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Le peuple d'Israël est un peuple singulier. Alors que les grandes civilisations antiques placent l'origine des peuples dans la fondation d'une ville, Israël se présente comme un clan en migration. «Mon père était un Araméen errant qui descendit en Egypte et c'est en petit nombre qu'il vint s'y réfugier. Le Seigneur nous fit sortir d'Egypte... Il nous a conduits ici» (Dt 26, 5-9). Ce n'est qu'avec David que ce peuple nouera son histoire avec une ville conquise, Jérusalem. Le peuple d'Israël rencontrera sans cesse des peuples dont la puissance se manifestera dans des villes gigantesques à ses yeux: les grandes villes du delta du Nil, Pitom et Ramsès (Ex 1,11); les capitales successives de la Mésopotamie: Assur, Ninive ou Babylone. Chacune de ces villes est une menace et un défi. Face à leur richesse et à leur volonté de puissance, Israël reste le petit peuple sans grandes villes. On pourrait dire aussi que les quarante ans d'errance au désert ont été un moyen de former Israël à la Loi de Dieu, loin des villes trop souvent marquées par l'idolâtrie et l'injustice. Jérusalem a été détruite 17 fois, mais toujours restaurée. Israël, en devenant un royaume comme les autres, n'a pu échapper à la nécessité de disposer d'une ville capitale. Ses rois ne seront pas toujours fidèles à Dieu, ils laisseront se développer ce que l'on appellerait en termes contemporains, les injustices sociales, un. écart grandissant entre riches et pauvres.
Jésus et Jérusalem. Jésus n'est pas de Jérusalem. Il habite un obscur village, Nazareth. Jésus connaît Jérusalem par les pèlerinages annuels qu'il fera avec sa famille ou seul à l'âge adulte. Selon l'évangile de Jean, il y monte plusieurs fois pour les grandes fêtes. Il sait qu'il a une mission par rapport à cette ville que Dieu aime et qu'il aime, qu'il aurait voulu rassembler "comme une poule rassemble sa couvée" (Lc 13, 34). C'est pourquoi, au lieu de fuir, Jésus s'engage. Il monte à Jérusalem et l'évangile de Luc a fait de ce départ un moment essentiel de sa mission: «Comme arrivait le temps où il allait être enlevé du monde, Jésus prit résolument la route de Jérusalem» (Lc 9, 51). Il entre dans la ville, y parle en paraboles, discute pied à pied avec les pharisiens, commente les événements, tels la chute d'une tour à Siloé. Il ne se laisse pas effrayer par les risques qu'il prend et affirme qu'il n'est «pas possible qu'un prophète périsse hors de Jérusalem» (Lc 13, 33). C'est ainsi que l'accueil populaire et une entrée triomphale débouchent sur un terrible échec. Il est trahi, arrêté et condamné à mourir hors de la ville dans une carrière abandonnée sur le Golgotha. Jérusalem lui résiste et lui échappe. «Demeurez dans la ville», dit Jésus aux disciples le jour de l'Ascension, pour y attendre «une force venue d'en haut». Tout se passe comme si Jésus laissait cette ville - Jérusalem - à la disposition de ceux qui vont continuer sa mission. C'est donc bien à Jérusalem que l'Eglise du Christ va commencer au jour de la Pentecôte, devant les innombrables pèlerins venus de tout le bassin méditerranéen. On a souvent fait remarquer que la malédiction de Babel est ainsi levée par la grâce d'une compréhension mutuelle qui efface la dispersion des langues. Lieu où descend l'Esprit, la ville joue à plein sa fonction de creuset des rencontres humaines.
Les routes du monde. C'est à Jérusalem que la première communauté chrétienne trouve son point de rassemblement et ses modes de vie. Elle en sera expulsée, vers Samarie ou vers Antioche, par la persécution qui survient après la mort d'Etienne. Jérusalem ne sera plus désormais qu'un point de départ au centre d'un réseau qui va s'étendre comme une toile, dans le pays même de Palestine, puis dans les régions d'Asie Mineure. Luc fait cheminer les apôtres de Jérusalem jusqu'à Rome capitale du monde antique. Emboîtant le pas d'un missionnaire saisi par le Christ entre Jérusalem et Damas, Saül, qui deviendra, Paul, les chrétiens vont prendre les routes de l'Orient puis de l'Occident. La mission chrétienne se développe dans le sillage du parcours de Paul, de ville en ville.
Source: Fêtes et Saisons, n° 545 et José Comblin
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