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N° 31 Juillet - Septembre 2005 |
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Elle est toujours là. Comme une peste, la sorcellerie effraie hommes et femmes, jeunes et adultes, vieux et enfants. Dans certains groupes de prière, les «prophètes» accusent des individus, même des enfants, d’être des sorciers; ils les frappent et les maltraitent pour qu’ils avouent, avant de les soumettre à des exorcismes et de procéder à la «délivrance». Des opérations qui leur rapportent un petit gain et qui entretiennent une mentalité qui fait beaucoup de dégâts.
Il existe une croyance fort généralisée selon laquelle certaines personnes peuvent apporter malheur, maladie, échec ou accident à d’autres personnes, en particulier aux membres de leurs familles élargies. Même à distance. Chômage, échec scolaire, mort, stérilité, perte de l’emploi, un match de football raté, tout peut être considéré comme provoqué par des sorciers. On ne cherche pas tout de suite les causes objectives, mais plutôt les probabilités occultes. Un jeune chrétien de notre communauté ecclésiale vivante de base (CEVB) me confiait un jour que c’est son oncle maternel qui est à la base de son chômage prolongé; et pour être sauvé, il doit aller au village pour s’arranger avec l’oncle et régler l’affaire selon la coutume. De même un jeune couple qui, après cinq ans de mariage n’a pas d’enfants, est convaincu que c’est parce que le mari n’a pas encore donné la couverture en laine à la tante paternelle.
Grande ampleur Des comportements qui viennent de loin: dans les tribus à tradition matriarcale, c’est souvent l’oncle maternel qui est considéré comme «sorcier» parce que c’est lui qui détient le pouvoir; par contre, dans les tribus à tradition patriarcale, c’est la tante paternelle qui est désignée comme «sorcière» car c’est elle qui détient le pouvoir. Quand l’origine d’un ensorcellement ne paraît pas claire, on fait appel aux voyants ou devins. On croit qu’ils sont des détecteurs capables de révéler les noms des sorciers et dépister les fétiches qu’ils emploient. Ces devins affirment être les seuls à pouvoir, sans danger pour eux-mêmes, se saisir des fétiches, de les détruire et de mettre ainsi fin au pouvoir maléfique des sorciers concurrents. On les appelle les «bons sorciers». En réalité, c’est un fléau social, qui crée des conflits, disloque les familles, casse les amitiés. Il est à l’origine, notamment, du phénomène des enfants de la rue. Il suffit qu’un enfant ait mangé des choses données par un voisin ou par quelqu’un d’autre, pour imaginer tout de suite une histoire d’ensorcellement. L’explosion de ce phénomène est non seulement inquiétante, mais aussi catastrophique pour les familles, l’éducation des enfants et les consciences. Les enfants accusés de sorcellerie sont menacés, battus et torturés, afin de les faire avouer. Au Gabon on a dénoncé, les mois passés, des cas de meurtres rituels d’enfants. Que l’on y croit ou que l’on n’y croit pas, la sorcellerie prend une grande ampleur dans la plupart des villes africaines et toujours avec une connotation purement négative: elle est considérée comme une force nuisible et son auteur un malfaiteur, qui mérite la peine de mort. C’est ainsi qu’à l’occasion d’un décès on se lance à la recherche du sorcier qui «a mangé» le défunt. Et dès que quelqu’un est désigné comme sorcier, il est insulté, malmené, torturé voire même tué. Il n’est pas rare d’assister à des scènes de violence atroces qu’on inflige aux sorciers, jusqu’au supplice du collier, un pneu enflammé passé autour du cou, le pillage des biens matériels et la destruction des maisons appartenant aux sorciers. Elles sont devenues monnaie courante.
Il suffit Déjà en 1997, les Évêques de la Rép. Centrafricaine déploraient les jugements et les exécutions sommaires d’individus accusés de sorcellerie faits d’une manière expéditive par la foule, dans plusieurs régions du pays. Certains ont été brûlés vifs, d’autres égorgés, d’autres encore enterrés vivants. A leur tour, les Évêques d’Angola et Sao Tomé affirmaient en 1998 qu’ils détenaient de données dignes de foi, selon lesquelles le nombre des citoyens massacrés comme sorciers à la suite d’accusations sans fondement, était désormais une calamité nationale. L’attitude passive et fataliste est la caractéristique de la société terrorisée par les sorciers. On se conduit comme des ‘moutons’ et de cela peuvent profiter aussi certains responsables politiques. Ils exploitent la peur. D’autres, par exemple les pasteurs de certains groupes de prière, orientent leurs adeptes vers des prières magiques, en assurant qu’ils seront à l’abri des influences maléfiques des sorciers et que Dieu trouvera la solution à leurs problèmes. Il suffit de répéter des centaines de fois le nom de Jésus ou de sommer maintes et maintes fois l’esprit mauvais de sortir et voilà que le malheureux ensorcelé récupérera sa liberté et son équilibre. Dieu obéira aux jeûnes, aux cris, aux ordres du prophète. Les fidèles ne doivent faire aucun effort pour modifier le cours des événements ou pour chercher les causes et les remèdes des difficultés auxquelles ils sont confrontés. C’est «l’utilisation de Dieu» de la part des responsables des crimes et de leurs justiciers, dont ont parlé il y a quelque temps les Évêques du Bénin: «Par des pratiques occultes, tous invoquent Dieu, les uns pour perpétrer avec plus de sécurité leurs crimes, les autres pour se proclamer envoyés de Dieu pour l’élimination des criminels. Dieu devient ainsi une source d’assurance pour l’impunité, ou une légitimation de la violence».
Le matin… le soir Le cadre n’est pas encourageant. Le chemin à parcourir pour tout chrétien désirant sortir de tout comportement fétichiste n’est qu’un: comprendre que la multiplication forcenée de prières et l’usage abusif des sacramentaux peuvent favoriser une mentalité magique. L’eau bénite est des plus en plus utilisée d’une manière fétichiste dans les parcelles et dans les maisons. On dort avec le chapelet au cou, afin d’échapper aux assauts des sorciers; on fait le signe de la croix chaque fois qu’on voit passer un lézard ou une souris. Le matin, on est à l’église pour prier et le soir on se rend chez le devin pour connaître la cause d’un problème qui s’est présenté. La crainte des fétiches hante l’existence de beaucoup de gens. Il y aurait pourtant un remède: un peu d’amour, de tendresse, d’affection, surtout pour les petits et les plus faibles. La jalousie, l’envie, la haine, voilà les fétiches à craindre!
Louis Kalonji
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