N° 30  Avril - Juin 2005

AE 30

Le courage de briser.

Toujours là?

Ville-morte!

Togo: on change.

Le petit frère.

Les armes et l'Afrique

Les meilleurs guerriers! 

Culture de la paix du coeur.

Militaire, donc méchant?

Keur Moussa.

Les mains vides.

L'ange de l'Amazonie.

Ils peuvent attiser.

Ils peuvent attiser

La 39è Journée mondiale des communications sociales qui est célébrée le 8 Mai 2005, est placée sous le thème «Les moyens de communication au service de l'entente entre les peuples».
Le document pontifical affirme que les medias peuvent contribuer à l'instauration de la paix et à la promotion de l'harmonie et l'entente entre les peuples et les groupes. Parfois, malheureusement, ils alimentent l'incompréhension, l'intolérance et la haine. Par des images ou des mots fabriqués exprès, ils peuvent provoquer des réactions hors mesure et inciter à l'affrontement.


Il est superflu de souligner une fois de plus l'importance des moyens de communication. Jean Paul II rappelle que "Les médias peuvent faire savoir à des milliards de gens ce qui se passe dans d'autres parties du monde et au sein d'autres cultures. Pour beaucoup de gens, les medias sont le principal moyen d'information et d'éducation, d'orientation et d'inspiration dans leur attitude comme individus, comme familles, et au sein de toute la société". Ils peuvent rapprocher les peuples, grâce à la connaissance qui fait tomber les préjugés et favorise la compréhension et l'aide mutuelle dans les grands malheurs. Si les autres groupes ou peuples sont présentés et décrits comme des ennemis, on encouragera la guerre, l'épuration ethnique, bref la violence.
L'information permet aux individus de se renseigner; elle est à la base de tout échange et de toute recherche. Les médias peuvent créer un climat favorable au débat démocratique et aider ainsi à l'instauration et au maintien de la bonne gouvernance. Ou le contraire. Ils peuvent attiser les antagonismes et les conflits entre les groupes et les ethnies. On ne peut pas oublier le rôle néfaste joué par la fameuse «Radio Mille Collines»: suite au procès des "médias de la haine", le TPIR a condamné en 2003 les quatre principaux dirigeants de cette radio «pour incitation au génocide".
En RDC, une certaine presse attisait tout récemment le conflit et les polémiques entre deux musiciens bien connus, conduisant ainsi les fans de ces deux musiciens à des bagarres violentes. De la guerre dans l'ex-Yugoslavie on a écrit que les informations diffusées par les médias ont consisté pour l'essentiel en discours nationalistes et en attaques et insultes généralisées dirigées contre les autres peuples. Il n'est pas surprenant que ce phénomène ait conduit directement à la perpétration d'horribles atrocités sur les champs de bataille et dans l'ensemble du territoire. Les médias ont été les maîtres d'oeuvre de la violence intercommunautaire. Ils ont préparé psychologiquement le terrain, en cultivant et en flattant les sentiments nationalistes avant même l'amorce des combats. Médias écrits et audiovisuels ont constitué de redoutables armes de guerre, dont se sont servis indistinctement les extrémistes de tous bords quand les affrontements ont commencé.

Ils peuvent

On a l'impression que dans notre pays les gens sont très influençables, hypersensibles, agressifs et peu tolérants; et les acteurs d'une simple discussion finissent souvent par en venir aux mains. On le voit partout, dans les marchés, dans les places publiques…
A cela s'ajoute aussi le fait qu'il s'agit d'une société en mutation et dont le processus de démocratisation n'est pas encore consolidé. En tant qu'instrument du processus de mondialisation, les moyens de communication contribuent à insuffler un ensemble de valeurs culturelles - des modes de pensée en ce qui concerne les relations sociales, la famille, la religion, la condition humaine - dont la nouveauté et la fascination peuvent remettre en question et engloutir les valeurs traditionnelles. Cette gigantesque machine que représentent les médias devient, entre les mains de gens qui ne poursuivent que leurs intérêts, un outil dangereux de propagande et de manipulation des mentalités.
Dans un document adressé en janvier 2005 aux chrétiens de la  Côte d'Ivoire, les Evêques ont lancé un message aux hommes des médias, en demandant si pendant la crise qui secoue le pays, ils ont toujours travaillé dans le sens de la paix et de la réconciliation. "Quelle est votre part de responsabilité dans la crise actuelle?" Les médias privés attachés aux partis politiques font la "promotion de leur parti ou de leur leader en foulant aux pieds le bon ton, la bonne conduite, les mœurs, l'éthique, la déontologie du métier et même la vérité et le sens du bien".
L'émergence de medias qui soient au service de la paix et de la réconciliation exige qu'on se préoccupe davantage de la formation des communicateurs. Rien qu'en faisant bien leur travail, les journalistes peuvent jouer un rôle essentiel dans la promotion de la démocratie, de la non-violence, de la justice.

Ils continuent

Nombreux parmi eux sont ceux qui ont mis en jeu leur vie et leur liberté au service de la promotion d'une gouvernance transparente et responsable. Ils continuent de lutter pour le triomphe de la justice, et de la démocratie, et cela, malgré les brimades, les arrestations et les intimidations de tout genre.
Dans son rapport annuel l'organi-sation Reporters sans frontières (RSF) affirme que 2004 a été l'année la plus meurtrière pour les journalistes depuis dix ans, avec 53 tués, soit 13 de plus qu'en 2003. L'Irak a été, pour la deuxième année consécutive, le pays le plus dangereux de la planète pour les journalistes, avec 19 reporters et 12 collaborateurs des médias tués.
Le Proche-Orient, mais aussi le Maghreb restent des régions du monde où la situation des opé-rateurs des médias est particu-lièrement précaire et l'exercice de leur métier mal garanti. La situation n'est guère plus enviable dans une partie de l'Asie, notamment en Chine et en Birmanie.

L. Kalantanda