N° 29  Janvier - Mars 2005

Les villes

Ae29
Au cœur de la ville.
Combines électorales: c'est quoi?
Les escrocs de temps nouveaux.
Œcumenisme: des actes.
Vers l'Etat de droit.
Les villes
De ville en ville. 
La fin d'un monde?
Notre rue.
Ils sont branchés.
La Vierge Marie dans le Coran.
Wangari Maathai.
Jeunes et sentinelles.

La population urbaine augmente beaucoup plus rapidement dans les pays en développement que dans les pays développés. La population de l'Afrique sub-saharienne a triplé entre 1950 et 1990, mais le nombre des citadins a été multiplié par 8, passant de 20 à près de 155 millions.

Causes

Les gens quittent les zones rurales, qui ne leur offrent plus de quoi vivre, pour les villes, espérant y trouver un emploi et y bénéficier d'un accès plus facile à l'éducation et d'un niveau de vie plus élevé. Les écoles supérieures sont en ville, les universités et les hôpitaux aussi: comment est-il possible construire le futur dans la brousse?, se demandent surtout le jeunes. Plusieurs pays ont connu cela au cours du 19è et 20è siècle, lors du passage d'une économie fondée sur l'agriculture à une économie fondée sur l'industrie et les services. Des changements qui entraînèrent un mouvement irréversible en direction des villes. Dans certaines régions ce phénomène est plus récent. Les populations se déplacent vers les centres urbains qui offrent, plus facilement que les zones rurales, les services essentiels à meilleur prix et plus de possibilités de formation et d'éducation. Enfin, une plus grande espérance de vie.
Les villes constituent un meilleur cadre pour les pauvres: les citadins pauvres sont en effet 3 à 10 fois plus
riches que les ruraux pauvres. Au fond, la forte densité de la population signifie que, par exemple, les coûts d'approvisionnement en eau et des services de santé sont moins élevés par ménage et par entreprise. A tel point qu'on a affirmé que le cercle vicieux dans lequel sont pris les pauvres, ne peut être rompu que dans les villes, où les services sociaux sont moins coûteux
Dans pas mal de pays l'exode vers la ville est surtout le résultat de l'insécurité causée par l'instabilité politique, la présence de bandes armées incontrôlées, la dégradation de l'infrastructure routière, le danger représentée par les mines. Dans les pays où 80% des habitants vivent de l'agriculture, la présence de mines a un impact très négatif et contribue à pousser les gens vers les villes. En RDCongo, selon les experts onusiens, on a identifié 399 champs pollués par les mines antipersonnel et autres armes. Elles ont déjà fait 2.585 victimes, dont 65% d'hommes. En Angola, 60.000 victimes.

Avantages

L'urbanisation contribue au développement économique et social d'un pays. Elle entraîne une amélioration des niveaux de vie d'une fraction considérable de la population. La plupart des pays où l'urbanisation est rapide, connaissent une croissance économique élevée. D'ailleurs, un nombre important de grandes villes jouent un rôle remarquable dans la mondialisation de l'économie, en devenant des grands centres financiers ou commerciaux. Les villes sont des foyers de créativité, d'activité commerciale et de culture.
Mais souvent ces atouts sont affaiblis par les problèmes de pollution, la pénurie de logements, le chômage, la saturation des moyens de transport et la passivité des pouvoirs publics.
Une croissance urbaine rapide implique des risques supplémentaires: par exemple, augmentation du nombre des sans-abri et réduction des ressources publiques allouées aux soins de santé. La densité de la population peut favoriser la recrudescence de certaines maladies autrefois maîtrisées et la propagation de virus tels que le VIH. C'est pourquoi le taux de mortalité parmi les citadins pauvres y est souvent plus élevé que dans les zones rurales. En revanche, le taux de mortalité maternelle y est toujours plus faible, même chez les pauvres, probablement parce que dans les centres urbains les femmes font l'objet d'un meilleur suivi médical durant la grossesse et ont plus de chances de recevoir des soins de santé maternelle spécialisés et de meilleure qualité. De même, l'ensemble des citadins peuvent bénéficier d'une meilleure prise en charge médicale, ce qui augmente leur longévité et la qualité de leur vie.

Logements

Parmi les défis que l'urbanisation lance aux gouvernements et aux responsables locaux, le plus sérieux est sans doute celui du logement. Le manque de logements convenables est l'un des problèmes les plus pressants qui se posent à l'humanité. Les villes où les problèmes de logement sont les plus graves sont Addis-Abeba (Ethiopie) où 79% de la population est sans abri ou mal logée, Jakarta (Indonésie), où 54% de la population est dans ce cas, et Bogota. (Colombie) 50%.
Le manque ou la mauvaise qualité des logements dans les villes est un problème mondial, mais la situation est bien plus grave dans les pays en développement. Habitat signale qu'aujourd'hui 600 millions d'hommes vivent dans des logements insalubres, parfois très dangereux, en Asie, en Afrique et en Amérique latine. Les régions où la population augmente le plus vite sont celles où le problème des sans-abri risque d'échapper à tout contrôle. En 1995, le Centre des Nations Unies pour les établissements humains avait évalué à plus d'un milliard le nombre de personnes dans le monde dépourvues d'un logement convenable et à plus de 100 millions le nombre total de sans-abri. Rien qu'à New York, les sans abri sont 100.000.

Il est possible

Au cours du siècle prochain, c'est dans les grandes villes que se poseront avec le plus d'acuité les grands problèmes environnementaux, économiques et sociaux, selon M. Wally N'Dow, directeur exécutif d'Habitat et secrétaire général de la Conférence des Nations Unies sur les établissements humains.
Les zones urbaines ont pourtant les moyens de résoudre leurs problèmes, en particulier ceux du logement, car dans la plupart des pays en développement les villes produisent de 50 à 90 % du produit national brut. Dans plusieurs pays d'Asie, la pauvreté urbaine est en régression depuis le milieu des années 80, ce qui prouve qu'il est possible d'agir.
Mais souvent le gaspillage et la mauvaise gestion des ressources disponibles freinent l'imagination et le bonnes volontés..
A la pauvreté qui frappe le milieu urbain de beaucoup de pays, les gouvernements centraux et les administrations locales ne parviennent pas à donner des réponses appropriées. Au lieu de faire des plans proportionnés à l'accroissement de la population, on adopte des solutions provisoires, qui au lieu de résoudre les difficultés, en créent d'autres.
"Après tout, les citadins des pays en développement ne gagnent parfois pas plus de 200 dollars par an, contre plus de 20.000 dollars dans les pays industrialisés. Cela signifie que ces grandes villes doivent gérer les finances publiques avec le plus grand soin, car elles ont très peu de ressources à investir dans les services et les équipements collectifs". (Habitat)
Maladies. Le manque de logements et leur mauvaise qualité, facilite l'apparition de maladies graves. L'eau non potable, le manque d'hygiène publique dans les centres à population dense sont chaque année responsables de 10 millions de décès dans le monde et jouent un très grand rôle dans l'apparition de dangers environnementaux qui seraient évitables et qui sont la cause de 25% des décès prématurés enregistrés dans le monde. Les maladies d'origine hydrique à elles seules tuent chaque année 4 millions de nourrissons et d'enfants. Les maladies causées par de mauvaises conditions de logement et le manque de moyens d'assainissement coûtent également beaucoup plus que ne coûterait leur prévention. En ne remédiant pas à une pareil situation, les pouvoirs publics doivent faire face, en fin de compte, à des dépenses de santé publique extrêmement élevées. Par exemple: l'épidémie de choléra qui a éclaté au Pérou (1998) n'a pas seulement touché 320.000 personnes - dont 2600 décès - mais a également entraîné des pertes de nature économique chiffrées à 1 milliard de dollars et s'est donc révélée beaucoup plus coûteuse que les améliorations qui auraient pu être apportées aux équipements d'hygiène publique et de voirie et qui auraient pu empêcher l'épidémie.
L'épidémie de peste qui a éclaté en 1994 dans la ville indienne de Surat, pourtant assez prospère, a été, principalement attribuée à l'insalubrité des logements. Les responsables de la santé publique ont signalé que l'épidémie avait tué 54 personnes et touché près de 5.000 personnes, mais qu'elle avait en outre entraîné plus de 1,5 milliard de dollars de pertes de nature économique et poussé à l'exode 500.000 habitants de la ville.
L'Organisation mondiale de la santé a montré que, de tous les facteurs environnementaux, le logement était le plus fortement associé à la maladie et à l'espérance de vie. Dans bien des pays du monde, on a établi un lien entre l'absence de logements adéquats et les épidémies, la criminalité et les troubles sociaux. Le niveau des dépenses publiques mondiales consacrées au logement est étonnamment bas par rapport aux autres postes de dépenses.
Il faut donc que les gouvernements facilitent la construction de logements et leur amélioration. «Pour les projets de logement urbain, on doit se départir de l'attitude traditionnelle consistant à attendre la catastrophe avant de réagir. Les mesures préventives permettent de sauver des vies humaines, et leur coût est considérablement inférieur à celui de la passivité". (Habitat)

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