N° 28  Octobre - Décembre  2004

Ma fille Anwarite

Ae 28
Éditorial
Le recensement
Anuarite ma fille
L'or gris.
La rumeur
Des enfants extraordinaires.
Spécial Les Papes
Partagés.
Président: vieux ou jeune?
Eucharistie et Mission.
On doit aller partout.
Le bon choix.

La nuit du 1er décembre 1964 deux jeunes Simba tuèrent à coups de baïonnette Clémentine Anuarite, 25 ans, religieuse de la congrégation Sainte Famille (Jamaa Takatifu).
C'était à Isiro, dans une habitation appelée la «Maison Bleue».
Le colonel Pierre Olombe, qui avait donnait l'ordre d'en finir avec elle, expliquera plus tard que la décision avait été prise par le colonel Ngalo. Un crime gratuit, dans lequel, à la conclusion d'un procès ouvert en 1978, l'Eglise a
reconnu la présence des signes d'un vrai martyre.
40 plus tard, Isude Julienne, mère de la bienheureuse, est toujours là, témoin lucide d'une histoire qui a marqué d'une façon extraordinaire la vie de sa
famille.

Entretien avec la mère de la bienheureuse Anuarite


¤ Maman, vous avez quel âge?
Honnêtement, je ne suis pas en condition de vous le dire. Dans le temps, on ne se préoccupait pas tellement de ça. Je peux affirmer que ma fille aînée, décédée il y a quelques années, pourrait avoir aujourd'hui soixante-dix ans environ.
Je suis originaire de Wamba. Mon père s'appelait Gbatu et ma mère Nebgaka.

¤ Quand est-ce que vous êtes devenue chrétienne?

Je reçus le baptême après mon mariage. Avec moi reçurent le baptême aussi mes trois premières filles Bernadette, Suzanne et Léontine. Dieu ne m'a donné que des filles. Les autres trois, Anuarite, Thérèse et la dernière Pauline ont été baptisées plus tard. Le Père curé de Wamba s'appelait Louis.

¤ Et votre époux?

Mon époux, Amisi Joseph, reçut le baptême quelques temps avant sa mort. Nous avons eu six filles, dont trois sont vivantes.

¤ Avez vous quelques souvenirs particuliers d'Anuarite ?

Elle était la quatrième. Elle m'aidait dans les travaux ménagers et grandissait sereine. Elle n'était que dans la quatrième année de l'école primaire lorsqu'elle est partie à Bafwabaka. Elle le fit à mon insu. A ce temps-là j'étais enceinte de sa petite sœur Pauline. Ma mère est décédée le même jour. On est venu m'informer qu'Anuarite était partie à Bafwabaka pour se faire religieuse. J'ai pleuré et je me suis dite: « Ma fille me laisse comme ça, dans cet état ? Et en plus, ma mère vient de mourir. Qui va m'assister pendant ce temps?».

¤ Est-ce qu'Anuarite n'avait pas exprimé auparavant le désir de devenir religieuse ?
Oui, elle me disait régulièrement qu'elle voulait devenir comme les soeurs de Bafwabaka.
La Sœur Berthe m'avait parlé de cela une fois. Moi j'ai dit: «Personnellement je suis d'accord, mais il n'est pas opportun vu que son père n'est pas ici». Mon mari à ce temps là n'était pas encore rentré de la guerre (on l'avait envoyé d'abord en Ethiopie et puis en Egypte). Lorsque j'ai appris qu'elle était partie sans rien dire, j'ai beaucoup pleuré.
Je ne me suis pas fâchée contre Sœur Berthe, car elle était venue me consoler et m'encourager.
Et quand j'ai mis au monde Pauline, elle m'a dit: «Allons montrer le bébé à Anuarite, à Bafwabaka». Nous sommes parties là-bas, elle était contente. J'ai lui ai dit tout simplement, à cette occasion-là: «Ma fille, si tu désires vraiment te consacrer au Seigneur, cherche à le faire sérieusement». 

¤ Que disait-elle de sa vocation et du travail comme religieuse ?

Elle aimait répéter qu'elle travaillerait pour Dieu jusqu'au bout. Quand elle revenait à la maison, elle allait aussitôt visiter les malades, laver les vieillards, sans prendre un temps pour un petit repos. Si quelqu'un lui demandait : «Pourquoi fais tu cela?», elle répondait «Je fais mon apostolat».

¤ Quand vous parcourez tout ce qui s'est passé, quel est le sentiment qui vous revient le plus.

Je me demande étonnée si réellement c'est moi qui ai mis au monde cette fille «sainte», qui est connue partout. Cette question m'est revenue dès que je vous ai vu arriver aujourd'hui. Qu'est-ce j'ai fait ou donné à Dieu pour obtenir une telle faveur? Je me pose la question jour et nuit à ce propos. Je ne cesse de prier Dieu et de lui rendre du fond de moi un magnificat pour toutes ses merveilles dans ma vie personnelle. Moi, une pauvre femme, je me promène avec l'avion, j'ai mangé et on m'a fait la photo avec le Pape. Nous avons jubilé de joie ensemble. Je suis émerveillée de tout cela, jusqu'à me répéter: «C'est réellement moi qui ai donné la vie à cette sainte? Franchement, cela me dépasse».

¤ Ici, à vos côtés, il y a Marie Thérèse, la petite sœur d'Anuarite. Est-ce que tu gardes quelque souvenir? 

A propos du départ d'Anuarite pour la vie religieuse, dans son carnet personnel, elle a écrit que notre maman avait refusé. Alors elle avait préféré s'en fuir à son insu. Affligée, maman avait beau pleurer. Ce fait a été perçu comme un refus de la part de maman, alors que ce n'était pas dans son intention. Anuarite était encore très petite, maman était fort préoccupée. Mais après elle a dit: «Seigneur, que ta volonté soit faite».

¤ Appartenir à la famille d'une martyre…

Je crois que nous allons nous retrouver avec elle au ciel! Je suis certaine qu'elle nous attend auprès de Père. Elle doit intercéder pour nous de sorte que nous puissions imiter ses vertus. Sommes nous capables de suivre son exemple? Je ne cesse jamais d'invoquer son intercession.