N° 29  Janvier - Mars 2005

Ils sont branchés

Ae29
Au cœur de la ville.
Combines électorales: c'est quoi?
Les escrocs de temps nouveaux.
Œcumenisme: des actes.
Vers l'Etat de droit.
Les villes
De ville en ville. 
La fin d'un monde?
Notre rue.
Ils sont branchés.
La Vierge Marie dans le Coran.
Wangari Maathai.
Jeunes et sentinelles.

"C'est ça, la technologie de l'information. C'est notre culture, notre réalité d'aujourd'hui".
Les jeunes de Dar es Salaam entrent en masse dans  les cybercafés.


En 2001 j'ai demandé à des jeunes Tanzaniens de Dar es Salaam: "Quelle est la culture de la jeunesse dans nos villes de l'Afrique orientale aujourd'hui ?" Ils ont répondu: "Notre culture? Elle est ce que nous voyons et apprenons à la TV ».
Des musiciens comme
Mr 2 Proud, R. Kelly, Puff Daddy et Jennifer Lopez ainsi que les films swahili et nigérians occupent les chaînes de télévision de Dar es Salaam. Pour attirer le publique jeune, beaucoup de chaînes MTV passent des vidéos musicaux des Etats-Unis, de l'Afrique du Sud et du Nigeria, avec les rythmes hip hop, R & B, Reggae et Bongo.
Lorsque j'ai posé la même question en 2004, les jeunes Tanzaniens ont répondu: "C'est ça, la technologie de l'information. C'est notre culture, notre réalité d'aujourd'hui". Les jeunes de Dar es Salaam entrent en masse dans les cybercafés pour envoyer des messages électroniques et naviguer sur Internet.
Si on veut rester connectées avec la jeunesse aujourd'hui et l'atteindre d'une façon significative, nous sommes défiés à entrer dans son monde et apprendre sa façon de parler, musique, histoires.

Heureux

Puisque j'aime, dans la communication raconter des histoires, j'ai demandé à certains jeunes de Dar es Salaam: «Racontez-moi une histoire populaire auprès les jeunes de la ville». Ils ont immédiatement mentionné l'histoire de The Sad Person, 'La Personne triste' de la chanson Barua - 'Lettre' en kiswahili - composée par le groupe musical Daz Nundaz, genre Rap. C'est une histoire sur l'amour vrai ou faux. Daz Nundaz est un pauvre qui s'est marié avec Assa. Il semble heureux. Mais deux ans plus tard, elle le quitte pour épouser un homme riche. Un jour Daz Nundaz reçoit une carte: c'est son ancienne femme qui l'invite à ses noces avec le richard. Il est triste, déprimé. Il en parle aux amis qui l'encouragent à être patient. «Ça va passer», lui disent-ils. La bonne étoile lui fera trouver un jour une autre femme qui 'aimera profondément. Alors il connaîtra le vrai amour.
Les jeunes inventent de nouveaux mots, des slogans et des expressions en écrivant des chansons populaires, des histoires, et des pièces de théâtre sur les conditions de la vie dans les villes africaines. Par exemple:
Pas de problème. Les vraies choses arriveront après. La beauté d'une épouse est son tempérament et non pas son aspect extérieur. Ta meilleure défense? Ta bonne conduite. Tu avais dit que cela n'arriverait pas. Alors, pourquoi est-il arrivé ? (Cela fait partie d'un chant qu'on exécute pendant la cérémonie de mariage). Si tu as un pot nouveau, ne jette pas le vieux (c'est à dire le petit ami ou la petite amie que tu avais). Je Suis le Gangster Lyrique (expression de Boombastic, une chanson kenyane très populaire).
Les expressions
Sheng (un mélange de kiswahili, anglais et d'autres langues africaines) sont populairement utilisées dans des chansons hip hop au Kenya. La chanson Unbwogable est toujours très populaire, aussi en Tanzanie. Elle associe l'anglais avec le mot bwogo - dans la langue dholuo signifie: 1 am fearless, je suis brave. Exploitée en décembre 2002 au cours de la campagne électorale par les partisans de Mwai Kibaki, élu en suite Président du Kenya, la chanson est entrée dans conversation quotidienne. Ainsi à la question "Est-ce que tu as peur?», la réponse est: "Je suis unbwogable". Ce mot est appliqué maintenant au gouvernement, aux équipes sportives, aux tôles en zinc: il sont unbwogable, imbattables.
Le jeune citadin donne aux mots des significations qui ne sont pas celles des adultes. Même les vieux proverbes prennent un sens nouveau dans contexte citadin. Un proverbe swahili populaire est
Heri pazia kuliko bendera, 'mieux un rideau bien fixé qu'un drapeau agité par le vent'.

Pour dire

Un vieux dicton, qui s'est enrichi ces derniers temps d'un nouveau sens. Utilisé dans la campagne anti-Sida, maintenant il exhorte les jeunes à rester fidèles à un partenaire (le rideau à la maison) au lieu de se promener avec plusieurs, comme un drapeau au souffle du vent. Les jeunes continuent à utiliser des proverbes et des expressions venant de la sagesse traditionnelle, notamment ceux concernant les rapports fille-garçon.
Si tu veux quelque chose qui est sous le lit, tu dois te courber pour la prendre. Un jeune utilise ce proverbe pour dire à un copain: regarde que si tu veux avoir une petite amie, cela demande du temps et de l'argent (des cadeaux).
Faire une erreur ce n'est pas une erreur; mais répéter l'erreur, c'est une erreur. Par ce proverbe, une fille met en garde une copine: ne te décourage pas si tu as eu un échec avec ton ami. Sois patiente.
Les mots sur les khangas (le tissu coloré de coton), T-shirts, posters, affiches, banderoles, cartes de voeux s'adressent à la jeunesse urbanisée. Des phrases concernant les histoires amoureuses, avec leurs jalousies, inimitiés, ruptures, réconciliation, etc.
La chance commence le matin.
La vie, il faut la mordre.
Je savais que tu allais dire ça. Tes amis savent que tu as un(e) ami(e)
Cela arrive. Pour consoler un ami qui vient de perdre sa flamme. Ou: Se plaindre, cela ne sert à rien.
Mon amour, éteins la lumière. (d'une chanson de la Cuban Mirimba Band de Morogoro, aimée des voyous et des durs)
On ne tue pas le messager. Employée pour transmettre des messages d'amour. Dépense l'argent comme tu veux. Pour les jeunes qui ont touché le salaire à la fin du mois. La langue de la rue transmet des messages et prétend de donner aussi des leçons. Tu M'as laissé au feu rouge, dit celui qui se sent abandonné ou trahi, sans un sou. Il dort épuisé, dit-on à l'adresse de quelqu'un qui travaille dur pour un salaire misérable. A' la fin de la journée il n'a pas le temps pour un peu de relax. Les fils électriques n'ont pas été coupés: mise en garde contre ceux qui se promènent sans précaution et transmettent le sida: ils ont un voltage qui tue. Il est cuit: on le dit pour les moteurs fondus et pour les gens insignifiants, qui n'ont pas de succès ou d'argent.
Bien que le langage des jeunes soit souvent superficiel ou pure répétition sonore, il est vrai aussi qu'il véhicule des valeurs liées à l'importance des relations humaines. Les jeunes citadins sont moins enracinés que les gens âgés dans leurs cultures traditionnelles, c'est donc aux contenus de ce qu'ils se transmettent qu'il faut faire attention. C'est une nouvelle culture, avec les valeurs et les antivaleurs du monde d'aujourd'hui.

Joseph Healey et Léonard Boniface