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Dans un quartier périphérique situé à l'Est de la ville de Kinshasa, en Rdc, un foyer enregistre un record extraordinaire: sept accouchements et 16 enfants, dont deux triplés et deux couples de jumeaux. Un fait sans doute exceptionnel, qui relance les questions que les gens se posent sur l'origine de ces naissances et sur le destin de ces enfants.
L'Afrique est la terre des jumeaux. En 1999 on dénombrait 1,1 million de jumeaux dans notre continent sur environ 2,8 millions dans le monde. Le taux de gémellité (part des accouchements de jumeaux dans le total des accouchements) est nettement plus élevé en Afrique que partout ailleurs: près du double de celui d'Europe et près du triple de celui d'Asie. Vingt accouchements sur mille sont gémellaires en Afrique, contre douze en Europe et seulement sept en Asie. Le taux élevé des naissances des jumeaux dans notre continent, par rapport aux autres continents, s'explique aussi, sans doute, par le taux de natalité élevée, qui est supérieure à la moyenne mondiale. Le taux de natalité des jumeaux n'est pas le même partout, en Afrique. Il est plus élevé dans certains pays de l'Afrique Occidentale. Dans la bande côtière allant du Ghana au Cameroun et le long du Golfe de Guinée, il atteint 25 pour 1000 accouchements. Avec des records de l'ordre d'environ 40 pour mille accouchements. C'est le cas, en particulier, de la population Yorouba, au Nigeria.
Les bienvenus
Dans presque toutes les sociétés, la naissance de jumeaux est chargée de signification. Chez les Ngombe de la RDC, à chaque naissance de jumeaux, un représentant du lignage s'adresse aux enfants et leur dit ceci: «Etrangers, vous n'avez pas encore de noms, êtes-vous venus nous visiter ou demeurez-vous avec nous? Si c'est pour nous visiter, vous pouvez partir tout de suite; mais si c'est pour rester avec nous, vous êtes les bienvenus». Dans pas mal de régions lorsque les jumeaux sortent pour la première fois à l'extérieur de la maison, les femmes lancent des cris de joie. Elles félicitent surtout la mère de la naissance prodigieuse. Les jumeaux sont perçus comme s'ils avaient des pouvoirs extraordinaires. C'est pourquoi des cérémonies spéciales sont organisées au moment de leur naissance et tout au long de leur jeunesse. Les Baluba (Kasaï) et les Basanga donnent des noms qui invitent à plus de protection, de tendresse et prévenances: les noms Katumwa et Kaitume, par exemple, signifient «l'enfant que tu ne dois pas commander». La place du troisième des triplés attire souvent attention: en effet, on le considère comme un enfant à part, comme s'il ne faisait pas partie du groupe. Dans beaucoup d'endroits le deuxième né des jumeaux mâles est considéré comme l'aîné. Chez les Mbala du Kwilu, par exemple, Mbângu signifie «qui est devant», «celui qui montre le chemin». Le plus vieux est le deuxième, Gilúndu, «celui qui est ajouté»: c'est lui qui a envoyé son jeune frère ou sœur se renseigner sur les conditions de vie sur terre.
Un art difficile
Il est interdit de frapper, de gronder ou de contredire les jumeaux, au risque de les voir retourner là d'où ils sont venus. «Les vrais jumeaux qui viennent des nuées s'en vont comme les nuées». Les parents évitent de faire la différence entre les frères jumeaux ou les sœurs jumelles, dans l'habillement, la nourriture les cadeaux, le choix professionnel , etc. Les chants exécutés en honneur de ces enfants expriment le caractère extraordinaire et particulier qu'on attribue aux jumeaux. On accorde à leurs parents un statut d'honneur ou le privilège d'aller au-delà de certaines normes de conduite sociale. Par exemple, de se moquer de tout le monde. Eduquer les jumeaux c'est comme marcher sur la branche de l'arbre Likombo (Musanga Smithi), un arbuste à la structure fragile. «Quand tu auras des jumeaux, tu ne mangeras pas de sanglier». La colère des parents retarde la naissance des jumeaux». Beaucoup de dictons et de chants parlent de l'art difficile d'éduquer les jumeaux, de leur caractère capricieux, et de la nécessité de doubler tout ce dont ils ont besoin. Ces enfants sont considérés aussi comme porteurs d'un message qu'on doit respecter. Pour les Malinké, les Bambara et d'autres peuples de l'Afrique Occidentale, les jumeaux incarnent un idéal mythique. Ils sont les représentants de la perfection, apportent la chance et ont le pouvoir de mener à bien une activité telle que la récolte ou la pêche. Ainsi, un père qui part à la pêche fera toucher ses filets aux enfants. On croit aussi que les jumeaux peuvent exercer une influence maléfique. Lorsqu'ils ne s'entendent pas entre eux, ils peuvent causer des troubles au foyer; et quand ils sont en colère ils peuvent provoquer une maladie chez leurs parents. Bien qu'ils possèdent des pouvoirs spéciaux, ils sont l'objet d'une protection particulière. Les cérémonies qui les concernent sont toujours accompagnées de réjouissances montrant clairement qu'on est heureux de leur venue au monde et de leur présence. Des attitudes contraires pourraient pousser les jumeaux à retourner à leur pays d'origine, c'est-à-dire à mourir. Dans la tradition de certains groupes, pour protéger l'âme des jumeaux contre les sorciers, le chef de lignage coupait une touffe de cheveux de chaque enfant ainsi que quelques morceaux d'ongles et les cachait au milieu d'une rivière, invisibles aux forces maléfiques pouvant menacer l'existence des jumeaux. Quand un jumeau meurt, on procède à des rites pour éloigner le danger que l'autre ne le suive. Il est commun de cacher à un jumeau la nouvelle de la mort de son frère: on dit au survivant que son frère est parti en voyage ou qu' il est allé puiser de l'eau.
Changements
Les temps changent aussi pour les jumeaux. Le prof. Nigérien Issoufi Alzouma Oumarou, de l'université de Niamey, a écrit que la génération actuelle 'par snobisme' est en train de remplacer les noms traditionnels par les arabes Rachida, Oummou-Kaltoum, Nadiira, Bahajatou, Samir, Samira, Jamiila, Muunir. Alors que dans le passé les jumelles étaient Háwà (Eve) et Adámà (féminin de Adam), aujourd'hui on les appelle Mákkà (Mecque) et Màdínà (Médine), des lieux au cœur du pèlerinage de tout bon musulman. Les problèmes de survie des jumeaux restent toujours très sérieux. La mortalité des jumeaux en bas âge est supérieure à celle des enfants nés d'accouchements simples: elle est trois à quatre fois plus élevée que celle des autres enfants. En raison de la plus grande fragilité de ces enfants, l'effort à fournir en termes de protection maternelle et infantile est plus important.
L. Kalantanda
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