N° 30  Avril - Juin 2005

AE 30

Le courage de briser.

Toujours là?

Ville-morte!

Togo: on change.

Le petit frère.

Les armes et l'Afrique

Les meilleurs guerriers! 

Culture de la paix du coeur.

Militaire, donc méchant?

Keur Moussa.

Les mains vides.

L'ange de l'Amazonie.

Ils peuvent attiser.

Le courage de briser

Il y a quelque temps, un journaliste français dressait une liste de folies prévisibles.
Par exemple: des millions de gens mourant de faim alors que la Planète peut nourrir tout le monde; les expérimentations sur des embryons d'être humains se multiplient, mais on ignore exactement où cela pourra conduire; 200 millions d'enfants travaillent dans des usines contrôlées directement ou indirectement par des entreprises occidentales; près de la moitié des jeunes Noirs américains passeront un jour par la prison; on laisse s'enclencher une guerre civile dans l'un des pays les plus paisibles d'Afrique, continent où le sida tuera bientôt des dizaines de millions de personnes, parce que personne ne veut y réduire le prix de médicaments déjà amortis... Et enfin: seuls des gens à l'équilibre mental incertain pourraient apprendre sereinement que circulent plus d'un demi-milliard d'armes à feu individuelles, dont plus de la moitié appartiennent à des civils (
J. Attali, L'Express).
Le dossier spécial de ce numéro d'Afriquespoir est consacré au thème des armes. Ce n'est pas la première fois que la revue aborde ce problème (Cfr. Ae n° 26).
Jean Paul II a dit que nous vivons des jours «pleins de sang». Dans tout ce qu'on entend et qu'on voit, la question de la paix ou de son absence (situations de guerre, violences, injustices) revient fréquemment. Notre temps connaît des guerres qui n'ont rien à envier aux guerres des siècles passés. A combien de pays ne pourrait-on appliquer ce que disaient les Evêques catholiques angolais en 1985: «Nous avons vécu l'indépendance avec les armes en main»?

Dans un monde toujours plus interdépendant et maison commune, il y a un paradoxe frappant: la course aux armements ne s'arrête pas. Le commerce des armes rend les pauvres, peuples ou individus, encore plus pauvres et enrichit seulement ceux qui sont déjà puissants. Il engendre un risque permanent de guerre qui, dans le cas des armes nucléaires, menace d'annihiler toute vie sur terre.
Des armes qu'on fabrique toujours plus parfaites et plus efficaces, drainant les ressources des pays qui n'ont pas encore trouvé la réponse pour d'autres priorités (éducation, santé, emploi). Elles traversent les continents et les frontières apparemment bien contrôlées, instruments de mort qu'on paie avec de l'or, des diamants, de la drogue, du pétrole.
On est souvent dans les tensions, les peurs, la menace qu'en se réveillant le matin on entendra la radio annoncer que quelque part il y a eu des affrontements, des gens armés sont en mouvement, des dizaines de milliers de gens ont abandonné leurs maisons. La télévision le confirme, de nouveaux aspirants libérateurs s'ajoutent aux anciens et tirent à droite et à gauche, presque toujours sur des innocents.
L'illusion d'utiliser la guerre comme instrument pour arriver à la paix et réaliser la justice, est toujours forte. Au lieu de soigner les déséquilibres elle en ajoute de nouveaux. Toute guerre est plus chère que la paix.
Cela vaut aussi dans la vie privée: avec la violence on n'arrange rien, on n'arrive pas à plaquer un litige. La paix n'a qu'un visage, celui du refus de confier aux armes la solution des conflits qui peuvent surgir à tout moment. Il faut beaucoup plus de courage pour briser la chaîne de la guerre et choisir la non-violence que pour tirer cent bombes sur des paisibles villageois.

Mais la grande tentation est là et nombreux sont les adeptes qui s'inclinent devant le dieu des armes, dont le manteau est rouge-sang, comme celui du le dragon de l'Apocalypse qui voulait dévorer la femme et l'enfant (ch. 12).
"Nous héritons de 20 années de guerre et de deux millions de morts. La paix véritable est beaucoup plus que l'absence de guerre et elle demande le concours de tous. Plus de 20 années de guerre civile marquées par des massacres, ne s'effacent pas d'un seul coup - ont écrit récemment les Évêques soudanais, après la signature des accords de paix.
La paix que nous cherchons à construire est l'ordre et l'harmonie dans la communauté, de manière à ce que les individus et les communautés puissent se développer en plénitude et en toute liberté. Cette opération de construction de la paix a des aspects sociaux, économiques, politiques, culturels et religieux. Nous demandons à tous de contribuer comme citoyens responsables pour construire la paix selon les capacités et les talents que Dieu leur a donnés".

Ae