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«L'avenir de l'activité missionnaire de l'Eglise ad Gentes. Perspectives pour le XXI siècle», a été le thème d'un congrès organisé à Kinshasa du 11 au 17 juillet. Promoteurs de cette initiative, une grande première pour l'Afrique, la Congrégation pour l'Evangélisation des peuples, le SECAM (Symposium des Conférences Episcopale d'Afrique et de Madagascar), la Conférence Episcopale Nationale du Congo et la Faculté de Théologie de Kinshasa. «L'Eglise, a affirmé le cardinal de Kinshasa F. Etsou, est arrivée à un tournant crucial où elle doit non seulement s'interroger, mais découvrir des pistes nouvelles pour un vécu sincère et concret de la foi qui puisse démontrer dans le concert des Nations que le Christ a été reçu dans la culture africaine».
Ø Un congrès avec l'ambition d'offrir des prospectives pour l'activité missionnaire de ce nouveau siècle !
J'estime que le congrès a été un grand moment de prise de conscience. L'objectif c'était d'abord de faire le point sur l'activité missionnaire de l'Eglise et ensuite de faire des propositions en vue d'un renouvellement de l'engagement de l'Eglise dans l'évangélisation. On a pris conscience du fait que l'évangélisation ne repose pas seulement sur les épaules de ceux qu'on appelle les missionnaires mais aussi sur l'ensemble de ce qu'on appelle le peuple de Dieu. L'Eglise tout entière est missionnaire et là c'est une grande réussite de ce congrès. On a insisté beaucoup sur la nécessité de la formation de ceux qui sont appelés à être hérauts de l'évangélisation. La formation des laïcs et des prêtres. On a besoin de véritables programmes missionnaires, à tous les niveaux. Le congrès a déclenché un mouvement, on va se mettre en marche.
Ø C'était le premier congrès missionnaire en Afrique et il y a eu de nombreux représentants d'autres continents.
On a tout de suite voulu montrer que c'est l'Eglise tout entière qui réfléchit sur l'avenir de la mission. L'Afrique ne peut pas réfléchir sur l'évangélisation sans écouter les autres. On a voulu faire du congrès un grand moment d'écoute et de partage d'expériences sur l'activité missionnaire des Eglises d'Europe, d'Asie, d'Amérique.
Ø Pendant le congrès on a souligné la nécessité d'une plus grande ouverture de l'Afrique vers l'Amérique Latine. Pourquoi ce désir de rapprochement ?
Oui, effectivement surtout grâce à la présence d'un homme admirable comme Mgr Paulo, évêque coadjuteur de Port de Paix, Haïti. Il nous a permis de nous rendre compte que nous avons beaucoup de choses en commun avec l'Amérique Latine du point de vue culturel et de certains défis (par exemple le défis de la pauvreté ou de l'instabilité politique). Il y a un partage possible et souhaitable. Il y a des missionnaires latino-américains qui viennent en Afrique, il y a des africains qui vont là-bas, mais il n'y a rien de structuré, pour déclencher un mouvement et établir des rapports sud-sud. On a souligné qu'avec l'Europe il y a déjà des liens bien tissés, et que le problème se situe au niveau d'une meilleure préparation, tandis qu'avec l'Amérique Latine c'est vraiment quelque chose de nouveau qui pourrait se mettre en place.
Ø On est revenu avec force sur le rapport entre inculturation et évangélisation.
Ce congrès a montré que le problème de l'inculturation ce n'est pas un problème dépassé ou un problème du passé. L'inculturation est apparue comme un grand chantier qui peut mobiliser les forces de l'Eglise africaine. Lorsqu'on parle d'inculturation, on ne se limite pas à un simple mouvement d'adaptation, d'accommodation, de vernissage superficiel ou un domaine réservé à ce qu'on appelle le Département de cultures et des arts. Si on prend vraiment la culture au sens large de la façon dont un peuple habite le monde et donne des réponses aux problèmes que cette habitation implique, à ce moment là l'inculturation devient un grand chantier parce qu'elle nous permet de donner un sens à notre vie. C'est au niveau de la culture qu'un peuple donne sens à sa vie, se donne les raisons de vivre et de mourir. Or l'évangélisation ne peut pas ne pas emprunter ce chemin. Les réponses aux grands problèmes économiques, techniques, de la paix, des enfants de la rue, de la sorcellerie etc. se placent d'abord au un niveau culturel.
Ø Nos conflits aussi ? Le problème des divisions ethniques qui déchire aujourd'hui l'Afrique - il suffit de voir ce qui se passe en Côte-d'Ivoire, chez nous au Congo, aux Grands Lacs, au Nigeria - indique l'inculturation comme un lieu d'orthopraxis. Les Eglises africaines, les Eglises enracinées en Afrique, doivent devenir des éveilleurs des peuples africains. Une église est capable d'éveiller le peuple lorsqu'elle entend comme ce peuple pleure et rit dans sa culture. Elle devient éveilleur sur tout ce qui avilit et détruit l'homme, image de Dieu, et en même temps elle assure une continuité avec les richesses de cette culture-là. D'où l'importance d'un véritable travail d'inculturation.
Ø On a parlé de culturalisme menaçant.
L'abbé Adoukounou, par exemple, a attiré notre attention sur ce qu'il appelle le danger du culturalisme. On s'arrête à des manifestations culturelles qu'on peut définir folkloriques, on se limite à dire qu'il faut parler nos langues, il faut lire nos langues, il faut traduire nos langues, il faut prier dans nos langues. Mais il faudra aussi faire un combat contre ce que dans nos cultures constitue une contre-valeur et là aussi s'impose un véritable travail d'inculturation.
Ø A-t-on abordé la question des sectes et de leur impact ?
Oui. Elles sont comme un clignotant rouge sur le tableau de bord de nos Eglises indiquant qu'il y a quelque chose qui manque ou qui ne marche pas, l'eau, l'huile etc. Etant très proches des gens, très proches d'une manière culturelle de vivre la religion, les sectes sont parfois de mauvaises réponses à de bonnes questions: elles perçoivent les inquiétudes des gens, leurs angoisses, mais malheureusement elles veulent offrir des solutions toutes faites, des recettes pour attirer. Elles donnent des réponses qui ne sont pas des réponses qui responsabilisent l'homme. Mais cela nous permet de saisir les questions qui sont posées. L'écoute des défis des sectes fait partie du travail d'évangélisation d'aujourd'hui. Il ne faut pas tout simplement les diaboliser, les négliger en disant ce sont des sectes, ce sont des églisettes… Non, elles représentent un écho de la recherche de Dieu. Accueillir les défis des sectes c'est aussi nous préparer à mieux évangéliser et à mieux former le peuple. C'est pour cela, d'ailleurs, qu'on a insisté sur la formation biblique, doctrinale et culturelle aussi, parce que souvent elles exploitent la fibre culturelle.
Ø Mais bien des groupes religieux semblent proposer des solutions immédiates…
Lorsqu'on voit les angoisses des gens on est souvent tenté d'immédiatisme. On veut avoir la solution tout de suite: un travail, un mari, un visa, et on vous le promet. Alors que l'espérance chrétienne se présente comme l'antidote à toutes les fatalités et inscrit l'homme dans une durée, dans un cheminement qui n'escamote pas la dimension de la croix, de la vie comme un combat.
Ø On a affirmé que l'Afrique doit maintenant jouer son rôle dans l'évangélisation et que ses missionnaires ont besoin d'une formation adéquate.
On se rend compte qu'il y a par exemple beaucoup de curés africains en Europe. Ils ont responsables de paroisses, c'est bon, on est très content, mais on a souligné l'exigence de les former à cette mission, à cette tâche. Souvent ce sont des étudiants qui sont allés en Europe et qui y sont restés. D'autres y sont allés pour des raisons de santé et y sont restés. Certains font sans doute un travail formidable, mais nos Eglises doivent se rendre compte que nos missionnaires ont besoin d'une formation qui les rende capables de partager leurs richesses. Cela vaut aussi pour les laïcs ou les religieux. Bien préparés, ils pourront mieux ressortir les richesses des Eglises d'Afrique. Cela est vrai aussi pour tous ceux qui font déjà un travail formidable dans nos communautés, catéchistes, légionnaires : ils ont besoin d'une bonne formation.
Ø Le congrès a souhaité la création d'un centre de formation.
Oui, on a dit qu'il faudrait créer un centre panafricain ou au niveau des Eglises régionales, pour la formation de missionnaires Ad gentes. Il ne devrait pas avoir un caractère fortement académique, mais une visée pratique, donnant aux missionnaires ce qu'il faut pour répondre aux défis qu'on a énumérés. Pour former de bons missionnaires en dialogue avec l'Europe, avec l'Asie et avec l'Amérique Latine.
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