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Pour son style de vie contemplative, son travail silencieux et la vie en fraternité de ses quarante moines, le monastère bénédictin de Keur Moussa, est devenu pour la communauté chrétienne du Sénégal un point de référence.
A quelque 50 Km de Dakar, au milieu de l'aride savane sénégalaise, les voyageurs tombent sur un tapis vert arraché au désert par un dur travail. C'est ici que se trouve le monastère bénédictin de Keur Moussa, placé à quelques centaines de mètres d'un petit village peul d'où il tire son nom. C'est une des premières fondations de vie monastique établies dans le continent africain. Le silence presque sacré de la zone n'est interrompu que par le son des cloches de la tour du monastère ou par l'invitation à la prière lancée au quatre coins du haut du minaret de la mosquée, centre de culte des villageois, en majorité musulmans. Bien qu'un mur entoure les 20 ha du monastère, le portail d'entrée est toujours ouvert: un détail qui donne l'impression qu'on s'approche d'un lieu de recueillement plutôt que d'un endroit isolé. Nombreux sont, en effet, les gens qui arrivent jusqu'ici. Après avoir visité l'Eglise, accompagnés par le Fr. Jean-Paul (les moines n'emploient pas leur nom de famille), un Sénégalais qui vit dans cette communauté depuis 20 ans, on donne un coup d'œil à cet endroit fondé comme tout monastère bénédictin sur les deux piliers 'Ora et labora'. Il est heureux de nous montrer les champs de bananes, d'ananas, des papayes, mangues, oranges, mandarins et pamplemousses.
Les moines ne se limitent pas à soigner ce verger qui contraste avec less terrains arides qui entourent le monastère. A l'ombre des grands arbres, dans une série de petits édifices, les moines font en silence beaucoup d'autres activités. Certains préparent du fromage avec le lait de chèvre acheté aux pasteurs de environs; d'autres travaillent dans les ateliers de mécaniques, menuiseries et peintures. Mais le joyau qui a rendu célèbre le monastère un peu partout est la fabrication de kora. Frère Dominique, arrivée au Sénégal avec les premiers 9 moines envoyés par le monastère bénédictin de Solesmes (France), pour fonder le monastère en 1962, a consacré une bonne partie de sa vie, à l'étude et à l'amélioration de cet instrument traditionnel de la région. Petit à petit il est arrivé à fabriquer des kora d'une grande beauté et qualité. On les classe selon leur perfection en une, deux, trois étoiles. Tout en étant fabriquées avec les mêmes matériaux, elles se distinguent par la perfection de leur son. Les trois étoiles sont réservées aux parfaites qui, naturellement, coûtent plus cher. Frère Paul nous assure que le monastère arrive à s'autofinancer par ces activités agricoles et artisanales. A 10 heures 45' sonne la cloche et toute activité s'arrête. Les moines se pressent vers l'église. L'éclairage de l'église est parfait. Cela nous permet d'admirer les trésors qui ont rendu renommé Keur Moussa. A gauche un grand tableau représentant l'arbre généalogique chrétien à partir d'Adam et Eve jusqu'à la naissance du Christ.
L'abside est couverte des images de la vie de la Vierge Marie: le monastère est consacré à son Cœur Immaculé. Les personnages sont l'œuvre du P. Georges, lui aussi membre du groupe fondateur et sont tous des Africains. Ces peintures aujourd'hui n'attirent pas tellement l'attention, mais au début des années 60 cet art chrétien inculturé en Afrique suscita beaucoup d'émotion. Des peintures stylisées, en noir, blanc, rouge et jaune, qui ont été imitées par bien des artistes africains. Les fidèles remplissent l'église et participent avec une grande attention et dévotion à la liturgie solennelle et rythmée par la kora, le balafon et le tam-tam qui accompagnent les chants de moines. Le monastère de Keur Moussa accomplit sans doute les espoirs de Mgr. Hyacinthe Thiandoum, archevêque de Dakar lorsqu'il y a environ 50 ans, il s'adressa au monastère de Solesmes. «Je vous invite à établir une communauté contemplative, totalement consacré à la prière et à la sanctification des ses membres», écrivit-il à l'Abbé Dom Jean Prou. Cette présence serait riche de sens au milieu d'une population en majorité musulmane et qui donne beaucoup d'importance à la prière. Le témoignage de vie contemplative et de laboriosité du premier groupe de moines français attira comme un aimant les jeunes chrétiens sénégalais. Aujourd'hui, la majorité des membres de la communauté sont originaire du pays. Keur Moussa est un point de référence et une source de spiritualité pour l'église sénégalaise. Mgr. Jacques Sarr, évêque de Thiès, diocèse où se trouve le monastère, a écrit: «Pour les prêtres, religieux et religieuses, laïcs et pour tous ceux qui cherchent Dieu, le monastère est un centre lumineux d'où resplendit, sans d'autres campagnes publicitaires, l'absolu de Dieu, cherché, servi et chanté par des vies consacrées à la contemplation de sa beauté et à la louange de sa gloire».
Keur Moussa, on l'a déjà dit, c'est un endroit à l'écart, mais pas isolé. Dès le commencement, les moines ont gardé une attitude d'ouverture et de solidarité avec les habitants de la zone. D'ailleurs un bon nombre de ceux-ci gagnent leur vie en travaillant avec les religieux. Déjà dans les années '60 le monastère ouvrit un dispensaire et créa une école primaire pour les enfants des travailleurs et pour ceux des villages voisins. Vie contemplative, travail silencieux et solidarité sont les rayons des lumières sortant avec force de Keur Moussa et enrichissant l'église et la société sénégalaise.
F. Carrera et G. González
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