N° 28  Octobre - Décembre  2004

Un autre chemin

Ae 28
Éditorial
Le recensement
Anuarite ma fille
L'or gris.
La rumeur
Des enfants extraordinaires.
Spécial Les Papes
Partagés.
Président: vieux ou jeune?
Eucharistie et Mission.
On doit aller partout.
Le bon choix.

Ce numéro d'Afriquespoir consacre une quarantaine de pages aux papes. A travers l'histoire de 264 papes, c'est l'histoire de la grande famille chrétienne qui s'offre à nous, avec ses heures de gloire et de misères. "Lorsqu'il s'agit d'accomplir le devoir de ma charge, écrivait Saint Léon le Grand (440-461), je découvre que je suis à la fois faible et lâche. Cependant, j'ai pour moi l'intercession inlassable du Prêtre éternel qui n'a pas abandonné la garde de son troupeau bien-aimé". La Papauté est toujours là et demeure au début du troisième millénaire l'instrument visible de la communion ecclésiale et le ciment d'unité catholique.
Néanmoins, ce que le pape dit est souvent ignoré ou contesté. C'est normal, on a déjà vu cela à partir du jour où l'empereur Néron voulut étouffer le germe chrétien dans la capitale de l'empire. Parmi les choses qui frappent davantage dans la personne du pape actuel il y a sans doute l'invitation à faire de la repentance le centre des relations avec Dieux et avec les autres. Il multiplie, en effet, les gestes de repentir au sujet d'événements que les livres d'histoire racontent soit pour la gloire de vainqueurs soit pour la honte de ceux qui ont eu la malchance de perdre. Il faut - dit Jean-Paul II - une purification de la mémoire
Dans les guerres de religion, croisades, esclavage, génocides, tribalismes, racismes, des chrétiens aussi ont écrit des pages affreuses.

Le pape a demandé pardon à Dieu pour les péchés et les fautes de l'Église au cours des siècles : "Des rencontres scientifiques nous ont aidés à identifier les aspects où l'esprit évangélique, au cours des deux premiers millénaires, n'a pas toujours brillé….Pardonnons et demandons pardon… nous ne pouvons pas ne pas reconnaître les infidélités à l'Évangile commis par certains de nos frères… nous demandons pardon pour les divisions intervenues entre chrétiens, pour la violence à laquelle ont eu recours certains d'entre eux dans le service à la vérité, et pour les attitudes de méfiance et d'hostilité qu'ils ont eu à l'égard des fidèles d'autres religions ".
Naturellement il ne peut exister de pardon sans vérité. Pardonner ne veut pas dire oublier, faire comme s'il n'y avait pas eu de victimes. Il faut pouvoir appeler le mal par son nom pour le reconnaître et comprendre ce qui s'est passé. Il faut que justice soit faite, sinon on entretient la confusion entre le bien et le mal et les victimes seront à jamais des victimes. On n'a pas le droit d'ignorer leurs souffrances. Reconnaître le mal permettra de ne plus retomber dans les mêmes ornières et rétablira la dignité des victimes. La justice conduit à la réparation du mal qu'on a fait.
Le pardon suit un autre chemin: il veut libérer de la haine, mettre un terme au risque que la vengeance, transmissible d'une génération à l'autre, ne s'arrête pas. Ce danger est présent partout, dans la région des Grands Lacs, en Côte d'Ivoire, au Soudan, en Israël et en Bosnie… La volonté sincère de vivre ensemble, après tous les faits douloureux que notre pays a connus, ne peut se passer de la dimension 'pardon'. C'est en renonçant à la rancœur et en se réconciliant qu'on mettra debout un projet politique durable.

Cela est encore plus vrai lorsque dans un pays où les politiciens, au lieu de proposer des voies d'entente ou de compromis, exploitent les divisions et les différences en versant des tonneaux d'huile sur le feu des souvenirs.
Si les événements récents mettent à nu la fragilité de cette période de transition, il confirment une donnée toujours plus évidente: il faut  bien vivre ensemble, coexister. Les politiciens peuvent prononcer ce mot avec un sens bien calculé, fruit de toute une série de compromis. Mais la profondeur des torts provoqués par deux guerres, trois millions de morts, ressources pillées d'une façon éhontée, tout cela devrait conduire à une conclusion beaucoup plus engageante: sans pardon, notre histoire restera bloquée.
La justice reconnaît la dette et la fait payer, la réconciliation permet de commencer une histoire différente.

Ae