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Point de vue

Des moyens illimités

Cardinal J. A. Malula

Le commerce
de la terreur


Pourquoi m'appelles-tu sorcier?

De l'autre côté,

La politique...
un sale jeu?


Islam en Centrafrique

Les parlements
debout


C'était réservé
aux hommes

«De plus en plus»

Parmi les ennemis de la solidité de la famille deux, en particulier,  méritent réflexion. D'abord, le Sida. L'Afrique sub-saharienne compte 11 millions d'orphelins ayant perdu leurs parents à cause de cette pandémie.
A Windhoek, en novembre 2003, vingt-deux pays africains ont réfléchi sur ce problème. Les prévisions les plus conservatrices avancées par l'ONUSIDA prévoient que d'ici 2010, au Swaziland, au Zimbabwe et en Afrique du Sud, un enfant sur trois aura perdu au moins un parent, décédé du sida. Jesper Morch, porte-parole du South Africa United Children Fund, est catégorique: "C'est l'un des problèmes les plus graves auxquels sera confrontée l'Afrique du Sud au cours des prochaines années et c'est le problème contre lequel on est le moins préparé. Traditionnellement, ces enfants seraient pris en charge par la famille". A Windhoek on a observé qu'aux débuts du troisième millénaire ce n'est plus comme ça. La réponse des familles à ce problème est "très limitée, fragmentée et honteusement insuffisante… Il nous faut tuer le mythe sur les capacités de la famille africaine élargie. Ce mécanisme a été étiré depuis pas mal de temps. Il a aidé l'Afrique australe à faire face à la tragédie du VIH-sida depuis deux décennies. Mais il ne suffit plus".
La
dot. Un sujet qu'on ne devrait pas considérer dangereux et qui pourtant continue à faire couler beaucoup d'encre. La dot, critère de stabilité conjugale, signe tangible de l'entente du couple et de l'accord entre les familles devient de plus en plus un élément déstabilisateur. Il y a presque quarante ans (1965) Mgr J. Malula adressait une lettre aux fidèles de Kinshasa affirmant que "Beaucoup de parents disposent de leurs filles pour les donner à un homme comme s'il s'agissait d'une marchandise; certains n'hésitent même pas à faire le malheur de leurs enfants par amour de l'argent. Nous n'hésiterons pas à le dire: les chrétiens qui agissent de la sorte se comportent à l'endroit de leurs enfants comme des criminels". La même dénonciation revient, par exemple, dans le lettre pastorale déjà citée des Evêques de Centrafrique, en 1996: "Nous dénonçons les pratiques commerciales de la dot qui atteignent la femme dans sa dignité, l'assimilant à un objet qu'on acquiert. Nous dénonçons les dots exagérées et les exigences des ayants droit familiaux, qui vont jusqu'à briser les ménages et retenir les cadavres en otages, quand la dot n'a pas été versée. On ne peut se dire chrétien et être cupide à ce point".
Le 2 février dernier Edmond Djitangar, Evêque de Sarh (Tchad) rappelait que "La femme est devenue pour certains hommes un bien à acquérir pour démontrer leur puissance. La société tchadienne trouve en la femme une valeur financière, par la pratique des dots exorbitantes. Le montant excessif de la dot, le dépouillement des veufs et des veuves, la polygamie de prestige et bien d'autres déviations de la coutume dévalorisent le mariage et font de la femme un bien à acquérir".
"L'affaire de la dot plus qu'un scandale est une humiliation pour la femme, particulièrement de nos jours, en milieu urbain. La dot évolue avec le coût de la vie et les fluctuations monétaires. La fille n'a jamais été vendue aussi cher que de nos jours. Cela signifie que la vision chosifiante de la femme est loin d'être effacée de la mentalité de certains parents… Les mères mettent dans l'esprit des jeunes femmes arrivées au mariage la mentalité de la résignation, de l'acceptation des problèmes, des idées dépassées, des habitudes de ne pas se plaindre, de tout admettre parce qu'on est femme et par surcroît femme de quelqu'un, ce qui revient à dire, qu'on est propriété de celui qui a doté (acheté) la femme". (Claire Mbuyi Banza, Violence de la femme contre la femme, Ed. L'Epiphanie, Kinshasa, 2003)

Des reformes

Nombreux sont les pays qui se préoccupent, d'une manière ou d'une autre, devant les difficultés qui fragilisent la famille, de trouver des réponses et d'entreprendre des réformes, à partir de leur code de la famille. Au cours des dernières décennies, des questions majeures sont soulevées, en particulier pour ce qui concerne le statut de la femme au sein du foyer et l'héritage.
Voici quelques exemples. En 2002 le
Bénin a adopté un nouveau "Code des personnes et de la famille", où est supprimé notamment le mariage forcé et le lévirat (la veuve passe à un des frères de son mari défunt). Contrairement au projet qui consacrait la monogamie comme ''le principe'' et la polygamie comme ''l'exception'', les députés ont adopté les deux formes de mariage sur le même pied d'égalité. Ce qui n'a pas manqué de provoquer les justes réactions de la part de tous ceux qui croient que la polygamie ne respecte pas la dignité de la femme. L'âge du mariage est de 18 ans pour l'homme et 16 ans pour la femme.
Au
Sénégal, on propose que le Code de la famille promulgué en 1973, soit modifié, en supprimant certaines dispositions discriminatoires à l'égard de la femme. La pomme de discorde porte essentiellement sur l'article 152 qui dit ''Le mari est le chef de famille, il exerce ce pouvoir dans l'intérêt commun du ménage et des enfants'', et qui consacre la notion de ''chef de famille'' conférée au seul mari.
En
Côte d'Ivoire, en 1998 on a adopté des lois portant répression de la violence à l'égard des femmes (mutilations génitales féminines, harcèlement sexuel, union précoce ou forcée), et élaboré un code de la famille assurant certains principes: l'âge du mariage des filles est fixé à 18 ans, le libre consentement des conjoints est requis, la dot et la polygamie sont supprimées, les droits de la veuve à l'héritage sont reconnus.
Au
Maroc la récente réforme du Code de la famille, a été saluée comme une "révolution". Désormais, la femme marocaine n'est plus sous la tutelle du père ou d'un grand frère; elle pourra librement choisir son époux, établir des contrats de partage des biens acquis durant le mariage, demander le divorce sans perdre la garde des enfants et le domicile conjugal, refuser la polygamie. L'âge du mariage passe de 15 à 18 ans pour la femme.
Algérie. Le Code de la famille promulgué en 1984, a été immédiatement appelé "code de l'infamie" par certaines militantes des droits de la femme. Largement inspiré par la loi coranique (charia), ce Code consacre légalement l'inégalité des sexes: la femme doit obéissance à son mari et ne peut travailler sans l'autorisation de son mari. La polygamie est autorisée. Une réforme est en cours, mais les islamistes veillent et lancent des campagnes pour convaincre la population que l'indépendance des femmes est le début de l'immoralité; le travail des femmes la première cause du chômage; le port du voile un commandement divin. D'ailleurs certains codes familiaux de pays musulmans au sud du Sahara, qui font pourtant de la laïcité un principe de gouvernement, ont introduit, à propos du statut personnel, des dispositions du Coran qui renforcent la position de l'homme comme chef de famille, le maintien de la polygamie, etc.
En
RDC une petite "révolution" a été annoncée en 2003. La phrase: "La femme mariée peut librement engager ses services, sauf... opposition expresse de son mari" ne figure plus dans le nouveau Code du travail, qui reconnaît l'égalité de droits entre l'homme et la femme au travail. Au Zimbabwe, où les lois coutumières régissent la plus grande partie des relations personnelles, la plupart des mariages ne sont pas enregistrés. Il est entendu qu'une femme mariée travaille pour son mari et que tous les biens accumulés durant le mariage, à part les ustensiles de cuisine, appartiennent au mari. Mais une réforme adoptée en 1997 a également introduit une mesure de sécurité pour les femmes en stipulant que le conjoint survivant et les enfants du défunt ont le droit d'hériter des biens du défunt. La loi coutumière empêchait une femme d'hériter des biens de son défunt mari.
Les
Tanzaniennes tout comme les Kenyanes, n'ont pas droit à l'héritage tant qu'il y a des héritiers mâles…

Conclusion

Ce qui précède pourrait induire à des conclusions déprimantes. On n'a pas le droit, cependant, de perdre de vue l'objectif de toute famille, même de la plus simple: construire le bonheur de tous ceux, petits et grands, qui la composent. Noyau, fondement, base de la société, les mots ne manquent pas pour marquer l'importance de la famille. Elle reste toujours, pour la plupart des gens, le dernier refuge. Lorsque arrive un événement malheureux, on sent la nécessité d'un soutien moral ou matériel de la famille. Même au tribunal où il est seul devant le juge, l'homme sent le besoin d'avoir des gens nombreux derrière lui. On est fier quand on peut dire qu'on "a une grande famille".
La vision chrétienne suppose tout cela, ont affirmé les évêques africains au Synode de 1994. "Dans la culture et la tradition africaines, le rôle de la famille est universellement considéré comme fondamental. Ouvert à ce sens de la famille, de l'amour et du respect de la vie, l'Africain aime les enfants, qui sont accueillis joyeusement comme un don de Dieu. Les Africains aiment la vie
. Ils apprécient la vie et rejettent l'idée qu'elle puisse être supprimée, même quand de soi-disant civilisations progressistes veulent les conduire dans cette voie. Des pratiques contraires à la vie leur sont toutefois imposées par le biais de systèmes économiques qui ne servent que l'égoïsme des riches». (L'Eglise en Afrique, n° 43)
La fragilité de tous ceux qui reculent par crainte de l'échec ou devant les exigences et les charges d'un engagement définitif, seul capable d'épanouir l'amour des époux, ne doit pas l'emporter. Le prix attaché par beaucoup de gens à la vie familiale, la préoccupation pour l'éducation des enfants, les nombreux couples qui tôt ou tard s'adressent à l'Eglise pour régulariser leur situation, la disponibilité des jeunes à s'investir dans une préparation sérieuse, les différents mouvements où se retrouvent les familles chrétiennes, tout cela permet de voir la situation avec espoir.
Aux évêques du Burkina Faso et du Niger, présents à Rome pour leur visite quinquennale (juin 2003), Jean-Paul II donnait des repères concrets: "La famille chrétienne est appelée à être une cellule puissante de témoignage chrétien, dans la société marquée par des mutations rapides et profondes». Vos rapports évoquent le témoignage donné par de nombreuses familles, qui vivent de manière héroïque la fidélité au sacrement du mariage chrétien, dans le contexte d'une législation civile ou de coutumes traditionnelles peu favorables au mariage monogame.
Dans un monde où le divorce est souvent considéré comme une solution normale aux difficultés et aux échecs, la fidélité conjugale peut devenir un signe caractéristique de l'amour chrétien. Elle est particulièrement signifiante.
En certaines circonstances, elle ne peut être vécue ou retrouvée qu'avec une force spirituelle dépassant les capacités humaines. Elle reproduit alors l'un des traits de l'Alliance indéfectible conclue par Dieu avec son peuple dans le sang du Christ".

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