N° 27  Juillet - Septembre 2004

AE 27
Éditorial
Les fous de Dieu
Pour s'en sortir.
Ce monde.
De clichés, pleine la tête.
Tout chrétien est citoyen.
Il marque les cœurs.
Parlement africain.
L'autre opinion.
Qu'en pensez-vous?
Congoskill
Un grand nombre


Originaire de Watsa, RDC, missionnaire Combonien, P. D. Emmanuel Denima est depuis sept ans au Darfour (Soudan), une région théâtre, ces derniers temps, de violences sans nombre.

- Qu'est ce que tu peux dire, d'abord, de la région où t'a conduit ta vocation missionnaire?

Je dois dire que je me sens bien accueilli par les chrétiens, soit au Darfour que dans les localités où j'ai été avant. J'aime beaucoup aller visiter les gens, passer des heures dans des familles. Quand je fais les tournées dans les chapelles je passe mon temps dans les cabanes avec les villageois. C'est un réconfort pour eux, surtout pour ceux qui habitent dans les coins les plus  reculés. Ils ont le sentiment d'être opprimés, marginalisés et quand ils voient quelqu'un leur rendre visite, ils sont heureux.

- Et les non-chrétiens?

Du côté de musulmans il y a deux considérations à faire. Les simples gens que je rencontre dans mes tournées, sont très ouverts. Je n'ai jamais vu un musulman se fâcher contre moi. Parfois, lorsqu'on a une panne de voiture, par exemple, ils viennent nous secourir. Les problèmes on les a surtout avec la police et l'administration.

- D'après ton expérience, qu'est ce qui t'a le plus frappé?

J'ai été très impressionné quand je suis arrivé au Soudan pour la première fois, par le grand nombre de déplacés de guerre, pas seulement dans la région de Darfour mais aussi dans la périphérie de la capitale, à Kosti, à Port- Soudan, etc. Une multitude de gens qui ont abandonné leurs villages du Sud du pays et sont venus au Nord.
Là où ils se sont installés ils n'arrivent pas à s'intégrer avec la population locale. Dans la région du Darfour ils se sont éparpillés dans tous les villages.

- Qui s'intéresse à eux ?
Leur situation est vraiment dramatique, parce que beaucoup d'entre eux dépendent totalement des services humanitaires. La plupart ce sont des jeunes. Leur famille est loin ou leurs parents sont morts pendant la guerre et ils doivent se débrouiller pour survivre.
Ils viennent en grand nombre frapper à la porte de la paroisse.
On fait quelque chose pour les organiser et les aider sur le plan spirituel et aussi en construisant des écoles. Dans certains endroits, surtout à Khartoum, c'est l'Eglise qui a pris en charge les déplacés. L'Etat ne fait presque rien pour eux. Et pourtant, ils sont des Soudanais comme tous les autres.

- Ces jours-ci on parle beaucoup de tensions et même de nettoyage ethnique.

Il y a une forme d'apartheid qui se traduit dans le rejet de tout pluralisme politique, linguistique, religieux et culturel.
On veut bâtir un pays unifié sans accepter le pluralisme linguistique : par exemple on veut obliger tout le monde à parler une seule langue l'Arabe, alors qu'au Soudan il y a plusieurs langues, dont certaines sont parlées par plusieurs millions d'individus.
On voudrait que tout le monde embrasse l'islam, alors qu'en réalité il n'y a pas que les musulmans. Il y a aussi beaucoup de chrétiens et d'adeptes de la religion traditionnelle.
A la télévision et dans d'autres médias on expose une seule forme de vie, une façon de s'habiller, de manger, … et on aimerait que tout le monde se conforme à ce critère là.

- Cela cause naturellement de nouveaux conflits!

Oui, sans doute, provoqués par une situation d'injustice généralisée. Il y a des gens qui contrôlent la vie politique et économique. Ils sont très riches, alors que la grande majorité vit dans la misère.
Une minorité veut imposer au reste des croyants du pays l'Islam comme religion d'Etat. Cela favorise des formes d'injustice criante, qui sont sans doute à l'origine de la nouvelle rébellion dans notre région du Darfour.

- Y a-t-il des priorités pour l'Eglise, dans un contexte pareil?

Par exemple dans le domaine de l'éducation, l'Eglise a commencé depuis quelques années une initiative très belle: dans le secteur éducatif, on essaie de mettre ensemble les enfants musulmans et les enfants chrétiens. Les enseignants musulmans et chrétiens, nous travaillons ensemble. Il n'y a pas une autre voie, si on veut que les gens vivent ensemble, sans se considérer comme des ennemis. L'Eglise du Soudan intervient aussi dans la défense des faibles, quelle que soit leur appartenance religieuse ou ethnique.
C'est une Eglise qui a beaucoup souffert. On a essayé par tous les moyens de l'anéantir. Il y a des communautés chrétiennes très vivantes, avec de nombreux catéchistes, prêtres, religieuses qui continuent à travailler durement même s'ils sont persécutés.
L'Evangile de l'espérance, malgré les nombreuses difficultés, continue son chemin parmi les gens.

K. A.