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Mgr. Paulin Pomodimo, Archevêque de Bangui (R.C.A). En juillet 2003 il a remplacé Mgr. Joachim Ndayen, qui depuis 33 ans guidait l'Eglise de la capitale centrafricaine. Précédemment, il était à la tête du diocèse de Bossangoa.
- Quel est l'héritage que Mgr. Joachim Ndayen Vous a légué? Je crois qu'il faudrait tout d'abord reconnaître qu'à travers cet homme, le Seigneur a fait don d'une grâce exceptionnelle à notre pays et à notre Eglise. L'Archevêque Monseigneur Joachim NDAYEN, de par son intelligence, de par sa vision qu'il avait pour l'Eglise, a donné à notre communauté ecclésiale une dignité, qu'aujourd'hui tout le monde reconnaît. Que ce soit dans le domaine politique ou dans le domaine social, l'Eglise aujourd'hui en Centrafrique reste une institution incontournable et cela grâce à la perspicacité, à l'intelligence de celui que j'ai l'honneur de remplacer.
- L'Eglise qui est en RCA semble s'impliquer dans la solution des difficultés que ce pays connaît et tente de faire une lecture lucide et sévère de l'histoire du Pays. Nous pensons toujours que l'Evangile doit être une Bonne Nouvelle pour le Centrafricain d'aujourd'hui. Nous annonçons un Dieu qui s'est fait homme, nous savons que désormais on ne peut pas parler de Dieu sans parler de l'avenir de l'homme. C'est pour cela que nous restons très attentifs par rapport aux situations socio-économique, socio-politique de notre pays. Chaque fois que nous constatons que cette image de Dieu qu'est l'homme est piétinée, eh bien, nous sommes obligés de prendre la parole pour dénoncer cela.
- Lors des événements 2001-2003, le diocèse de Bossangoa, dont vous étiez le pasteur avant de venir à Bangui, a connu, plus que d'autres communautés, de nombreux actes de violence et de pillage. Y aurait-il une explication? Je ne crois pas qu'il y ait une explication particulière à cet acharnement dont les bandits de grands chemins, qu'on appelait à l'époque les rebelles, ont fait preuve lorsqu'ils sont arrivés dans notre diocèse. Dans l'arrière-pays malheureusement, vu la grande pauvreté de ses lieux, l'Eglise Catholique avec ses moyens qui sont pourtant limités, apparaît comme une institution riche. Mais je crois qu'il ne faut pas être naïfs. La hargne avec laquelle ces hommes-là se sont attaqués à l'Eglise, eh bien, pourrait trouver une autre explication: la plupart de ces hommes-là, c'étaient des musulmans qui nous venaient du Tchad. Et à l'époque au niveau de la Conférence Episcopale, nous avons eu bien conscience qu'il s'agissait là aussi des relents islamistes par rapport à tout ce que l'Eglise essaie de faire dans l'arrière pays. Il y avait, je l'avoue aujourd'hui, une réelle volonté d'effacer l'Eglise Catholique de ces endroits là.
- Les Evêques centrafricains ont affirmé que toutes ces aventures guerrières ne visent habituellement qu'à installer un homme au pouvoir. Les victimes innocentes servent de marchepied pour accéder au pouvoir.
Nous avons toujours clamé haut et fort que les problèmes actuels de notre pays ne peuvent pas être réglés par les armes. Nous sommes en train de vivre les conséquences d'une aventure guerrière. Je crois que la chance aujourd'hui pour notre pays c'est d'aller sereinement vers les élections pour qu'enfin nous puissions renouer avec les structures démocratiques. Cela permettra aussi de renouer dans le calme avec les grandes institutions qui peuvent nous aider à démarrer notre économie. Il y a encore des hésitations au niveau de la communauté internationale par rapport au régime en place.
- On a préféré la solution musclée...
A l'époque les gens n'ont pas voulu suivre ce que l'Eglise proposait comme issue à la crise que nous traversions. Nous soutenions avec conviction que ce n'était qu'à travers un dialogue national, que l'on pouvait sortir de la situation vraiment difficile. Le pays a pris une autre option, on a voulu utiliser des armes, comme ont dit les Evêques dans le message de janvier 2004 pour mettre un homme au pouvoir. Mais nous continuons toujours d'espérer que les uns et les autres comprendront que ce n'est qu'à travers un dialogue national approfondi que nous pouvons donner une chance à notre pays et à travers les élections que nous tous, nous sommes en train de préparer.
- Dans le message de janvier 2004 les Evèques de la RCA souhaitent «que les puissances du mal ne brisent pas notre confiance à notre capacité de nous en sortir». Il s'agit de quelles forces en particulier?
Il s'agit des forces qui se mettent en place lorsqu'il y a chez les uns et les autres cette grande soif de s'emparer du pouvoir. Ils ne considèrent pas si pour y arriver 'il faut marcher sur la population, s'il faut tuer, violer, casser, piller. On le fait tranquillement. Ce sont ces forces mises en évidence par ces appétits de pouvoir que les Evêques ont stigmatisées dans leur lettre pastorale. Nous pensons qu'on ne va pas prendre le pouvoir pour le simple plaisir de prendre le pouvoir. On prend le pouvoir, on accède au pouvoir pour travailler pour le bien de la population.
- Les Evêques ont dit aussi: «Nous sommes convaincus que face à la crise actuelle, la solution n'est pas militaire; l'option militaire, si courageuse soit-elle, ne peut engendrer que peines et souffrances inutiles... Oui, nous avons vu récemment, lorsqu'il y a eu nous avons enregistré des troubles au niveau du km 11 (sur la route qui va vers le Nord). Cela s'inscrit dans la logique même des moyens qu'on a utilisés pour arriver au pouvoir. En utilisant la force pour accéder au pouvoir, il faudrait savoir qu'on met en terre, on sème les germes de la violence. Nous sommes totalement convaincus que si les Centrafricains ne prennent pas le temps de s'asseoir autour d'une même table pour parler de l'avenir de leur pays et si chaque fois le champ est laissé libre à tout un chacun de prendre des mercenaires pour s'emparer du pouvoir, eh bien, nous serons toujours en train de vivre des crises à répétition, telles que celles que nous venons d'enregistrer.
- Quel souvenir gardez-vous de l'expérience en tant que coordonnateur du dialogue national en décembre 2002? J'ai vécu ce moment-là, je dirai, comme la réalisation plénière de mon ministère épiscopal. Je crois que le Seigneur m'a donné là l'occasion de mieux percevoir la qualité de mon engagement en tant que Pasteur. Puisque j'étais au milieu de ces hommes, de ces femmes-là qui étaient en train de se battre, comme le témoin d'une autre vision du monde. Lorsque j'allais vers les rebelles j'utilisais le langage de la vérité, je leur disais que par la violence on ne faisait qu'ajouter beaucoup de misères à la population centrafricaine et cela je crois que les a beaucoup touchés, à tel point qu'aujourd'hui si l'Eglise Catholique est respectée, c'est parce que jusqu'au bout nous avons farouchement tenu à être neutres.
- Mais la conclusion n'a pas été celle qu'on espérait.
Ça a été pour moi l'occasion de découvrir la complexité du cœur humain. Des personnes vers qui j'allais pour demander plus de tolérance par rapport aux autres, eh bien, devant moi elles disaient oui. En d'autres lieux, ces mêmes personnes agissaient autrement. Je pense spécialement à l'ancien Président, un homme éminemment intelligent, mais qui au moment où nous étions en train de travailler pour la réconciliation nationale, me paraissait diaboliquement têtu. Et nous avons raté cette extraordinaire chance qu'on était en train de donner au pays à travers le dialogue national, ce forum où les filles et fils de ce pays devaient se retrouver pour enfin se parler franchement et donner une chance à notre pays.
P. Tonino F. Nyabenda
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