques. Dans la réalité, dans la vie concrète, dans la manière de vivre au fil des années la vie humaine, on doit bien constater que la politique est masculine. Ce n'est que depuis peu, dans l'histoire de l'humanité, que cette arène ouvre ses portes à l'autre moitié de l'humanité. On peut affirmer, aujourd'hui, que le mouvement pour l'inclusion de la femme dans la vie politique s'intensifie.
Le Congo s'inscrit dans ce mouvement. On constate en effet que la femme occupe plusieurs postes dans les différents secteurs de la vie politique. Il n'était donc pas banal de tenter de tracer le profil de son influence, actuelle et future. La nomination de Madame Kanza Sophie aux fonctions ministérielles en 1966 constitue le point de départ de la présence féminine dans la politique active du Congo.
Entre 1965 et 1997, le pays a connu 70 remaniements ministériels. Pendant cette période 29 femmes ont participé aux différents gouvernements (de 2 à 7% en moyenne), exception faite pour l'année 1976 (9%), grâce sans doute à la
Décennie internationale de la femme proclamée en 1975 par les Nations Unies. Un fait est vrai, que la plupart d'entre elles ont occupé surtout des ministères à caractère socio-culturels tels que: Affaires Sociales, Condition Féminine et Famille, Travail et Prévoyance Sociale, Fonction Publique, Culture et Arts et Enseignement.
De 1997 à 2003 l'on a dénombré 13 gouvernements dans lesquels 13 femmes ont participé. Comme pendant la 2ème République, la présence féminine prédomine dans le secteur socio-culturel. Sur 61 membres de l'actuelle équipe gouvernementale, les femmes sont 8, soit environ 13%. 60 femmes sur 500 membres siègent au sein de l'Assemblée nationale, soit 12%. 3 femmes sur 120 personnes sont membres du Sénat, soit 2,5%. Sur 34 ambassadeurs, les femmes sont 7, soit 20,60%. Sur 392 fondateurs de partis politiques, les femmes sont 8, soit 2,5%. Dans les 5
Institutions d'appui à la démocratie (Commission électorale indépendante, Observatoire national des Droits de l'homme, Haute autorité des médias, Vérité et réconciliation, Ethique et lutte contre la corruption), il n'y a aucune femme.


Obstacles

La réflexion philosophique peut favoriser une approche sereine de la question et débusquer certaines idées parasites qui conditionnent le jugement sur la situation de la femme. Les orateurs aux septièmes Journées philosophique (6 femmes, 3 hommes), ont offert une lecture puisant aussi dans l'histoire, la science politique et la sociologie.
Il semble aller de soi que toute personne humaine, qui en a le goût, les aptitudes et la volonté, peut s'impliquer dans l'organisation de la vie politique. C'est l'affaire aussi bien des hommes que des femmes.
Il y a des images mentales qu'on se forme sur la nature humaine et qui perdurent. Il y a des éléments culturels qui nous commandent et qui sont difficilement remplacés par d'autres éléments plus accueillants pour l'une et l'autre moitié de l'humanité. Les images «ségréga-tionnistes» sont solides: la vaisselle, le ménage, l'éducation des enfants, tout cela revient aux femmes; le marteau, le volant d'un poids lourd, l'action de diriger, reviennent à l'homme.

Des images

On commence à peine à se poser la question: D'où vient cette exclusion dont il est si difficile de se départir?
La femme peut obtenir le grade d'officier dans l'armée, peut devenir Premier ministre. Mais elle, on peut le constater, doit toujours être plus compétente que l'homme. On aura de la difficulté à lui payer un salaire égal à l'homme pour des tâches équivalentes. On peut ajouter que, dans son for intérieur, l'homme (le mâle) ressent souvent un certain agacement lorsqu'il est commandé par une femme, ou qu'il doit se faire traiter par une femme. On remarque cela, même dans les pays où il semble que la femme est émancipée depuis un long temps.
La plupart de ces images sont présentées dans les manuels scolaires et transmis dans les milieux éducatifs, parfois de façon inconsciente. Ces images s'imprègnent dans l'inconscient, mais poussent à l'action. Au moment de laver la vaisselle, l'homme va s'asseoir.
Enfin il persiste, dans l'esprit, chez les hommes comme chez les femmes, un résidu d'une culture qui campait hommes et femmes dans des rôles et des attitudes typiques pour l'un et l'autre. Les témoignages et les statistiques présentés montrent qu'il reste un bon bout de chemin à parcourir pour atteindre l'égalité effective.
La reconstruction d'un pays repose sur la participation de tous les citoyens. En effet, la société comme telle est une abstraction. On a coutume de reprocher à la société de ne pas faire telle chose, à la société internationale de ne pas intervenir, à la communauté de ne pas être assez dynamique.
La société est ainsi perçue comme une entité en soi. Comme on l'a souligné, la société n'est autre chose que l'union de ses membres. Elle est vivante de la vie et de la volonté de chacun de ses membres.

Betty C. Imperial