N° 25  Janvier - Mars 2004

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Point de vue

Des moyens illimités

Cardinal J. A. Malula

Le commerce
de la terreur


Pourquoi m'appelles-tu sorcier?

De l'autre côté,

La politique...
un sale jeu?


Islam en Centrafrique

Les parlements
debout


C'était réservé
aux hommes

La Journée internationale de la famille - qu'on célèbre le 15 mai - a été instituée par l'ONU afin d'inciter les gouvernements à se préoccuper de la politique familiale. L'institution de la famille est sous constante menace, aujourd'hui plus que jamais. L'organisation de la famille est en train de changer. Les problèmes économiques, le relativisme moral, les idées venues d'ailleurs,

les modes, voilà autant d'explications. Et pourtant "La famille fondée sur le mariage est un patrimoine de l'humanité, c'est un grand bien, un bien suprêmement appréciable, nécessaire pour la vie, le développement et l'avenir des peuples". Jean-Paul II  au million de participants à la célébration conclusive de la 4ème Rencontre mondiale des Familles, à Manille (Philippines), en 2003.

Le cyclone

Quand on parle de la famille africaine il y a souvent la tentation de la considérer, a écrit le professeur camerounais Fabien Eboussi Boulaga "inerte comme un destin". Alors que la réalité est bien différente. Nous avons sous les yeux les titres - parmi d'autres - de trois quotidiens kinois pris au hasard, Le Potentiel, Alerte-Plus et L'Avenir du 10 janvier 2004. "Beaucoup de foyers, jadis tourmentés se sont stabilisés grâce à l'œuvre du Pasteur Evêque Pascal Mukuna, appelé Ambassadeur du corps universel de la paix… Trente conseils aux femmes mariées… La femme a retrouvé sa place au ménage… La femme objet d'amour au lieu d'être sujet d'amour, une sorte de violence non dénoncée. Et si la femme disait non?.. Une famille prise en otage au n° 135 du Boulevard du 30 Juin... Mon épouse n'obéit qu'au pasteur venu de la lointaine Côte d'Ivoire. Elle a quitté notre foyer pour s'occuper de la 'prière'… Une mère brûle les mains de sa fille de huit ans. La petite, depuis un certain temps, avait la mauvaise habitude de voler de l'argent. Elle a aspergé les mains de son enfant avec du pétrole et y a mis feu… Cent quarante millions d'hommes au monde souffrent d'impuissance sexuelle…"
Une succession de faits impressionnante, qui dans certains esprits pourrait favoriser une approche chargée de nostalgie: autrefois on savait transmettre les grandes valeurs de génération en génération… le sens du partage était grand, la solidarité était reine, les jeunes étaient soumis aux adultes, les femmes étaient sérieuses… autrefois!
Ou le mirage. C'est le cas, par exemple, de la famille Ndoye, sénégalaise, qui fait de la publicité sur Internet. Ses "enfants sont instruits. Ils ont étudié en France pour les plus vieux et au Québec pour les plus jeunes. Plusieurs membres de la famille ont la chance de travailler ». Une famille si éloignée des dizaines de millions de familles où la survie est assurée par le petit commerce, l'agriculture, la pêche, la cueillette, l'élevage, l'artisanat, qu'elle semble ignorer les tempêtes qui dévastent les familles, au niveau planétaire.

«Notamment»

C'est sur les difficultés qui mettent en péril la famille que les Églises des cinq continents se penchent régulièrement. Nous ne citerons que quelques exemples. La Conférence des Évêques du Massachusetts (USA), vient de tirer l'attention des chrétiens "sur l'effondrement de la vie familiale. Les raisons? Notamment le divorce par consentement mutuel, l'acceptation et la généralisation de la cohabitation des couples" Après avoir rappelé que la famille traditionnelle connaissait l'amour filial, la fidélité, le partage et la solidarité, les Evêques du Viêt-Nam dénoncent les "maux qui menacent les foyers: la multiplication des divorces, la baisse de la conscience de la dignité de la vie, la liberté sexuelle, la vie commune sans mariage, le recours facile à la violence...". L'année dernière la Commission Sociale de la Conférence Episcopale de France a dénoncé la violence conjugale, la violence contre les femmes ou les enfants, résultat dans de nombreux cas de la "facilité avec laquelle se défont les liens familiaux… Frapper un chien serait-il moins risqué que de frapper une femme?", se demandait la Commission vis-à-vis de l'amnistie accordée après les élections présidentielles (2002), annonçant "l'effacement des crimes pour violence conjugales, tandis que les actes de cruauté contre les animaux n'ont pas reçu le pardon".


Les fruits

C'est au niveau de la famille que nos sociétés accusent le plus douloureusement les coups du changement. Le tissu familial se déchire.
Selon une enquête sur la situation des enfants et des femmes en RDCongo "la moitié de la population âgée de 15 ans et plus est mariée et 8% vivent en union de fait. Une personne de cette tranche d'âge sur dix est en situation de rupture d'union par décès du conjoint, divorce ou séparation. Le premier mariage se contracte en moyenne à 21 ans chez les femmes et 26 ans chez les hommes... Une adolescente sur cinq âgées de 15 à 19 ans a déjà un enfant. Parmi les filles sans instruction et des couches sociales les plus défavorisées, c'est une adolescente sur quatre qui est mère à cet âge" (MICS2/2001, Unicef-USAID). Des données importantes, bien qu'elles laissent dans l'ombre l'autre moitié de la population et les nombreuses situations de concubinage, de mariage à l'essai, de polygamie. C'est tout un univers qui permet d'entrevoir un grand bouleversement de mœurs.
Lors de leur Réunion Plénière, en juillet 2002 les Évêques de l'Amecea (Association des Conférences Ep. de l'Afrique de l'Est) ont dénoncé "la violence domestique contre les femmes, les pratiques pour l'héritage des veuves, l'exclusion des femmes des droits de propriétés". Les énormes agglomérations urbaines (Le Caire, Abidjan, Casablanca, Lagos, Kinshasa, Johannesburg…) aggravent les risques de violence liés aux situations de misère évidente ou cachée des foyers. Selon un Rapport des Nations Unies, 1997, l'Afrique du Sud détiendrait le plus haut taux au monde de viols contre les femmes et les enfants. Conséquence de "la dislocation des familles ou de l'érosion des valeurs traditionnelles".
Sous des formes différentes, la violence menace aussi les foyers d'autres continents. Dans un document sur la famille, du 21 novembre 2003, les Evêques espagnols dénoncent la montée de la violence dans les foyers et expliquent que "la violence conjugale, les abus sexuels et les enfants laissés sans foyer sont "les fruits amers de la révolution sexuelle. Cette même révolution sexuelle, relèvent les prélats, a "séparé la sexualité du mariage, de la procréation et de l'amour".

Des explications

"La société traditionnelle, ayant perdue sa cohérence, s'effondre en créant de nouveaux problèmes liés à la vie sociale, urbaine et à la modernité (conflits de générations, querelles des religions, évolution des mentalités, phénomènes de marginalisation, etc.) sans pour autant leur trouver des solutions", écrivaient les Evêques de Centrafrique en 1996.
On respire la culture d'aujourd'hui: la recherche du bonheur individuel, la sécularisation, le relativisme moral, les idées venues d'ailleurs, les modes, la peur de se compromettre.
En 1991 l'archidiocèse de Kinshasa (3.500.000 habitants) avait registré 1814 mariages; en 2001 (6.500.000 environ), 1543.
Dans certains pays anglophones (Kenya, Ouganda, Zambie) on entend dire: "Come we stay",
viens, restons ensemble, on verra après. Le tout consolidé par l'assouplissement des lois: avortement, hausse des divorces , la lutte pour l'émancipation de la femme. Et la où la famille est en crise, surtout à cause de la misère, l'enfance est parfois traitée en machine à mendier, à exploiter dans la prostitution ou dans la violence tout court (enfants de la rue, enfants soldats). L'isolement provoqué par le relâchement des solidarités familiales et locales pèse lourd.
L'image "classique des familles africaines est remise en question depuis les années 80", a écrit la FAO dans une étude sur les femmes à la tête des familles rurales en Afrique. Au Botswana, par exemple, 50% des familles rurales ont une femme à leur tête, à cause de la migration de leurs maris vers les mines ou les villes sud-africaines
De multiples analyses donc et une longue liste d'explications: "Le caractère sacré de la vie, enseigné aux enfants de différentes manières, par l'éducation traditionnelle, est remise en question par la banalisation de la sexualité dans les médias, les comportements irresponsables des adultes qui poussent les jeunes à une sexualité précoce et la pratique de l'avortement", a écrit Edmond Djitangar, Évêque de Sarh (Tchad), le 2 février 2004. Le président de la Commission pastorale du mariage et de la famille (doyenné St Gabriel, Kinshasa), Nestor Lomeka, résume: "Nous sommes en train de vivre de grands changements. L'influence des parents est très faible par rapport à celle exercée par la télé, les orchestres, les modes venues d'ailleurs. Ils ont beau dire qu'il ne faut pas rentrer tard le soir ou qu'autrefois on ne faisait pas ceci ou cela. Les parents ont perdu l'autorité. Ainsi que l'Etat, d'ailleurs. Ils sont démissionnaires. Sans parler des causes économiques. Sans travail, sans moyens propres, les jeunes restent à la maison jusqu'à trente ans et plus. Combien de femmes, dont le mari est sans travail, ne se prostituent-elles pour un peu de pain?"

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