N° 31  Juillet - Septembre 2005

On emploie le mot préventif dans pas mal de cas: la mairie prend des mesures préventives contre les accidents de la route. Dans les voitures il doit y avoir un extincteur comme préventif contre l’incendie. Dernièrement l’Angola et le Congo-Brazza ont adopté des mesures préventives face au danger de la maladie de Marburg et d’Ebola. De la guerre préventive on a entendu parler surtout à partir des préparatifs du conflit en Irak. Une guerre destinée, dans les intentions de ceux que la proposaient, à empêcher un conflit plus grand. Une espèce de leçon qu’on veut donner à ceux qui cultivent des idées belliqueuses. Selon la logique ancienne : Si tu veux la paix, prépare la guerre.

Jean Paul II, avec une expression prophétique et très réaliste, avait défini la guerre, une «aventure sans retour». Tout simplement. Il n’est pas nécessaire d’être des chrétiens pratiquants pour dire qu’il avait raison et qu’on doit se réjouir chaque fois que des initiatives de paix voient le jour.

Comment ne pas se réjouir lorsque le 14 mai dernier deux pays africains ont pris la décision d’arrêter la confrontation et de déposer les armes? A l’est du continent, la Somalie, qui concède rarement ce plaisir, et l’autre à l’ouest, la Côte d’Ivoire. Il est bon de penser, au stade de Mogadiscio qui se remplit des armes déposées. S’endormir en pensant que des fosses communes d’armes – et non plus d’êtres humains - se remplissent en Côte d’Ivoire.

 

Certes, il ne faut pas se faire l’illusion que tout est résolu dans ces deux pays; mais l’abandon des armes, ou l’annonce d’un désarmement, où qu’il se manifeste, est un événement qui doit être mis en relief dans un monde qui dépense des sommes énormes pour fabriquer des armes toujours plus performantes, c’est-à-dire, mortelles, destinées à empêcher les guerres. Au Chili, ceux qui veulent déposer des armes, pourront maintenant le faire dans les églises et les lieux de culte du pays. Les Evêques ont dit aux curés qu’ils peuvent recevoir dans leurs «églises et paroisses, les armes que toute personne souhaiterait déposer de façon anonyme. Ils procéderont au transfert des armes reçues, le plus rapidement possible, au Commissariat de police de leur secteur». Si une initiative pareille avait lieu dans notre pays, il faudrait craindre que les églises ne suffiraient pas!

Du 9 au 16 mai dernier, 500 délégués des Eglises chrétiennes des cinq continents, ont participé à la Conférence oecuménique mondiale à Athènes, la capitale grecque. Thème de la rencontre: Guérison et réconciliation. On y a affirmé avec force que renoncer aux armes est un signe de réconciliation et le prélude à une guérison de tous les maux qui touchent surtout les plus pauvres, partout où plane la menace de la guerre. Renoncer aux armes est un signe de bonne volonté qui devrait toujours être encouragé. Renoncer aux armes, même momentanément ou sans une profonde conviction, est toujours au moins une occasion d’espérer que s’ouvre un cercle vertueux, qu’on va vers la paix préventive.

 

Naturellement, on n’y arrivera pas tout de suite. La Somalie ne cessera sûrement pas du jour au lendemain d’être le carrefour des trafics de kalachnikov ou de roquettes. La Côte d’Ivoire ne verra pas avant la fin de l’année ses habitants s’embrasser. Les problèmes de l’Afrique des Grands Lacs ne seront pas résolus en un clin d’œil. Mais tout désarmement reste le traitement préventif le plus efficace et ouvre la porte à  la paix

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La paix préventive

Editorial