N° 27  Juillet - Septembre 2004

AE 27
Éditorial
Les fous de Dieu
Pour s'en sortir.
Ce monde.
De clichés, pleine la tête.
Tout chrétien est citoyen.
Il marque les cœurs.
Parlement africain.
L'autre opinion.
Qu'en pensez-vous?
Congoskill
Un grand nombre

Contrôleur urbain des finances, Pierre, un Belge qui dans sa prime jeunesse pensa devenir religieux, était un père de famille tranquille; de ses quatre enfants il assurait avec sérénité l'éducation et l'instruction, en symphonie avec Andrée, discrète mère au foyer.

Fonctionnaire bien au-dessus du lot, probe comme pas deux, Pierre se vit offrir un avancement au poste d'inspecteur provincial des finances, un bond qui l'eût propulsé, cela va sans dire, fort haut par-delà ses pairs, grossissant du même coup l'enveloppe des honoraires modestes qu'il touchait jusque là. «J'ai refusé le poste: pour quelques dizaines de milliers de francs en plus je répugnais à mettre en péril l'équilibre de mon foyer et l'avenir humain et spirituel de mes enfants, à cause de mes longues absences de la maison où je n'aurais pu retourner qu'un week-end sur trois ou quatre. Non! Ma famille vaut plus que tout l'or du monde!

Et puis il y avait mon engagement à l'Eglise: bientôt j'aurais été ordonné 'diacre permanent', et ceci était sans prix pour mon âme et pour le service de mes frères!»
Il devint évidemment la risée de tous ses collègues jusqu'au sommet de la hiérarchie: refuser une fortune et les plaisirs gratuits pour demeurer auprès d'une «femme ménopausée» et des «enfants à couver», et «se faire curé», il fallait être fou à lier. Et les chrétiens «tièdes» (Apoc.3,16) d'ajouter: «Et il n'est même pas certain que ce refus soit la volonté de Dieu: une telle aubaine prouve même le contraire» etc…
Le placide Pierre, blessé dans ce qui nous reste encore toujours d'amour propre, fut intimement très humilié mais se tut, comme son Maître, l'esprit absorbé par les terribles mots de Paul:
«Avec le Christ je suis un crucifié; je vis, mais ce n'est plus moi, c'est Christ qui vit en moi. Car ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m'a aimé et s'est livré pour moi». Gal. 2,19-21. Veuf serein et recru d'âge, Pierre achève son parcours finissant «dans la justice et la sainteté» (Lc.1,75), béni en ses fils, ses petits- et arrière-petits-fils...
Ce XXIème siècle qui vient de commencer est un siècle d'ouverture et non de dissimulation. C'est ressenti ainsi par plus d'un à travers le méga-village mondial, cette vieille Cité humaine qu'avec hargne, Prométhées infatigables, les hommes cherchent à robotiser, sans égards pour la liberté qui est référence à Dieu.

Dieu? Impossible de l'escamoter: il marque le cœur et l'environnement de l'homme du Troisième Millénaire. Et c'est, pour les chrétiens jetés dans la mêlée humaine, le
Kaïros: le temps favorable» (2Cor.6,2), aujourd'hui, pour que les hommes ou les femmes «saisis» pas l'évangile - c'est leur «combat de Jacob»(Gn.32,25) - découvrent à un tournant de leur vie la présence et la sainteté du «Dieu caché» (Is.45,15). Etincelles du «Verbe de Vie» (1Jn.1,3 ) dont ils se font amis toujours plus intimes, ils rayonnent alors Sa Gloire dans leur quotidien banal devenu pour chacun une histoire sainte, parce qu'une histoire d'amour. Ils prennent l'amour de Dieu au sérieux et ils s'engagent. Des «saints cachés», donnant sens à la vie terrestre.


Abbé KIBWILA Alphonse Marie de la Croix