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N° 31 Juillet - Septembre 2005 |
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La génération d’hier se plaint de ce que celle d’aujourd’hui parle et écrit de plus en plus mal le français. Et pourtant, les enfants des temps présents vivent apparemment dans des écoles plus performantes, avec des moyens modernes de communication et à la fin de leurs études, obtiennent des diplômes plus grand format qu’au siècle dernier. Conflit des générations? Ceux d’aujourd’hui s’en défendent. Ils ne sont pas plus bêtes que leurs pères, estimant que ceux-ci, à leur âge, ne faisaient pas mieux. Mais les graffiti sur les murs qui ne datent pas d’hier, bourrés de fautes, ne sont pas les œuvres de géniteurs: «Cette parcelle n’est pas à ventre»; «N’entré pas!», «Garre aux escrots», «Ici ce le quartier Soleil» Gribouillés par des primairiens? – Pas nécessairement! Après tout, seulement pour «c’est», il y a la possibilité de multiplier les bêtises: il y a ces, ses, c’est, s’est, sais, sait...!
Un ami, journaliste de l’Agence Congolaise de Presse, blanchi sous le harnais de sa profession explique: «Vous parlez, mes chers amis, de fautes de langue? Il suffit de voir les compositions de ceux que nous encadrons comme stagiaires en journalisme. D’aucuns sont bons, très bons parfois. Mais la majorité, n’en parlons pas, elle n’arrive même pas à distinguer le passé du futur, le pronom de l’adverbe. Quand un «journaliste» à la radio dit sans ambages: «La question que nous avons parlé» ou cet autre qui prononce «dé» à la place de «deux», pensez-vous que nous progressons dans la langue française?
A qui la faute? Le cas du dépérissement de la langue française n’est pas l’apanage de la seule RDCongo. Loin s’en faut ! La France, berceau même de langue, n’est pas en reste. Un groupe d’enseignants, réunis dans un collectif appelé «Sauvons les lettres» en a fait l’amère expérience. Ils viennent de constater que leurs élèves sont nuls, définitivement nuls en orthographe. Ils ont cherché un résultat, ils l’ont obtenu: le niveau baisse. Terriblement. Les petits Français ne connaissent plus ni la langue, ni la ponctuation. En début de cette année scolaire, dans une dictée pourtant bien à leur portée, 56% de collégiens et lycéens ont récolté la note zéro et 12% seulement ont obtenu plus de la moyenne. Soyons réalistes. Il y a des surdoués qui ont l’œil photographique. Ils mémorisent chaque mot, chaque lettre, chaque accent. Il y a les structurés: la grammaire leur offre des voluptés, des jouissances inédites. Quant aux autres, il faut de la patience, l’apprentissage des pièges de la langue française prend bien toute une vie.
Oui, Mais On dirait que les puristes ont tout fait pour la compliquer davantage, car à toute règle, ils n’ont pas manqué de lui accoler des exceptions aussi alambiquées que la règle elle-même. Pourquoi dire «un aigle blanc» alors qu’ «une aigle impériale» est aussi acceptée sans que cela ne constitue une faute d’article. «Un foudre de guerre» est exact, comme l’est aussi «la foudre est tombée ». Un glissement de ce petit «e» dans un aigle ou un foudre est pris pour une faute impardonnable. Est-il exact de dire «astrals» ou «astraux» ? Ou encore «la feue reine» ou «feu la reine»? L’«ensaignement» qu’on peut tirer en contrôlant les fautes d’une dictée concerne, en particulier, l’emploi des verbes. C’est le hic de la langue française! Concordance des temps, verbes réguliers ou non, transitifs ou intransitifs, copules, défectifs, etc. On finit par perdre son latin dans cet abracadabrant puzzle. Les accents, voilà une autre difficulté insurmontable. Bien sûr que depuis 1990, le Conseil Supérieur de la Langue Française, en accord avec l’Académie Française fait de son mieux pour alléger la tâche tant aux apprenants qu’aux érudits. On organise chaque année la dictée des Amériques, destinée à encourager les élèves finalistes du Québec et de l’Ontario à s’appliquer davantage dans l’étude de la langue. Mais ces efforts ne paraissent pas encore suffisants. Des recherches conduites en France révèlent que les moins de 30 ans, même les plus instruits, massacrent l’orthographe. Tant et si bien que les jeunes, qui ont certes de l’imagination à revendre, s’en vont, du moins dans l’écrit, dans un langage tout à leur manière. «Le naufrage de l’écrit. Les statistiques officielles sont déjà désastreuses. Mais dans les classes la réalité est pire. A leur dernier test de dictée, 56% des élèves de seconde ont obtenu 0 sur 20», affirmait Le Figaro 5.2.2005. L’enseignant est au courant que les mots les plus dangereux sont ceux qui commencent par la même lettre. «Eh, toi, ton thé t’a-t-il ôté ta toux?»; «Serrant ses dents, Napoléon III céda Sédan»; «Si six scies scient six cyprès, soixante-six scies scient soixante-six cyprès». «Un chasseur sachant chasser son chien de chasse, est un bon chasseur». Mais ce n’est pas nécessaire d’arriver jusque là. Dans la dictée après une «lesson» d’«igiène», l’élève écrira qu’il faut se brosser les dents pour éviter l’ «écurie» dentaire. Lumumba a été «blaissé à le Paule», selon un élève de troisième. Lorsqu’on parle de «pain» et de «faim» presque tout le monde peut écrire correctement; mais s’il s’agit du «pin», ou de la «fin», tout devient plus compliqué. Dans l’Est du pays certains combattants sont l’opprobre de l’armée? Les étudiants ne sont pas tous d’accord, si on doit croire à «l’eau propre» retenue dans la dictée. On doit «fere un efaurt», voilà ce que l’élève a retenu de l’invitation de l’enseignant à faire de son mieux pour soigner l’écriture.
Surprises Le «mère» de la ville devrait se préoccuper du bon état «déroute», a écrit un autre élève. Ma maman travaille dans un «pot âgé» et elle m’envoie vendre les légumes au marché. Il y avait un incendie, mais les «pont-pieds» sont arrivés en retard. Réné est un voleur: il a volé deux «poux laids». «Son pair ne pensait pas à lui et sa maire ne l’aimait poing». Les dictées seront toujours plus généreuses en surprises. Les enfants sont en train d’apprendre un nouveau langage, celui des internautes. Un élève qui raconte de cette manière une opération policière: «la polis le surveillè 2puis des môa pour savoar s’il avè la 6garete dans sa poche», sera-t-il capable de bien orthographier dans une dictée ?
Patrick-R. Monzemu Moleli
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