N° 29  Janvier - Mars 2005

Les escrocs des temps nouveaux

Ae29
Au cœur de la ville.
Combines électorales: c'est quoi?
Les escrocs de temps nouveaux.
Œcumenisme: des actes.
Vers l'Etat de droit.
Les villes
De ville en ville. 
La fin d'un monde?
Notre rue.
Ils sont branchés.
La Vierge Marie dans le Coran.
Wangari Maathai.
Jeunes et sentinelles.

«Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l'écoute», disait La Fontaine dans sa fable 'Le corbeau et le renard'.
Ainsi en est-il de l'escroc, bien plus habile qu'un simple voleur.
Si ce dernier opère dans la clandestinité et profite de votre absence ou de votre sommeil, celui-là est plutôt perceptible, joignable même via lnternet.

Vous n'avez jamais été escroqué? Alors, vous faites partie de la crème des bienheureux, car, l'escroquerie se trouve partout.

Idées géniales

La chance a souri à ce vertébré de la Loterie nationale: il vient de gagner une cagnotte de plus de 500.000 francs congolais (environ 13.500 dollars U$), tombée du ciel comme sur un coup de baguette magique. Il n'en croyait pas ses yeux jusqu'au moment où, en compagnie de son épouse, il est allé toucher cette fortune. Que faire dès lors? L'heure est à des projets que le couple n'avait même pas en tête. Ceux-ci ont tellement pris des proportions que les 500.000. francs ne suffiront pas. Alors, Madame sort une idée «géniale»: et s'ils allaient voir le multiplicateur d'argent dont elle avait entendu parler un jour?
Aussitôt dit, aussitôt fait. Incantations divinatoires et cérémonies mystico-magiques. Puis tout l'argent gagné est placé dans un bassin plein d'eau: «Revenez demain à 5h30, et vous aurez le double de votre argent», leur fut-il dit.
Surprise au petit matin quand les voisins leur apprendront que le multiplicateur d'argent venait de déménager la nuit même.
Combien de groupes de prière n y a-t-il pas aujourd'hui à Brazzaville, à Douala comme à Kinshasa où l'essentiel des messages qui circulent est: «Semez et vous récolterez bien davantage». Autrement dit: «Soyez généreux avec votre homme de Dieu et, en retour, Dieu vous comblera dans tous vos désirs !».
Un jeune homme venait de s'envoler pour l'Europe voici un an. Mais comment? Son aventure mérite d'être contée.
Epris d'une fille d'une famille quelque peu aisée, ce garçon lui promet le mariage. La future belle-famille, toute confiante, le comble dans tous ses désirs. A la seule évocation de voir le foyer en préparation aller s'installer en Europe, lui d'abord, et sa future épouse ensuite, la famille applaudit à tout rompre et lui accorde toutes les facilités afférentes. Tant et si bien qu'arrivé en Occident, le fiancé envoie une lettre qui laisse pantois:
«Ma chère, merci à ta famille pour m'avoir aidé à fouler le sol européen, mais pour ce qui te concerne, cherche un autre fiancé».

«La prochaine fois ... »

Chaque jour qui passe, ce sont des grandes sommes d'argent qui quittent les mains des honnêtes gens pour celles des escrocs de tout acabit, parfaits connaisseurs des astuces les plus sophistiquées, des plus savantes. Un brillant homme d'affaires, mais quelque peu borné, voyait ses comptes bancaires s'amenuiser jour après jour sans trop se rappeler d'avoir émis quelque chèque ou ordre de paiement. Tout contrôle effectué n'a rien donné de probant, car tout rentrait dans l'ordre des choses: factures, chéquiers, signature, bénéficiaires... A ne rien comprendre!.
Il ne pouvait donc plus s'agir que de la sorcellerie. Parce que l'oncle de l'homme d'affaires avait dit ceci, et sa tante cela, tandis que sa énième femme, abandonnée, lui avait jeté un mauvais sort... Entre temps, les affaires jadis florissantes, ne cessaient de péricliter jusqu'à leur extinction totale, qui a précédé quelque temps après celle du malheureux commerçant lui-même.
Le pot-aux-roses aura été qu'à partir de sa banque jusque dans son cercle de famille et celui de ses affaires, il s'était tissé, sans le savoir, tout un réseau de faussaires astucieux. Et cela, des années durant.

Semez

Les mauvais tours qu'on peut jouer sont infinis. Ils empruntent même les voies de l'Internet. On les appelle «scam», ruse en anglais, des e-mail d'origine souvent nigériane et qu'on se retrouve sur l'écran sans les avoir cherchés.
En voici le scénario. Un riche Africain, décédé il y a peu, avait déposé plusieurs millions de dollars dans une banque. Des millions que personne ne réclamera, car le richard avait oublié de faire testament. Votre interlocuteur - il se présente comme un vice-directeur de la banque, a besoin d'un associé à l'étranger pour aider à transférer cette manne. Il est d'ailleurs prêt à vous reverser 20% du montant si vous acceptez de lui fournir le n° de votre compte en banque pour faire transiter ces fonds.
Les entourloupettes peuvent élire domicile partout: aux bords des routes, aux feux rouges éteints, à la sortie des marchés, à l'école. Au beau milieu de sa course, le taxi-bus est bloqué par un policier commis au service de roulage. Le chauffeur s'arrête illico et sans prononcer le moindre mot, serre vigoureusement la main du policier. Ce que le commun des passagers n'a peut-être pas compris, c'est que lors de la salutation, un billet de banque est passé d'une main à l'autre.
Eh! C'est ainsi tous les dix km. Il faut, dit-on, nourrir le gardien de l'ordre, parce que l'État n'est pas en mesure de lui payer son dû chaque mois.
Et ces militaires qui arrêtent sans motif apparent? Mais non, il y a une raison: s'ils n'ont pas touché leur solde, gentiment, mais pas toujours, aux passants ils ne demandent qu'un «sucré» ou «madesu ya bana» (haricots pour les enfants)!
Si déjà dans la capitale, la situation se présente de cette façon, on imagine alors ce qu'endurent les populations à l'intérieur du pays, fraîchement sorties de la guerre, entourées comme elles sont par des miliciens qui ne vivent que de rapines et d'exactions parce que leur patron ou leur chef de guerre les a lâchés.
Et ces directeurs et maîtres d'école qui rançonnent les enfants, sous des prétextes les plus fallacieux: travail manuel, le double du bulletin, l'accouchement de sa conjointe, le «sucré» pour avoir réussi aux examens,…). En milieu rural on exige des enfants du travail gratuit dans les champs des enseignants, la recherche du bois ou de l'eau.
Et la montre que vous avez achetée à un prix intéressant et qui, une fois arrivé à la maison, ne tourne plus?
Au juste, que ressent-on après qu'on ait été l'objet d'une escroquerie? D'abord, on s'apitoie sur la perte du bien soutiré. Et l'on est aussitôt envahi par des sentiments à la fois de culpabilité, d'embarras, de la perte de dignité et de honte.
Que faire alors? Continuer à se morfondre et à en vouloir à soi-même? Inutile! Autant se donner le temps de s'en remettre et de faire comme le corbeau de la fable de La Fontaine, «jurant que la prochaine fois, on ne vous y prendrait plus».

Patrick-R. Monzemu Moleli