N° 30  Avril - Juin 2005

Le petit Frère

AE 30

Le courage de briser.

Toujours là?

Ville-morte!

Togo: on change.

Le petit frère.

Les armes et l'Afrique

Les meilleurs guerriers! 

Culture de la paix du coeur.

Militaire, donc méchant?

Keur Moussa.

Les mains vides.

L'ange de l'Amazonie.

Ils peuvent attiser.

Le 15 mai prochain Charles de Foucauld, le «petit frère universel», mort en 1916 à Tamanrasset dans le sud de l'Algérie, sera proclamé 'bienheureux'


Charles est né à Strasbourg, le 15 Septembre 1858 dans une famille de nobles dont la devise est "Jamais arrière". Charles a une soeur, Marie, de trois ans sa cadette. Ses parents meurent l'un après l'autre, en 1864. Études secondaires à Nancy puis à Paris chez les Jésuites où il passe son Baccalauréat. Charles situe sa perte de la foi à la fin de ses études secondaires, vers 16 ans. "Je m'éloignais de plus en plus de vous, Seigneur. Toute foi avait disparu de ma vie", écrira-t-il vingt ans plus tard. Il commence l'année de préparation à l'École Militaire de Saint Cyr. Jugé paresseux et indiscipliné, il est renvoyé en cours d'année. En 1876 il peut finalement entrer à Saint Cyr. Il sortira de l'école de Cavalerie de Saumur en 1879, 87ème sur 87 candidats. A l'école il mène une vie de fêtard et multiplie les actes d'indiscipline (sentinelle, il quitte sa faction). Il dilapide de plus en plus son argent, mène grande vie et s'affiche avec une jeune femme de mauvaise réputation, Mimi.

La conversion

En 1880 son régiment est envoyé en Algérie. Séduit par l'Afrique du nord, en 1882 Charles démissionne de l'Armée et s'installe à Alger pour préparer scientifiquement un voyage de reconnaissance au Maroc. Il apprend l'arabe et l'hébreu.
Juin 1883 - Mai 1884: Il parcourt clandestinement le Maroc déguisé en rabbin et conduit par le rabbin Mardochée. Il risque sa vie à plusieurs reprises. Il est frappé par la foi et la prière des Musulmans. Il s'interroge sur la vie intérieure, la spiritualité.
En 1886 il rentre en France. C'est dans l'église Saint Augustin à Paris, où il demande à l'Abbé Huvelin des leçons sur la religion, qu'il retrouve la foi. Il commence à penser à la vie religieuse. Dès le mois de mars 1897, il est à Nazareth où il s'engage comme domestique des Clarisses et vit dans une cabane près de leur clôture. "J'obtins la permission de me rendre seul à Nazareth et d'y vivre inconnu, en ouvrier, de mon travail quotidien. Solitude - prière - adoration - méditation de l'Évangile - humble travail". Il y reste 4 ans. Peu à peu les Clarisses et son confesseur, l'Abbé Huvelin, l'amènent à accepter de demander l'ordination sacerdotale. Il rentre en France, à la Trappe Notre Dame des Neiges pour se préparer. Le 9 Juin 1901 il est ordonné prêtre.
Finalement, la grande décision. En septembre il est à Alger. Il va s'établir à Beni-Abbès, une oasis de l'Est algérien, où il construit un ermitage pour fonder une fraternité de moines.
Son programme: "Continuer au Sahara la vie cachée de Jésus à Nazareth, non pour prêcher mais pour vivre dans la solitude, la pauvreté, l'humble travail de Jésus… Mon apostolat doit être celui de la bonté. En me voyant on doit dire: 'Puisque cet homme est bon... Sa religion doit être bonne'".
En 1905 il s'installe à Tamanrasset, dans le Hoggar (Sud-Ouest algérien). Il fait plusieurs tournées chez les Touaregs. Il apprend leur langue, il fait un catéchisme et commence à traduire les Évangiles. "Ce qui démontre son respect profond pour le peuple touareg, ce sont ses travaux ethnologiques, ses recueils de poésies et son dictionnaire de Touareg, qui font toujours référence", affirme Mgr Henri Teissier, Archevêque d'Alger. En 1915, Charles de Foucauld achevait un dictionnaire Touareg-Français de plus de 2000 pages.

La fin

En 1915 le désert est agité: des rezzous marocains et des adeptes du mouvement Senoussi de Libye (fondé au 19ème siècle, il annonçait le retour aux sources du Coran et la résistance à l'occupation européenne en Afrique du nord), menacent. Le 1er décembre 1916 quelqu'un attire Père de Foucauld hors de son habitation, s'empare de lui et le ligote. Une balle part. Il est tué. A sa mort, P. Charles de Foucauld est seul. Ou presque. En France, il y a 49 inscrits à l'association des frères et soeurs du Sacré-Coeur de Jésus qu'il a réussi à faire approuver par les autorités religieuses. Aujourd'hui, 19 Fraternités différentes - des milliers de laïcs, prêtres, religieux ou religieuses - vivent l'Évangile à travers le monde, à l'aide des intuitions de Charles de Foucauld. L'examen de la vie et des écrits de Charles de Foucauld a duré longtemps. Le 24 avril 2001, le décret reconnaissant les vertus héroïques de Charles de Foucauld est promulgué. Le miracle nécessaire à toute béatification, sera reconnu par la commission médicale en juillet 2004 et par la commission théologique le 27 octobre: en 1984, Jeanne C. Pulici, une Italienne de la région de Milan, est guérie d'un cancer des os après avoir invoqué l'intercession du Père Charles de Foucauld. «Les positions du Père de Foucauld ont pu être tributaires de son temps dans sa façon de voir l'Islam et la présence de l'Église dans le monde. Si le Père de Foucauld est arrivé dans une position de conquérant, ensuite il a été transformé par la rencontre d'autres cultures», juge Mgr Teissier. D'ailleurs, de son ermitage,, Père de Foucauld n'avait pas manqué d'exprimer une opinion très critique vis-à-vis de la colonisation française: «Ce que je vois des officiers du Soudan m'attriste: ils semblent des pillards, des bandits, des flibustiers… Dans cet immense empire colonial acquis en quelques années, ce n'est que cupidité, violence, sans nul souci du bien des peuples… Si oublieux de l'amour du prochain commandé par Dieu, notre Père commun, et de la fraternité écrite sur tous nos murs, nous traitons ces peuples non en enfants, mais en matière d'exploitation, l'union que nous leur aurons donnée se retournera contre nous et ils nous jetterons à la mer…"

charlesdefoucauld.org


"Dieu construit sur rien. C'est avec
le rien des Apôtres qu'il a fondé
l'Église. C'est dans le rien des
moyens humains que se conquiert
le ciel et que la foi se propage".
Charles de Faucould