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Les élections qui doivent se tenir cette année en RDC sont d'une importance capitale. Conformément aux textes qui les avaient annoncées, ces élections, seront libres, démocratiques et transparentes. Un idéal très beau, mais ce qui arrive dans beaucoup de pays d'Afrique et du monde, semble confirmer une autre réalité : les élections sont souvent entachées de fraude et d'irrégularités.
Par exemple. Au Cameroun, lors des élections présidentielles d'octobre 2004, le président Paul Biya, qui est au pouvoir depuis l'année 1982, a remporté la victoire avec plus de 75% des voix. Les deux principaux partis de l'opposition (SDF et UDC) ont dénoncé des fraudes et demandé tout simplement l'annulation du scrutin. Leur protestation était appuyée par la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme, alors que, les observateurs internationaux avaient qualifié les opérations de vote «d'honnêtes» et de «transparentes». C'était la réplique du scénario lors des élections législatives et municipales de 2002, où malgré la présence d'observateurs de l'ONU, du Commonwealth, de la Francophonie, de pays amis, d'ONG nationales et internationales, l'opposition parlait de fraudes massives, de bureaux de vote fictifs, de transport gratuit des électeurs de bureau en bureau pour voter plusieurs fois. Au Nigeria, également, lors des élections présidentielles d'avril 2003, qui aboutirent à la réélection de M. Obasanjo pour un second mandat, le principal groupe d'opposition, le Parti de tous les peuples du Nigeria (ANPP), a demandé l'annulation des élections en expliquant qu'elles avaient été accompagnées par des "assassinats, arrestations, intimidations, actes de harcèlement et bien d'autres tricheries". Des irrégularités enregistrées dans plus de 20 Etats sur les 36 que compte le Nigeria et confirmées par plus de 100 observateurs de l'Union européenne. Des observateurs nigérians ont précisé que certains résultats avaient été falsifiés et que parmi les électeurs certains n'avaient pas encore l'âge requis. Toujours selon le rapport de ce groupe d'observateurs, il y avait eu des cas graves d'intimidation: durant la campagne électorale, des combats de rue avaient éclaté entre des membres du Parti au pouvoir (PDP) et des membres des partis d'opposition et fait plusieurs morts et de nombreux blessés. Même décor au Togo, où les élections présidentielles de juin 2003 auraient été plus truquées que jamais, d'après le Comité d'Action pour le Renouveau (CAR) et autres groupes d'opposants et de la société civile: la substitution d'urnes bourrées aux urnes des bureaux de vote; la rétention des cartes d'un bon nombre d'électeurs afin de les empêcher de voter pour l'opposition; et le refus d'observateurs internationaux crédibles, à qui le pouvoir a préféré des observateurs de complaisance.
Une longue liste
Dans certains pays, c'est le cas notamment de la Guinée Conakry, les opposants sont persuadés que toutes les élections ont été truquées et fraudées. Les élections régionales, municipales et rurales organisées au Sénégal en novembre 1996 ont été qualifiées de «scrutin simplement outrancier et vulgaire... entaché de fraudes massives», oeuvre du parti (socialiste) au pouvoir, désireux d'arriver à une victoire quasi-unanime. Les fraudes et les manipulations qu'on a fabriquées à Madagascar lors des élections présidentielles de décembre 2001, on les trouve réunies dans un livre de 100 pages, publié en français et en malgache, qui décrit tout ce qui s'est passé avant, pendant et après les élections. Une longue liste d'anomalies et irrégularités. En particulier, la non application du Code électoral et l'intimidation. Des fraudes massives en Mauritanie, lors de l'élection présidentielle du 7 novembre 2002: interdiction aux représentants de l'opposition d'avoir leur exemplaire des listes électorales et d'avoir sur eux le téléphone portable; fermeture d'urnes avant le commencement des opérations de vote; agression physique des représentants de l'opposition et leur expulsion ou arrestation; absence des bulletins de vote pour voter pour les candidats de l'opposition et changement de certains lieux de vote, afin de troubler les électeurs; présence des milices du parti au pouvoir dans les bureaux de vote pour empêcher les militants des partis de l'opposition de voter. Plus grave encore est l'existence dans les fiefs de l'opposition, d' enveloppes contenant déjà des cartes blanches, afin d'invalider le vote des électeurs. Mali. Aux élections présidentielles du mois de mai 2002 qui ont abouti à la victoire de Amadou Toumani Touré, alors que les électeurs inscrits étaient 5.746.202, les suffrages valablement exprimés ne furent que 1.424.746. Un taux de participation très bas, 29,99%. On procéda à un second tour le deuxième dimanche suivant. A. Touré Toumami recueillit finalement la majorité requise des suffrages exprimés pour être élu Président, 926.243. Mais que de salive et d'encre ont fait couler ces élections, manipulées, selon l'opposition, par la présence de militaires dans les bureaux de vote, intimidant les électeurs; le refus d'accepter les représentants de l'opposition ou même leur arrestation arbitraire; la corruption d'électeurs et la fermeture des bureaux de vote avant l'heure légale; le vote sans pièces d'identité, etc.!
Ailleurs
Les combines lors des élections ne sont pas l'apanage des seuls pays africains. On les retrouve dans tous les autres continents. Au Venezuela, à l'issue du référendum sur une éventuelle révocation du président Hugo Chavez, l'opposition a demandé la révision du vote et a été confortée par la position prise par les Etats Unis qui refusaient de reconnaître les résultats en faveur de Chavez et réclamaient une enquête sur les fraudes électorales. De falsifications étaient au rendez-vous avec les élections en Afghanistan (octobre 2004), un pays analphabète à 80% et où aucun moyen ne permet d'empêcher une personne de s'inscrire sous plusieurs identités: dans certaines régions on a compté jusqu'à 200% d'inscrits! En Ukraine (novembre 2004) l'opposition a dénoncé de 'graves irrégularités', alors que du côté des gagnants on jurait que 'la lutte avait été tendue, mais ouverte et honnête'. L'avenir? On prévoit qu'il nous réserve des solutions plus fiables: campagne électorale sur Internet, cyberdémocratie, vote électronique... Sans se déplacer l'internaute-électeur n'a qu'à cliquer pour choisir son candidat ou voter blanc. Les sceptiques prévoient qu'il sera plus facile de voler un million de votes avec des bulletins électroniques qu'une centaine de bulletins sur papier. Plus de cinquante millions de citoyens américains ont utilisé des machines électroniques pour voter lors des récentes élections présidentielles un scrutin accompagné, naturellement, d'une kyrielle d'accusations de fraude. Mais alors, comment éviter ces fraudes?
Bien que le panorama soit plutôt sombre, il y a des exceptions: les récentes élections au Niger, en Namibie, au Ghana, ont été qualifiées par les observateurs nationaux et internationaux de «scrutin libre et transparent». Ce qui peut parfois sembler illusoire, est possible.
Louis Kalonji
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