N° 27  Juillet - Septembre 2004

AE 27
Éditorial
Les fous de Dieu
Pour s'en sortir.
Ce monde.
De clichés, pleine la tête.
Tout chrétien est citoyen.
Il marque les cœurs.
Parlement africain.
L'autre opinion.
Qu'en pensez-vous?
Congoskill
Un grand nombre

À propos de questions sur l'engagement et le comportement des catholiques dans la vie politique.
C'est le titre d'un document romain,
qui se propose d'éclairer la réflexion et d'encourager l'action des chrétiens, car il s'agit de mettre debout des citoyens adultes et responsables.
La paix, la démocratie, le respect de la personne humaine, le bien commun, ce sont des choses trop importantes pour les déléguer à n'importe qui.
Dans les pages suivantes sont présentés des extraits du document (publié en novembre 2002), accompagnés d'un bref commentaire.


Est-ce que l'Eglise a le droit de
se mêler dans la politique?


En deux mille ans d'histoire, l'engagement des chrétiens dans le monde s'est réalisé sous des formes diverses. L'une d'entre elles a été la participation à l'action politique: les chrétiens, affirmait un écrivain ecclésiastique des premiers siècles, participent à la vie publique comme citoyens". Parmi ses saints, l'Église vénère beaucoup d'hommes et de femmes qui ont servi Dieu par leur engagement généreux dans les activités politiques et gouvernementales. L'un d'entre eux, saint Thomas More, proclamé Patron des responsables de gouvernement et des hommes politiques, a affirmé par sa vie et par sa mort que l'«on ne peut séparer l'homme de Dieu, ni la politique de la morale».
Le Magistère de l'Église n'entend pas exercer un pouvoir politique ni supprimer la liberté d'opinion des catholiques sur des questions contingentes. L'enseignement social de l'Église n'est pas une ingérence dans le gouvernement des pays. Il n'appartient pas à l'Église de formuler des solutions concrètes - et encore moins des solutions uniques - pour des questions temporelles que Dieu a laissées au jugement libre et responsable de chacun (N°1 et 5)

Lorsqu'il s'agit de politique, on entend parfois des gens accuser l'Eglise d'invasion. Or, la politique est "la forme la plus haute et la plus décisive de toutes les activités temporelles", écrivaient les Evêques congolais (03.03.1972).
"La Conférence Episcopale du Zaïre n'a aucune prétention de s'immiscer dans la gestion de l'Etat", précisaient vingt ans plus tard les Evêques congolais (22.10.199l).

"La mission de l'Eglise n'est pas seulement celle de panser les blessures des victimes qui sont traînées par la roue mais aussi celle de mettre un bâton dans cette roue (D. Bonhoeffer, théologien luthérien allemand,victime du nazisme)

Tous engagés pour le bien commun. Défense de se soustraire


Les sociétés démocratiques actuelles, dans lesquelles, à juste titre, tous sont appelés à participer à la gestion des affaires publiques dans un climat de vraie liberté, requièrent des formes nouvelles et plus larges de participation à la vie publique de la part des citoyens, qu'ils soient chrétiens ou non. En effet, tous peuvent contribuer, par leur vote, à l'élection des législateurs et des responsables de gouvernement, et, par d'autres moyens aussi, à l'élaboration des orientations politiques et des choix législatifs qui, selon eux, servent le mieux le bien commun.
Dans un système politique démocratique, la vie ne pourrait se dérouler de manière profitable sans un engagement actif, responsable et généreux de tous. Les fidèles laïcs ne peuvent absolument pas renoncer à la participation à la 'politique', qui a pour but de promouvoir le bien commun.
(N°1)

"Voter, ça sert à quoi? Pour qui voter? Est-ce qu'après les élections les choses vont changer?… Autant de questions capables de produire désaffection ou méfiance. Il y a le danger que beaucoup disent: "Nous avons obtenu notre libération. Laissez-nous maintenant reposer tranquilles sur nos nattes". Nous élevons notre voix pour vous encourager: "Levez-vous, roulez vos nattes de fatigue et de déception. Levez-vous et allez de l'avant. Levez-vous et votez". (Evêques Afrique du Sud, mars 2004)

"Il vous revient en premier lieu d'être les témoins de l'Evangile et les serviteurs du bien commun dans les domaines de la vie nationale tels que la politique, l'administration civile et la sécurité. Ce sont là les lieux privilégiés de votre vie chrétienne, auxquels on peut ajouter les domaines judiciaire et social, la vie professionnelle et la famille, les moyens d'éducation et de communications. (Evêques du Tchad, 2001)

A la fin du mois de février 2004, la Commission Justice et Paix du diocèse de Séoul (Corée) a fixé des critères à suivre dans le choix des candidats. Ils "devront avoir une vie de famille cohérente avec les principes chrétiens, être engagés dans la défense des droits humains et de la paix, dans la protection de la vie à tous les niveaux et dans la sauvegarde du monde créé. Ils devront travailler pour la défense des jeunes, de la famille, des pauvres et des marginaux".

"Nous voulons terminer en attirant l'attention sur une situation qui risque de se généraliser en Afrique. En effet, les grands décideurs de la géopolitique ont pris le parti de remplacer, après la guerre froide, «l'Afrique des Colonels» par «l'Afrique des Chefs de guerre». Petit à petit en Afrique, on confie la gestion des pays à des personnes ayant commis des crimes de sang. L'Afrique n'a-t-elle rien de mieux à offrir au monde pour la bonne gouvernance?
Manifestement, cette situation pose un problème éthique et moral, qui n'a pas l'air de préoccuper les géopoliticiens. Elle doit inquiéter toute conscience chrétienne et celle des évêques en premier lieu" (L. Monsengwo Pasinya, Arch. de Kisangani, oct. 2003)

De grands changements
en cours


La société se trouve aujourd'hui dans un processus culturel complexe qui signe la fin d'une époque et l'incertitude pour celle qui se profile à l'horizon. Les grandes conquêtes auxquelles on assiste invitent à vérifier quel chemin positif l'humanité a parcouru dans le progrès et dans l'acquisition de conditions de vie plus humaines. La croissance de responsabilité vis-à-vis de pays encore en voie de développement est évidemment un signe de grande importance, qui montre une sensibilité grandissante pour le bien commun. Mais en même temps, il n'est pas possible de passer sous silence les graves dangers vers lesquels certaines tendances culturelles voudraient orienter les législations, et par voie de conséquence les comportements des futures générations.(N° 2).


C'est de plus en plus au niveau de la planète que tout se joue aujourd'hui: l'économie, la paix et la guerre, la lutte contre la drogue, la sécurité collective et même la justice. Dès 1967, le pape Paul VI, dans son encyclique
Populorum Progressio, déclarait: "la question sociale est devenue mondiale" et "le développement est le nouveau nom de la paix". La gestion des affaires de la cité est une tâche de plus en plus complexe du fait, en particulier, qu'aucun pays ne dispose de tout ce dont il a besoin.

On dit que notre époque est dominée par le "sacro-saint marché". Les migrations s'amplifient d'un continent à l'autre, les risques fabriqués par les progrès techniques et scientifiques mal ou non gérés sont à nos portes: destruction de l'environnement et de la nature, réchauffement de la planète, surpopulation, instabilité des marchés, chômage. Le pape Jean-Paul II a rappelé cela, en particulier, aux communautés catholiques du continent américain. "Au lieu de diaboliser la mondialisation, mieux vaut tenter de l'humaniser, en renforçant la solidarité entre les peuples comme entre les groupes, en moralisant le marché, en reconnaissant toute personne humaine dans son inaliénable dignité".


Démocratie ne signifie pas
que tout est permis


Il y a des citoyens qui "reven-diquent la plus complète autonomie pour leurs choix moraux" et des législateurs qui "pensent qu'il faut respecter cette liberté de choix, en formulant des lois qui font fi des principes de l'éthique naturelle pour se montrer indulgents uniquement envers certaines orientations culturelles ou morales transitoires, comme si toutes les conceptions possibles de la vie avaient une égale valeur. En même temps, en s'appuyant de façon trompeuse sur la valeur de la tolérance, on demande à une bonne partie des citoyens - et notamment aux catholiques - de renoncer à participer à la vie sociale et politique de leur pays selon la conception de la personne et du bien commun qu'ils pensent humainement vraie et juste. (N° 2)

Depuis un demi-siècle, le souffle démocratique gagne toujours plus d'Etats. La démocratie semble triompher dans les esprits. "Aujourd'hui plus qu'hier, les Nations du monde sont convaincues que la paix passe nécessairement par l'instauration de la démocratie. Les peuples réclament pour cela leur participation à la gestion du bien commun ainsi que l'alternance au pouvoir" (Evêques du Zaïre, 27.01.1992)


L'égalité des hommes entre eux et leur vocation à la liberté et à la fraternité sociale, attirent. Cependant, pour y arriver, on n'a pas le droit de dire que tout est bon et qu'il faut tout tolérer. Trop de citoyens deviennent des consommateurs réclamant toujours plus de droits garantis, acceptant toujours moins de devoirs partagés. Démocratie ne signifie pas que tout le monde a raison ou que même les choses aberrantes doivent être approuvées. Nous venons de sortir d'une période - durée 40 ans - où régnait la loi du plus fort, la raison du groupe armé. Nous avons maintenant la chance de construire un avenir commun. Il est urgent de comprendre que les droits de chacun constituent les devoirs de tous. La politique est l'œuvre de tous. Il est vain d'attendre de la classe politique, des chefs d'entreprises, des policiers, des magistrats, des militaires un respect de la loi qui ne serait pas celui de l'enseignant, du docteur, du boulanger, du taxiste, de la revendeuse, du coiffeur.
Il est vain que des chrétiens se retrouvent ensemble pour chanter ou écouter le prophète du coin, mais déliés des responsabilités du monde.
Pas de démocratie véritable sans comportements démocratiques: le respect de l'adversaire, le débat plutôt que le combat; le dialogue et le sens du compromis; le refus du mensonge et de la violence.
A tous les parties politiques nous disons: "Ne considérez pas ceux qui ont des opinions différentes des vôtres comme des ennemis qu'il faut éliminer. Levez-vous de la natte d'une vision limitée à votre parti. Entendez-vous avec les autres pour trouver une solution aux problèmes dont souffre notre pays: le Sida, le chômage, la pauvreté, le crime". (Evêques Afrique du Sud, mars 2004)

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