N° 27  Juillet - Septembre 2004

AE 27
Éditorial
Les fous de Dieu
Pour s'en sortir.
Ce monde.
De clichés, pleine la tête.
Tout chrétien est citoyen.
Il marque les cœurs.
Parlement africain.
L'autre opinion.
Qu'en pensez-vous?
Congoskill
Un grand nombre

Les grands médias en ont parlé brièvement. Le 14 janvier dernier la palestinienne Reem Salij al Riyashi s'est fait exploser à Erez, point de passage entre la bande de Gaza et Israël. Avec elle sont morts quatre militaires israéliens.
La vidéo-camera était là pour fixer le geste de cette femme palestinienne, mère de deux enfants (une fillette d'un an et demi et un petit garçon de trois), la mitraillette en main. "J'ai voulu donner mon corps, avait déclaré la kamikaze avant de se faire sauter, j'ai toujours désiré, à partir de l'âge de treize ans, de le transformer en débris mortels contre les sionistes pour frapper à la porte du paradis avec leurs crânes.
Dieu m'a donné deux fils que j'ai tant aimés. Dieu seul sait combien je les aimais".

Dieu, amour, paradis, mort. Des mots qu'on retrouve dans toutes les religions mais qu'aujourd'hui on exploite de plus en plus pour résoudre, au nom même de Dieu, les conflits. Les fous de Dieu, proposant de formes inédites de guerre, qu'ils s'obstinent à présenter comme "sainte", font la une. Des centaines de kamikazes sont prêts à sacrifier leur vie (et celle des autres) en proclamant que "Dieu le veut". Un journaliste arabe qui a réussi à visiter l'un des camps d'entraînement en Afghanistan a décrit un panneau placé à l'entrée et annonçant: "Kamikazes islamiques. Bombes humaines. Mort sacrée. Paradis". (Le Courrier International, 6.04.2004).

Des doutes


A leurs yeux l'ennemi à abattre est tout simplement le "mal".
Le GIA (Groupe Islamique Armé) qui le 8 mai 1994 tua à Alger Sœur Saint Raymond Paul-Hélène et le Frère Mariste Verges Henri, avait expliqué dans son bulletin hebdomadaire: "Nous appliquons la politique de liquidation des juifs, des chrétiens et des mécréants de la terre musulmane d'Algérie. Nous avons tué deux croisés qui avaient passé de longues années à propager le mal en Algérie".
L'Occident, en particulier, est chargé de tous les maux dont souffrent quelques communautés musulmanes. Un mal qu'il faut détruire même si cela exige, sans possibilité de discussion, sa propre destruction.
On ne veut pas ici disserter sur la bonté de la cause palestinienne, iraquienne, afghane, tchétchène etc.
Le kamikaze japonais était un pilote qui pour sauver son pays acceptait "la mission suicidaire de lâcher sa bombe si près du navire ennemi qu'il n'a aucune chance de ne pas le percuter". A Prague (Rép. Tchèque) on garde le souvenir de Jan Palach, l'étudiant qui en 1969 s'immola par le feu sur la place Venceslas pour protester contre l'occupation soviétique. Au Vietnam celui des bonzes bouddhistes 'torches-humaines' qui dans les années '60 protestaient contre la guerre imposée par les Américains. L'histoire chrétienne a aussi connu une époque où l'on faisait la guerre en criant "Dieu le veut"!
D'ailleurs ce phénomène n'est pas exclusif de quelque région particulièrement jalouse de sa tradition religieuse. Interrogée sur les événements d'avril 1994, une femme rwandaise a déclaré qu'elle avait contribué à tuer deux habitants de l'autre colline "grâce à Dieu". L'Armée de la Résistance du Seigneur (LRA) qui agit surtout au nord et à l'ouest de l'Ouganda prétend instaurer un régime politique qui appliquerait les "Dix Commandements". Ses militants torturent, violent, mutilent, brûlent des villages, tuent. En 17 ans de guerre ils ont fait 100.000 morts et kidnappés 20.000 enfants...

On voudrait tout simplement contester le bien fondé de la conviction affichée par certains que Dieu est de leur côté et qu'en son nom le crime le plus insensé peut devenir un acte méritoire. Abdelaziz al-Rantissi, chef du Hamas lâchement assassiné par les Israéliens en avril, disait que le sacrifice des kamikazes Palestiniens "est comparable à celui de Jésus"! Ils sont sûrs que Dieu est d'accord et ils anticipent son jugement. Dans l'effondrement des tours jumelles du 11 septembre, ils reconnaissent les premiers signes de la fin. Les partisans de Ben Laden affirment que ceux qui le veulent tuer "auront des comptes à rendre au jugement dernier". Rien ne les effraye. Au contraire, l'idée du suicide leur donne des idées, car il ouvre la porte au "martyre".

L'idéal


D'où vient-il qu'un Islam porteur d'une tradition séculaire pieuse, tolérante, communautaire semble justifier ces formes aberrantes? A la question: "Est-ce que la violence fait partie de la foi musulmane?", bien des croyants crieraient au blasphème. Le vrai Islam, comme toute grande religion, poursuit un idéal de paix. D'où vient alors cette spirale de mépris de la vie et de haine se développant de manière irréversible, au point de faire du kamikaze l'idéal de la culture et de la foi? D'où vient cet aveuglement qui ne correspond pas à l'idée qu'on se fait du martyre - la mort acceptée, subie, endurée - et qui exalte les ceintures bourrées d'explosifs destinés à l'immolation volontaire d'un nombre incalculable de victimes innocentes?
Qui autorise les oulémas à tirer de la lecture des textes sacrés des conclusions qui font la joie des politiciens et qui entretiennent, au nom de Dieu, la formation des terroristes? Il y a quatre ans, nous avons écouté les incitations d'un prédicateur pendant la prière du vendredi à la mosquée en construction à côté de la Basilique de Nazareth. La radio venait d'annoncer que les Israéliens s'étaient retirés d'une dizaine de postes à la frontière avec le Liban. "Ce n'est pas le gouvernement de Tel Aviv qui a décidé cela, c'est Dieu-même qui les a chassés", expliquait le prédicateur.

Il n'y est pour rien


Les chefs religieux ou politiques interprètent les souffrances des fidèles pour en distiller des consignes de vengeance qui n'ont plus rien à voir avec l'œil pour œil de leurs textes sacrés. En plus, ils semblent ignorer les souffrances infligées par des gouvernements musulmans à des populations qui ont une tradition religieuse différente. Que de victimes innocentes n'a pas déjà fait parmi les non musulmans l'introduction de la charia au Soudan! "21 ans de guerre civile ont fait plus de deux millions de morts dans le Sud non-musulman du pays.
Au Darfour il y a une stratégie de meurtres, viols et déplacement forcé des civils, entre bombardements aveugles, raids des milices arabes et de l'armée contre des villages essentiellement africains" (
Human Rights Watch, avril 2004). Le 1er avril dernier le Sécr. Gén. des N.U, Kofi Annan, s'est déclaré "profondément troublé par les violences au Darfour, le nombre des victimes et les violations des droits des l'homme".
C'était poussé par les Frères musulmans que l'ancien président soudanais M. Nimeiri avait introduit la charia et condamné à mort, en 1985, Taha Mohamud Mohamed, coupable d'avoir diffusé un dépliant invitant le gouvernement à abolir la charia et au lieu de faire la guerre, à dialoguer avec le Sud. Taha fut torturé et pendu pour "crime d'hérésie et d'opposition à la charia". Il avait écrit: "Cette loi humilie le peuple soudanais: les amputations et les coups de fouet trahissent le vrai message de la religion de Mahomet".
Et quoi dire des violences dans les régions septentrionales du Nigeria? "La communauté islamique doit s'assumer la responsabilité des morts et des églises brûlées… Il est clair que tout ceci a été fomenté. Ces personnes ne descendent pas dans la rue pour piller et détruire sans aucune raison. J'ai rencontré de nombreux musulmans qui ont honte de ce qui s'est passé"
(Mgr John Olorumfemi Onaiyekan, arch. d'Abuja).
Le terrorisme, Dieu n'y est pour rien! Comme il n'est pour rien dans la réponse qu'en son nom donnent tous ceux qui prétendent contrecarrer cette forme de violence que Jean-Paul II a appelée 'fléau inhumain'. "Au seuil de la guerre contre l'Irak - écrit le théologien François L. Kabasele,
le nom de Dieu a été prononcé tant par Bush que par Saddam-Hussein: «Que Dieu bénisse l'Amérique et tous ceux qui la défendent», terminait le président américain annonçant le début des frappes aériennes le matin du 20 mars '03.
Réponse de Saddam: «Résistons et combattons l'ennemi de notre peuple, et Dieu nous donnera la victoire, car notre cause est juste; Allah est grand, Allah est juste». Ainsi, Dieu est paru comme le garant de la victoire et le dénominateur commun dans les deux discours. Cette invocation simultanée ne fait pas honneur à Dieu, ni à la religion".

Gaétan N. Yawo