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C'est dans la troisième section du ciel, là où se trouvent parmi les bienheureux, plusieurs missionnaires, que nous avons rencontré saint Daniel Comboni. Dès qu'il nous a vus, il est venu à notre encontre. On dirait qu'il était de très bonne humeur.
- Viens, m'a-t-il dit. Je t'attendais depuis ce matin. - Excusez-moi, je me suis un peu égaré dans les rues du ciel. - Finalement tu es là. Que puis-je faire pour toi ? Car l'autre jour au téléphone ta voix était faible.
- C'est déjà un an que le Pape vous a proclamé saint, officiellement.
Oui, j'avais entendu ça. Je pense que malgré mes faiblesses, j'ai cherché à aimer Dieu pendant toute ma vie. Mais, tu sais, ce n'est pas tout. A la passion pour Dieu il faut ajouter une autre passion, il faut se soucier des souffrances des gens. J'ai vécu seulement 50 ans, mais je peux te dire que la plupart ont été dépensés, sans faire des économies, pour les Africains, qui me semblaient les plus délaissés du monde.
- Aujourd'hui, feriez-vous le même choix?
Je trouve que les défis qui se posent aujourd'hui aux gens de bonne volonté sont plus ou moins les mêmes. Naturellement il y a eu de grands changements, deux heures d'avions suffisent pour traverser le désert soudanais, alors qu'à nos chameaux il fallait trois mois. Si j'avais eu un ordinateur et l'Internet, je ne sais pas ce que j'aurais fait. Mais je trouve que certains domaines de la vie sont restés dans les ténèbres d'autrefois. Partout il y a des guerres, la pauvreté, des injustices, la famine. Je crois que je choisirais de nouveau l'Afrique.
- Je vois que lorsqu'on prononce le mot Afrique, votre visage rayonne.
Les Africains s'étaient appropriés de mon cœur. Ils ont été mon premier amour. Je répétais partout "Ou l'Afrique ou la mort". Un cardinal romain disait que j'étais "un fou, à lier avec 14 chaînes"! Tu sais bien qu'on n'oublie jamais le premier amour.
- Vous avez écrit une lettre aux évêques du Concile Vatican 1er
Oui, je leur ai dit que l'Afrique était la perle noire qui manquait à la couronne de Marie, la reine de l'Afrique. L'aventure m'a emmené loin et aujourd'hui les chrétiens du Soudan m'appellent "papa". Je suis content de voir que l'Eglise en Afrique a pris sa place et ne fait que grandir. Mais tu comprends bien qu'il y a encore beaucoup de choses à faire.
- Je vois qu'ici il y a quelques missionnaires des Instituts que vous avez fondés. Est-ce que vous êtes content de ceux qui portent votre nom?
Bon, en général, je peux dire que je suis content, même s'il y a parmi eux l'un ou l'autre un peu réfractaire, qui donne quelque douleur de tête. Quand je constatais que certains de mes missionnaires étaient de peu de foi, cela me causait un malaise presque physique. L'évangélisation n'avance pas si les gens sont pauvres de confiance en Dieu.
- Vous leur donneriez les mêmes conseils qu'autrefois?
Un jour j'ai dit que mes missionnaires devaient être saints et capables. A ce moment-là c'était un souhait, aujourd'hui je vois que c'est une exigence. Qu'ils considèrent leur appel à la vie missionnaire comme la grâce la plus extraordinaire. Je voudrais qu'ils soient des missionnaires saints, disposés à tout pour aller à la rencontre de leurs frères.
- Quelque déception?
A vrai dire, il y a eu des moments où j'ai expérimenté une grande peine, lorsque je découvrais des missionnaires installés, médiocres. J'ai toujours du mal à imaginer un combonien refusant le sacrifice et la croix, qui pourtant sont la source de tout apostolat.
- Pendant votre vie vous avez eu beaucoup d'intuitions et de projets, est-ce qu'il y a des choses toujours actuelles?
Je pense que parmi les intuitions que le Seigneur m'a inspirées, celle que je maintiendrais et pour laquelle je me battrais encore c'est celle que j'ai formulée dans la consigne "Sauver l'Afrique par l'Afrique". Le grand enjeu c'est de faire confiance aux gens. Je t'assure, j'ai vu les Africains prendre en main leur avenir sans peur. Quant aux projets, je pense que je continuerais à investir dans l'éducation et en tout ce qui favorise le développement des personnes.
- Merci d'avoir répondu à mes questions. Vous savez, je ne suis pas journaliste, ça fait quelques années que j'essaye de devenir un véritable missionnaire et je ne fais que commencer à parcourir les routes de l'Afrique.
Très bien, je te félicite. Tu as fait un bon choix. Tu ne seras pas déçu. C'est un vieux africain qui parle. Courage pour le présent et surtout pour l'avenir!
P. Enrique Sánchez
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