N° 28  Octobre - Décembre  2004

Président: vieux ou jeune?

Ae 28
Éditorial
Le recensement
Anuarite ma fille
L'or gris.
La rumeur
Des enfants extraordinaires.
Spécial Les Papes
Partagés.
Président: vieux ou jeune?
Eucharistie et Mission.
On doit aller partout.
Le bon choix.

Est-il vieux ou jeune ton président de la République? L'âge de ceux qui nous gouvernent déjà ou qui nous gouverneront demain est parfois objet de débats passionnés surtout en périodes électorales, dont le style ressemble parfois plus à une bataille rangée entre chien et chat incapables de s'entendre qu'à une compétition de patriotes sérieux et donc responsables.
Il n'est pas de doute que l'Afrique compte parmi ses dirigeants des hommes âgés qui, sans trop s'y méprendre, feraient mieux de «se retirer honorablement» conservant un peu de leur dignité et offrant ainsi à leur peuple fatigué le temps de se reconstruire.
Certains de nos dirigeants en effet, dépassent les 70 ans avec près de 40 ans de règne. A côté des vieux on trouve aussi des jeunes présidents de la République ou chefs d'Etat. Le plus jeune actuellement naviguerait entre 33 et 35 ans! Est-il sensé confier la gestion de nos pays avec parfois des problèmes complexes et délicats à des vieillards apparemment dépassés et en retard sur le cours des évènements? Est-il raisonnable pour une nation de remettre les rênes du pouvoir à des «jeunes» qui gouvernent en naviguant à vue? Aux premiers manqueraient au moins la force physique et psychique, la souplesse… Aux seconds feraient défaut l'expérience et la sagesse. Si vieillesse pouvait et si jeunesse savait !

En réalité, l'Afrique a déjà expérimenté le règne d' anciens et de jeunes leaders. Si en certains cas le résultat est décevant, en d'autres, au contraire, cela est édifiant.
Le monde entier a une sincère vénération pour Nelson Mandela, qui après tant d'années de prison, de souffrances, de privations, de luttes anti-apartheid en Afrique du Sud, a été élu président en 1994, à l'âge de 76 ans. Il l'a dignement quitté déjà à la fin du premier mandat de 5 ans alors qu'il avait toutes les chances de remporter encore les élections suivantes et continuer à savourer la gloire et l'honneur liés à son rang.
Pour un modèle de vieux leader combien de contre-exemples offre notre continent !
Quant aux jeunes, Thomas Sankara, ex président du Burkina Faso à 33 ans est à citer en bon ordre parmi les leaders qui ont fait l'honneur de l'Afrique. Sa mort tragique par assassinat en 1987 n'a fait que renforcer dans l'imaginaire populaire sa valeur d'homme d'état intelligent et soucieux du bonheur de son peuple et de toute l'Afrique.
A côté de lui, Samuel Doe, président du Liberia de 1980 à 1990, jeune de 39 ans à sa mort, a brillé par une féroce dictature armée.
Au fond, l'âge avancé - dans les limites du raisonnable bien sûr - n'est pas nécessairement un handicap chronique pour bien servir son peuple même au niveau de la magistrature suprême. Quant à la jeunesse, les amoureux du théâtre classique savent qu' «Aux âmes bien nées, la valeur n'attend point le nombre des années» (Cid).On observe d'ailleurs une diversité dans l'approche de cela au niveau des constitutions des pays africains. Le Bénin, par exemple, exige le président ait au moins 40 ans et au plus 70 ans à la date du dépôt de sa candidature.
Au Togo, la constitution fixe l'âge du président à 45 ans révolus. Le Cameroun, quant à lui, stipule que le président élu pour un mandat de 7 ans renouvelable une fois, doit avoir 35 ans révolus à la date de l'élection.
La gestion du pouvoir politico - économique en Afrique - et ailleurs aussi - ne devrait pas être laissée au bon vouloir de ceux qui nous gouvernent. Il est du devoir des citoyens de veiller au grain pour que nos leaders concilient harmonieusement l'âge avec sagesse, expérience, santé physique et mentale, un passé sans crimes, sans tueries, sans vols et pillages… Serait-ce là trop demander aux rendez-vous si importants des élections ?

P. Kouévi Adjétey Louis