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Point de vue

Des moyens illimités

Cardinal J. A. Malula

Le commerce
de la terreur


Pourquoi m'appelles-tu sorcier?

De l'autre côté,

La politique...
un sale jeu?


Islam en Centrafrique

Les parlements
debout


C'était réservé
aux hommes

Que l'on y croie ou que l'on n'y croie pas,
la sorcellerie  semble exister et se manifes-
terait par des discours, des attitudes, des
gestes, des expériences vécues dans tous
les milieux. José Mpundu, psychologue cli-
nicien et prêtre de Kinshasa, découvre ce
qui se cache derrière les accusations de
sorcellerie ou tout simplement derrière le

discours de la sorcellerie. Un phéno-
mène qui a pris une grande ampleur
dans la plupart de villes de l'Afrique.

Commençons par quelques histoires de sorcellerie parmi tant d'autres qui circulent dans nos milieux..
Maman Ngalula est venue de Mbuji-Mayi pour rendre visite à l'un de ses fils qui vit à Kinshasa et qu'elle n'a plus vu depuis bien longtemps. Elle ne connaît pas la ville et encore moins la langue parlée à Kinshasa: le lingala. Elle habite à Masina chez son fils. Un matin, vers 5 heures, elle s'est retrouvée au Pont Matete toute nue. Les gens du quartier qui l'ont aperçue dans cette tenue, à cette heure-là, ne pouvaient conclure qu'à une chose: c'est une sorcière qui est tombée là parce que «leur avion de nuit» n'avait plus de «carburant».
Ils ont commencé à l'interroger en lingala. Ne comprenant rien à ce qu'on lui demandait, elle répondait seulement par «Oui» à toutes les questions. Avait-on encore besoin d'autres preuves puisque elle-même a avoué qu'elle est sorcière? La vieille maman a eu la vie sauve grâce à la police qui passait par là.
Son affaire a été amenée au tribunal. Et là, le juge a eu la présence d'esprit de demander une expertise médicale. On fit venir un médecin neuropsychiatre. Après examen, il s'est avéré que la vieille dame souffrait de l'épilepsie du lobe temporal. Ce qui expliquait son comportement de noctambulisme. Le médecin décida de la mettre sous traitement. Ce qui fut fait. Après quelques mois, elle ne faisait plus de crise et ne présentait plus de comportements anormaux.

Bizarre

Xavier est un garçon de 16 ans. Il est né dans une famille de huit enfants dont 4 garçons et 4 filles. Son père et sa mère sont vivants et constituent un couple uni. A cause de son comportement bizarre, Xavier est chassé de la maison par son père qui l'accuse d'être sorcier. Heureusement pour lui, son oncle paternel, un catholique pratiquant, très engagé dans des œuvres sociales, le récupère et veut lui donner une chance pour réussir sa vie. Quelque temps après son arrivée chez son oncle, la femme de celui-ci constate que son commerce ne marche plus bien; sa santé ne va  plus bien; bref, beaucoup d'anomalie dans leur maison. Elle n'ira pas loin pour désigner la cause de tous ses malheurs qui s'abattent sur eux : la présence de Xavier. L'ayant amené dans une séance de prière, les intercesseurs leur disent que ce jeune homme a des «œuvres de nuit», qu'il a une «femme de nuit» avec qui il a huit enfants. Le jeune Xavier ne réfute pas ces allégations. La seule solution serait de se débarrasser de lui en le chassant.
L'oncle l'amène chez moi pour un entretien. Le jeune homme dit qu'il rêve souvent la nuit qu'il est avec une femme. Et comme ce rêve se présente avec des contours très réalistes, le gars ne fait pas la distinction entre le rêve et la réalité. Il admet donc que les accusations portées contre lui d'avoir une femme de nuit et d'être, par conséquent, un sorcier sont fondées et sont irréfutables.

Trois enfants

Une jeune dame raconte que ses trois enfants sont des sorciers. Cette femme vit seule pour le moment. Le père de ses enfants est parti dans un pays lointain depuis longtemps et ne donne pas de ses nouvelles. Elle-même ne travaille pas et vit chez une amie mariée. Elle a découvert, dans un rêve, que son fils aîné est sorcier. Elle avait rêvé que son fils s'attaquait à elle. Le lendemain matin, elle soumet son fils de 11 ans à un interrogatoire serré. Le fils admet qu'il est sorcier et raconte comment il a eu la sorcellerie d'un membre de la famille de son papa. C'est lui qui, à son tour, a donné la sorcellerie à ses deux petites sœurs de 9 et de 7 ans. La jeune dame a eu la confirmation de toutes ces allégations auprès d'un pasteur, qui a reçu une vision du Seigneur lui montrant que les trois enfants étaient engagés dans le «monde des ténèbres», le «monde des esprits mauvais». Il fallait donc faire sur eux une prière de délivrance. En attendant, le pasteur conseille à la jeune dame de se séparer de ses enfants pendant un temps. Ce qu'elle fit en déposant les enfants chez ses parents, qui restent toujours fidèles à leurs fétiches et à certaines croyances traditionnelles

Une manière

La sorcellerie est une croyance populaire en adéquation avec la recherche d'explication rationnelle des malheurs qui s'abattent sur des gens fragiles à la poursuite de boucs émissaires.  La sorcellerie est une manière psycho-culturelle d'interpréter la réalité du mal, de la souffrance et de la mort. De ce fait, elle relève des croyances et de l'imaginaire collectif. C'est un fait construit pour les besoins de la cause.
Frappé par la souffrance, par le mal,l'individu cherche à se libérer d'un sentiment de culpabilité, à prendre une attitude de fuite face à ses responsabilités ou à des difficultés. On désigne un
«bouc-émissaire» sur lequel on décharge la responsabilité du mal ou de la souffrance dont on est victime. Cela permet d'expliquer que lorsqu'un malheur s'abat sur nous ou lorsque nous connaissons un échec, c'est la faute des autres. Pour ce faire, on se rabat généralement sur les personnes qui ne peuvent pas se défendre, les enfants, les femmes, les vieilles personnes.
La sorcellerie comporte aussi un aspect de «recherche du pouvoir sur les autres». Ce pouvoir, fondé sur la crainte, la peur de la mort, donne à celui qui le détient et l'exerce la capacité de dominer et d'exploiter les autres.
Ce pouvoir, on peut se l'attribuer soi-même ou l'on peut le recevoir des autres qui vous le reconnaissent selon un jeu de rapports sociaux et de croyance. Ainsi, par exemple, dans les tribus à tradition matriarcale, c'est souvent l'oncle maternel qui est considéré comme «sorcier» parce que c'est lui qui détient le pouvoir; par contre, dans les tribus à tradition patriarcale, c'est la tante paternelle qui est désignée comme «sorcière» car c'est elle qui détient le pouvoir.

Problèmes

Derrière le discours de la sorcellerie se cachent des problèmes humains de différents ordres. Nous rencontrons des problèmes d'ordre psychologique et affectif (manque d'amour, d'affection, de tendresse, de considération; jalousie), des problèmes socio-économiques (manque d'emploi, manque de moyens de subsistance, etc.), des problèmes relationnels, des problèmes conjugaux, religieux, politiques, de santé (physique ou mentale), bref des problèmes existentiels de tout genre.
Ceux qui accusent les autres d'être des sorciers sont des gens qui ont des problèmes dont ils ne veulent pas assumer la responsabilité. Ils ont besoin d'un bouc-émissaire. Ils veulent se débarrasser d'un membre de famille gênant en l'accusant de sorcellerie. Les personnes qu'on accuse d'être des sorciers sont des personnes qui posent problème à leur entourage à cause de leur état de santé physique ou psychique, à cause de leur situation socio-économique, parfois à cause de leur intelligence supérieure et leur perspicacité et clairvoyance, etc. Les personnes qui se proclament d'elles-mêmes «sorcières» sont des personnes en quête de pouvoir ou de prestige. Ou animés par la volonté d'exploiter les autres en leur faisant peur, de se faire une place sous le soleil et d'être reconnus dans la société, etc.

Conséquences

La sorcellerie a des conséquences néfastes dans la vie personnelle des individus accusés d'être sorciers et dans la vie de la société.
Elle tue les relations, la confiance, l'amitié, la solidarité et engendre une violence meurtrière tant sur le plan psychologique que sur le plan physique. Elle constitue un véritable frein au développement tant individuel que social.
Pour lutter contre ce phénomène il faudrait développer la capacité d'analyse des problèmes réels de la vie et rechercher des solutions objectives. La misère est un terrain qui favorise l'éclosion de croyances négatives qui empêchent l'homme d'être responsable de sa vie.

J. M.