N° 31  Juillet - Septembre 2005

Un immense trésor, fait non seulement de matières premières, mais aussi d’énergies renouvelables, eau, ressources agricoles, tourisme, main d’œuvre, grands marchés pour les investissements étrangers. C’est de l’Afrique qu’on parle ici. Pour une fois on essaie d’invertir la perspective: au lieu de partir de la description des maux qui affligent le continent, on énumérer ses richesses.

 

Fournisseur traditionnel de minerais sur le marché mondial, l’Afrique subsaharienne figure, à elle seule, au premier ou au deuxième rang mondial pour une longue série de matières premières: antimoine, bauxite, chromite, cobalt, diamants, or, manganèse, platine, titane et vanadium, dont elle détient de 23% à 89% des réserves mondiales. Si les grandes réserves minières sont situées en Afrique du Sud, il faut cependant y ajouter aussi la Guinée, riche en bauxite, la RDCongo et la Zambie pour le cobalt, le Niger pour l’uranium, l’Angola pour le gaz et le pétrole, le Botswana, la Namibie et la R DCongo pour les diamants.

Le continent africain recèle dans son sous-sol de 6 à 8% des réserves mondiales de charbon, cuivre, et près de 20% des réserves utilisables d’uranium. 

Le Maroc possède le tiers des réserves mondiales de phosphates.  

L’Algérie, à elle seule, est le cinquième producteur et le quatrième exportateur mondial de gaz naturel. Mais d’autres pays d’Afrique sont également très actifs dans l’extraction et l’exportation du gaz naturel. Sur 133,2 milliards de mètres cubes de gaz produits au cours de l’année 2002 en Afrique, 80,4 provenaient d’Algérie, 22,7 d’Égypte, 17,7 du Nigeria, 5,7 de Libye et 6,7 d’autres pays. Le nouveau gazoduc d’Afrique de l’Ouest, d’une longueur de 678 km, acheminera du gaz  du Nigeria vers ses voisins le Bénin, le Togo et le Ghana. La Banque Mondiale appuiera le projet - d’un coût total de 590 millions de dollars - avec 125 millions de dollars. Les réserves en gaz du Nigeria, estimées à environ 125 milliards de mètres cubiques, sont deux fois plus élevées que ses réserves en pétrole, avec un potentiel de production de 120 années.

Quant au pétrole, 11% de la production mondiale provient d’Afrique. D’ici 2015, les États-Unis comptent importer du golf de Guinée 25% de leur pétrole brut, contre 14% actuellement. Le Golfe de Guinée produit actuellement 3,5 millions de barils par jour, mais il pourrait augmenter sa production jusqu’à 6 millions de barils par jour d’ici la fin de la décennie. D’après les prévisions, d’ici 2010, dans cette seule région, les réserves de pétrole s’élèveront à 80 milliards de barils. Le Soudan compte réussir à produire 500.000 barils de pétrole par jour déjà d’ici le mois d’août prochain et de pouvoir atteindre d’ici 2008 l’objectif d’augmenter la production quotidienne à au moins 2 millions de barils.

 

Énergies renouvelables

Le continent africain est très riche aussi en sources d’énergies renouvelables. À commencer par l’eau. Un tiers des grands bassins fluviaux du monde se trouvent en Afrique: le bassin du Nil, qui traverse dix pays, celui du Volta, qui en traverse 6, le Niger, partagé entre 11 pays, le fleuve Congo (9 pays) et le Zambèze (9 pays). Plusieurs grands lacs, dont le lac Tanganyika, le lac Malawi et le lac Victoria couvrent ce vaste continent. Le lac Victoria, d’où sort le Nil, est le plus grand de l’Afrique et le troisième plus grand au monde. Il faut y ajouter de nombreuses cascades et de cours d’eau mineurs. Grâce à de nombreux fleuves parsemés de descentes abruptes, l’Afrique possède 40% du potentiel hydroélectrique mondial. Ces chiffres suffisent pour comprendre que ce continent a un potentiel hydroélectrique considérable, en grande partie inexploité. Seuls 8% de cette extraordinaire source d’énergie renouvelable qu’est l’eau sont en effet utilisés pour produire de l’énergie électrique. En partie parce que manquent les ouvrages nécessaires: sur les 25.400 barrages construits dans le monde, l’Afrique n’en compte que 1272.

 

Potentiel agricole

Cet «or bleu» est très précieux aussi pour l’agriculture, autre richesse de l’Afrique. Une meilleure exploitation de l’immense bassin du Niger pour l’irrigation multiplierait les surfaces cultivables dans la région du Sahel, ce qui ferait progresser considérablement la production. Pour le seul Mali, on a calculé que la production de riz pourrait passer de 750 mille tonnes par an à plus de 4 millions de tonnes en améliorant les ouvrages d’irrigation, puisque seuls 10% des 2,2 millions d’hectares de terres agricoles sont actuellement exploités. Au Sénégal, on estime qu’il existe 400.000 hectares potentiellement irrigables. Grâce aux pluies abondantes et bien réparties au cours de l’année, le Sahel a enregistré des récoltes sans précédent pour la saison 2003-2004: 14,3 millions de quintaux de céréales, soit 31% de plus que la moyenne des cinq dernières années. Mais l’envers de la médaille de ce résultat a été un effondrement des prix des récoltes qui a mis en difficulté les cultivateurs. En Algérie, au Maroc et en Tunisie également, des récoltes sans précédent ont été enregistrées en 2003. Au Maroc, par exemple, la production de céréales s’est élevée à 81 millions de quintaux, soit 80% de plus que la moyenne des cinq dernières années.

 

Tourisme

Le tourisme, si possible dans le respect des cultures et des traditions locales et de l’environnement, est une autre grande ressource de l’Afrique qui mériterait d’être exploitée de manière plus planifiée et clairvoyante, car elle permet d’attirer de grandes quantités de capitaux de l’étranger. Mais le tourisme a besoin de sécurité et de stabilité politique dans les pays intéressés et il devrait être géré autant que possible au niveau local. Le produit intérieur brut progresse, mais pas suffisamment. Au plan macroéconomique, l’année 2004 présente de bonnes perspectives de croissance dans la région du Maghreb, à la suite des politiques fiscales appliquées en Algérie, des réformes économiques en cours au Maroc et en Tunisie, et des résultats prometteurs de la production agricole. On attend aussi à une croissance significative en Afrique occidentale et centrale, et en particulier au Nigeria, grâce à l’augmentation de la production de pétrole brut, qui est toutefois menacée par une insécurité croissante dans le Delta du Niger. En Afrique australe, le Botswana affichera probablement le meilleur taux de croissance grâce à l’augmentation de sa production minière. Dans ce pays, le revenu moyen par habitant est de 3.000 dollars, plus que ceux de l’Inde et du Maroc. La croissance devrait en revanche ralentir dans la Corne d’Afrique, où la Somalie et l’Éthiopie connaissent une situation critique, à la limite de la crise alimentaire. L’économie du Cameroun et celle de la Côte d’Ivoire sont stationnaires. Dans ce dernier pays les tensions politiques ont eu des effets négatifs sur le développement.

 

Afrique du sud

En matière d’agriculture, l’Afrique du Sud est non seulement auto-suffisante en termes de produits alimentaires et agricoles, mais encore est-elle parmi les six premiers pays du monde exportateurs nets de produits alimentaires. Elle occupe même le 3ème rang mondial pour ses exportations de fruits, la 5ème place pour la pâte de bois, la 6ème pour le maïs, la 8ème pour le vin et la laine et la 15ème pour le sucre.

 

Les chiffres de la pauvreté

Malgré ses nombreuses richesses en matières premières, énergie, terres cultivables et tourisme, l’Afrique reste marquée par une pauvreté dramatique.

Pourtant, la croissance économique africaine se poursuit à un rythme plus élevé que celle de l’Occident, mais pas suffisant pour permettre à la plupart des pays de ce continent d’atteindre les taux de développement établis par les «Objectifs du Millénaire» afin de vaincre la pauvreté d’ici l’an 2015. La croissance économique en Afrique subsaharienne devrait en effet augmenter de 7% par an de plus que son niveau actuel, en considérant que le taux de croissance était de 5% durant la dernière décennie. Des conditions de vie à la limite de la survie. Pour une grande partie de la population africaine, les conditions de vie sont extrêmement précaires; près de la moitié de la population subsaharienne vit en effet avec moins d’un dollar par jour; 450 millions de personnes n’ont pas un accès suffisant à l’eau potable; 4 enfants sur 10 ne vont pas à l’école. À ce propos, les chiffres cités par l’économiste Ferruccio Marzano, professeur d’économie du développement à la Faculté d’économie et commerce de l’Université La Sapienza de Rome sont significatifs: «Alors que le revenu réel par habitant est de 25.500 dollars dans les pays riches, à égalité de pouvoir d’achat il est d’environ 500 dollars en l’Afrique subsaharienne (dont fait aussi partie l’Afrique du Sud). Cela signifie que entre les revenus européens et les revenus africains, le rapport est de 50 à 1».

Toujours d’après les données fournies par la Banque Mondiale, on constate que la pauvreté absolue (pourcentage de la population qui vit avec moins d’un dollar par jour) concerne plus de 46% des habitants. 

Un autre paramètre important est l’indice du développement humain, calculé d’après les données fournies par le Programme des Nations Unies pour le Développement. Alors que cet indice est de 0,920 pour les pays riches, il est de 0,464 dans les pays d’Afrique subsaharienne. Cela signifie que ces pays ont un rythme de développement réel plus lent, qui équivaut à la moitié de celui des pays les plus avancés.

 

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Pauvres et pourtant riches