N° 29  Janvier - Mars 2005

Les villes (2)

Ae29
Au cœur de la ville.
Combines électorales: c'est quoi?
Les escrocs de temps nouveaux.
Œcumenisme: des actes.
Vers l'Etat de droit.
Les villes
De ville en ville. 
La fin d'un monde?
Notre rue.
Ils sont branchés.
La Vierge Marie dans le Coran.
Wangari Maathai.
Jeunes et sentinelles.

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Il est possible

Au cours du siècle prochain, c'est dans les grandes villes que se poseront avec le plus d'acuité les grands problèmes environnementaux, économiques et sociaux, selon M. Wally N'Dow, directeur exécutif d'Habitat et secrétaire général de la Conférence des Nations Unies sur les établissements humains.
Les zones urbaines ont pourtant les moyens de résoudre leurs problèmes, en particulier ceux du logement, car dans la plupart des pays en développement les villes produisent de 50 à 90 % du produit national brut. Dans plusieurs pays d'Asie, la pauvreté urbaine est en régression depuis le milieu des années 80, ce qui prouve qu'il est possible d'agir.
Mais souvent le gaspillage et la mauvaise gestion des ressources disponibles freinent l'imagination et le bonnes volontés..
A la pauvreté qui frappe le milieu urbain de beaucoup de pays, les gouvernements centraux et les administrations locales ne parviennent pas à donner des réponses appropriées. Au lieu de faire des plans proportionnés à l'accroissement de la population, on adopte des solutions provisoires, qui au lieu de résoudre les difficultés, en créent d'autres.
"Après tout, les citadins des pays en développement ne gagnent parfois pas plus de 200 dollars par an, contre plus de 20.000 dollars dans les pays industrialisés. Cela signifie que ces grandes villes doivent gérer les finances publiques avec le plus grand soin, car elles ont très peu de ressources à investir dans les services et les équipements collectifs". (Habitat)
Maladies. Le manque de logements et leur mauvaise qualité, facilite l'apparition de maladies graves. L'eau non potable, le manque d'hygiène publique dans les centres à population dense sont chaque année responsables de 10 millions de décès dans le monde et jouent un très grand rôle dans l'apparition de dangers environnementaux qui seraient évitables et qui sont la cause de 25% des décès prématurés enregistrés dans le monde. Les maladies d'origine hydrique à elles seules tuent chaque année 4 millions de nourrissons et d'enfants. Les maladies causées par de mauvaises conditions de logement et le manque de moyens d'assainissement coûtent également beaucoup plus que ne coûterait leur prévention. En ne remédiant pas à une pareil situation, les pouvoirs publics doivent faire face, en fin de compte, à des dépenses de santé publique extrêmement élevées. Par exemple: l'épidémie de choléra qui a éclaté au Pérou (1998) n'a pas seulement touché 320.000 personnes - dont 2600 décès - mais a également entraîné des pertes de nature économique chiffrées à 1 milliard de dollars et s'est donc révélée beaucoup plus coûteuse que les améliorations qui auraient pu être apportées aux équipements d'hygiène publique et de voirie et qui auraient pu empêcher l'épidémie.
L'épidémie de peste qui a éclaté en 1994 dans la ville indienne de Surat, pourtant assez prospère, a été, principalement attribuée à l'insalubrité des logements. Les responsables de la santé publique ont signalé que l'épidémie avait tué 54 personnes et touché près de 5.000 personnes, mais qu'elle avait en outre entraîné plus de 1,5 milliard de dollars de pertes de nature économique et poussé à l'exode 500.000 habitants de la ville.
L'Organisation mondiale de la santé a montré que, de tous les facteurs environnementaux, le logement était le plus fortement associé à la maladie et à l'espérance de vie. Dans bien des pays du monde, on a établi un lien entre l'absence de logements adéquats et les épidémies, la criminalité et les troubles sociaux. Le niveau des dépenses publiques mondiales consacrées au logement est étonnamment bas par rapport aux autres postes de dépenses.
Il faut donc que les gouvernements facilitent la construction de logements et leur amélioration. «Pour les projets de logement urbain, on doit se départir de l'attitude traditionnelle consistant à attendre la catastrophe avant de réagir. Les mesures préventives permettent de sauver des vies humaines, et leur coût est considérablement inférieur à celui de la passivité". (Habitat)

Légumes citadins

On a affirmé que dans plusieurs pays les maraîchers urbains sont en train de gagner leurs lettres de noblesse. L'explosion démographique, les difficultés d'approvisionnement des métropoles et le coût élevé des importations vivrières en font non plus des «délinquants» pourchassés par la police et les promoteurs immobiliers, mais des fournisseurs respectés. Les mêmes scènes se voyaient aux abords de Dakar et autour de Pointe-Noire, Abidjan ou Douala: périodiquement, la police venait demander aux maraîchers cultivant illégalement des fruits et légumes sur des petits lopins en friche, d'évacuer les lieux. Souvent sur plainte de promoteurs immobiliers, parfois pour éviter le développement des baraquements sauvages qu'habitent certains de ces «paysans des villes».
Aujourd'hui cette réalité s'impose un peu partout. Les gouvernements découvrent que ces exploitations jouent un rôle déterminant dans l'équilibre des marchés alimentaires. D'après une étude de la FAO, 20% de la consommation maraîchère des métropoles d'Afrique francophone proviennent de ces «jardins» cultivés. «Ce taux peut atteindre 80 % pour certaines variétés de légumes et de feuilles», précise Mario Margiotta, consultant pour la FAO.
Un phénomène qui s'amplifie et qui assure un rendement jusqu'à 15 fois plus élevé que la culture traditionnelle rurale. Début 2.000, la FAO estimait le nombre de ces cultivateurs citadins à 2.000 à Bissau, plus de 3.000 à Antananarivo, 5.000 à Nouakchott et 30.000 autour de Kinshasa. Dans cette ville, par exemple, la production maraîchère a doublé depuis 1985, passant de 30.000 à plus de 60.000 tonnes. Cela permet à plusieurs familles de compenser l'indigence de leurs revenus et le retard de paiement de salaire. On a calculé que 25% des ménages des faubourgs de Brazzaville et 50% de ceux de Bamako exploitent un petit lopin de terre.
Les maraîchers ne craignent pas d'investir. A Lomé, par exemple, certains maraîchers investissent jusqu'à 2,5 millions de francs CFA (environ 3.700 euros) dans leurs équipements. Une petite fortune, compte tenu du niveau de vie local. Un bon maraîcher peut espérer gagner de 150 à 300 euros par mois à Brazzaville, jusqu'à 300 euros en République Centrafricaine.
Restent deux ombres au tableau. Plusieurs enquêtes ont prouvé qu'il y a des risques de pollution liés à l'utilisation non contrôlée des engrais et à l'usage d'eaux usées pour l'arrosage. Et au plomb que les tuyaux d'échappement des voitures déversent dans l'air.

Affaire de tous

Mégapoles, mégalopoles, mégacités, autant de termes ont fleuri au cours de ces dernières décennies pour définir les modernes agglomérations démesurées, où pour vivre ensemble il faut comprendre que les autres ont le même droit à la vie que moi. Les villes ont besoin de gens capables de se saluer même s'ils appartiennent à des races différentes, et de considérer les problèmes avec un oeil de "pitié" plutôt que celui, si fréquent, de la confrontation ou de la concurrence.
La beauté des rues ou leur dégradation est l'affaire de tous. Les ordures jetées partout, l'air rendu toxique par le trafique, les caniveaux transformés en poubelles, les enfants abandonnés, tout cela n'interpelle pas seulement les responsables de la ville, mais chaque individu.
Le petit livre de Jonas raconte que Ninive était une ville païenne, 'divinement' grande: il fallait trois jours pour la traverser. Aux yeux du prophète elle était la ville du mal, où régnaient l'injustice et la force. Pourtant Dieu "est en peine pour Ninive" et envoie son prophète, Jonas, pour la sauver. Cette ville énorme fait peur au prophète, qui s'enfuit. Mais Dieu le rattrapera et lui montrera que la ville, même si elle est la capitale de l'ennemi d'Israël, est habitée par des créatures qu'Il regarde avec tendresse. "Et moi, je ne devrais pas me mettre en peine pour Ninive où vivent plus de cent vingt mille personnes qui ne distinguent pas le bien et le mal, sans parler de tous les animaux?" demande Dieu avec ironie?
Que la ville soit le paradis ou l'enfer, cela échoit à chaque citadin.         


Source: Habitat II, Conférence mondiale sur les villes, organisée par les N.U. à Istanbul
en 1996; Vivant Univers; mundonegro.com
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