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«Généreuse et persistante, elle a été une championne de la défense de l'environnement, des femmes, de l'Afrique et de tous ceux qui se soucient de notre avenir» a dit Kofi Annan, Sécr. Gén. des N. U., à l'adresse de Wangari Maathai, la kenyane Prix Nobel de la Paix 2004.
Maathai est la douzième femme à laquelle on a accordé le prix depuis sa fondation en 1901. Dans des déclarations aux médias kenyans elle a affirmé: «Je suis très honorée. Non, je n'arrive pas à m'imaginer en compagnie des grands du monde comme Nelson Mandela et Desmond Tutu!». Wangari Maathai est né à Nyeri (Kenya) en 1940. Depuis son enfance elle a montré un tempérament fort, jamais menacé par la déprime. Études primaires et secondaires dans des écoles catholiques; diplôme en biologie à l'université d'Arkansas et master de Sciences à l'Université de Pittsburgh (Etats Unis). A partir de 1971 elle enseigne zoologie et anatomie vétérinaire à l'université de Nairobi. A ce curriculum elle aimerait ajouter un engagement politique. Mais le parti au pouvoir, la KANU (Union Nationale Africaine du Kenya), n'accepte pas sa candidature, étant donné son caractère critique et indépendant. Elle travaille comme volontaire dans le Conseil. National des Femmes du Kenya et organise des campagnes pour que les femmes plantent des arbres. Le mouvement Green Belt (Ceinture Verte) a débuté en 1977: jusqu'à présent il a planté 20 millions d'arbres et s'est battu contre la déforestation, oeuvre de lobbies économiques et politiques. Aujourd'hui, des femmes et des handicapés physiques ou mentaux gèrent plus de 5.000 pépinières.
"Trop forte"
Mère de trois enfants, Waweru, Wanjira y Muta, au cours des années 80 Maathai a divorcé. Son mari l'accusait d'être "une femme à succès, trop formée, trop forte, trop obstinée et trop difficile à contrôler". Le mouvement n'a pas cessé de grandir, malgré l'opposition farouche du Gouvernement. Il est est intervenu courageusement contre la déforestation et la spéculation immobilière. En 1989 Maathai réalisa une victoire retentissante: le magnat de l'information Robert Maxwell dut renoncer au projet de construire un gratte-ciel de 60 étages à l'intérieur de l'Uhuru Park, zone verte et véritable poumon au centre déjà très pollué de la ville de Nairobi. Par représailles, le gouvernement d'Arap Moi ferma les sièges du mouvement. En 1992, pendant une manifestation pour la liberté des prisonniers politiques, la police fonça sur les manifestants et blessa sérieusement Maathai et trois autres femmes. Des faits pareils n'ont jamais affaibli sa détermination de poursuivre la croisade écologique. Elle a été souvent insultée, soit au Parlement soit dans la rue. Elle a été attaquée avec des gaz lacrymogènes et plusieurs fois menacée de mort ou arrêtée à cause de ses protestations contre certaines mesures gouvernementales. Lorsque la KANU a perdu les élections de l'an 2002, Maathai a gagné un siège au Parlement comme représentante des partis de l'opposition. Vice-ministre pour l'Environnement dans le nouveau Gouvernement de Mwai Kibaki, elle a menacé plusieurs fois de démissionner pour protester contre l'exploitation déréglée des forêts et la spéculation sur les terrains à bâtir. "C'est une affaire de vie ou de mort - affirme-t-elle. Les forêts, du Kenya disparaissent, et tout cela c'est un désastre causé par l'homme".
Désobéissance civile
Catholique pratiquante, Maathai est membre fidèle du choeur de sa paroisse de Tetu. Elle évite toute ostentation et son comportement n'a pas changé, ni avec les diplômes universitaires ni avec son élection au Parlement ou la renommée internationale. Elle n'a pas honte de ses bottes de caoutchouc et de son arrosoir. On pourrait dire que c'est sa carte de visite devant le monde qui commence finalement à la connaître. Son parcours, cependant, n'a pas été une promenade parmi les roses. Il y a toujours des gens qui s'opposent à sa lutte et expliquent que son amour pour les forêts n'est que de l'hystérie. L'ancien président Arap Moi disait qu'elle était une folle et qu'elle était un danger pour la sécurité de la nation. Maathai n'a jamais eu peur de qui que ce soit, ni du Gouvernement ni d'autres. Personne ne doute que cette femme a été une pierre dans la chaussure de toute une classe politique uniquement préoccupée de s'enrichir rapidement et sans scrupules. Elle n'a pas eu peur de promouvoir des initiatives de désobéissance civile lorsqu'elle a vu menacées les forêts les plus importantes du Kenya, comme celle de Karura, et a fait face non seulement à l'ancien régime mais aussi à l'actuel et à tout projet d'exploitation agricole appelé "système - shamba", qui met en danger l'intégrité des forêts. «Je n'aurais pas reçu le prix - a-t-elle dit - sans l'appui des femmes rurales. Ce sont elles qui ont planté vingt millions d'arbres. Je suis ravie du fait que le monde apprécie finalement le travail que nous faisons. Nous avons parcouru un long chemin et je n'aurais jamais imaginé que nous serions arrivées si loin». Elle a aussi eu un mot pour ses fils, "Il m'ont vue en train de me battre lorsqu'ils marchaient encore à quatre pattes, ils m'ont vue en prison et dans les bois". Dans l'enceinte de l'hôtel de Nyeri où le prix lui a été décerné, elle a planté un arbre pour exprimer sa joie et le sens de sa lutte. Les femmes présentes au Parlement kenyan ne sont que 18 pour 220 sièges: "Je veux dédier ce prix à la femme africaine. Elle a souffert l'inexprimable et cet honneur lui appartient". A la question sur l'emploi du montant du prix, 1,1 million d'euros, elle a indiqué qu'une bonne partie sera consacrée à continuer la lutte pour la protection de l'environne ment.
'Fiers de toi'
Wangari Maathai est une femme qui ne laisse personne indifférent. Tout le monde, cependant, reconnaît son engagement pour l'affirmation de certaines valeurs fondamentales. Elle représente l'Afrique respectueuse de la nature, la lutte infatigable contre la corruption et les combines politiques et financières, la fermeté et l'intelligence au service des plus faibles. L'admiration des gens du Kenya était résumée dans le titre d'un journal de la capitale: "Salut, femme africaine, nous sommes tous fiers de toi".
Alberto P. Eisman
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