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N° 31 Juillet - Septembre 2005 |
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McLeord Baker Ochola, Évêque retraité de l’Église anglicane de Kitgum (Ouganda), a collaboré pendant des années aux tentatives de dialogue avec la rébellion de l’Armé de la Résistance du Seigneur. Voilà son témoignage.
Est-ce que le processus de paix avance? La méfiance entre les parties en conflit est encore grande. Il y a toujours des enlèvements, des embuscades sur les routes, des attaques. On est parfois tenté des penser que le dialogue est impossible. Mais il reste la seule solution pour le conflit.
Quelles sont les leçons apprises ? Ce processus de paix n’a pas un calendrier déterminé. Tu ne sais jamais ce que réservera le jour suivant. Même s’il y a des perspectives prometteuses, il suffit que quelqu’un fasse une déclaration inopportune et tout le travail tombe. On sent le stress, alors que tout processus de paix demande patience, tolérance, amour, cohérence et disponibilité au compromis. La seule manière de vaincre la peur d’être blessé ou de mourir c’est d’assumer les risques avec une grande foi en Dieu. La collaboration entre membres de différentes croyances religieuses est devenu un modèle pour les chefs religieux et les communautés du pays.
Les maux que vous dénoncez, vous les avez subis… J’ai commencé mon ministère pastoral au milieu des catastrophes causées par le règne de la terreur, sous le régime d’Idi Amin, dans les années ‘70. Depuis le début de mon ministère j’ai passé la plus grande partie de mon temps en allant aux enterrements des personnes qu’on avait assassinées, en pleurant ensemble avec les familles qu’avaient perdu leurs êtres chers et en essayant de les conforter. Mon père spirituel, le feu archevêque Janani Luwum, a été assassiné en février 1977. Ma famille et moi, nous n’avons eu d’autre choix que de fuir en exil au Zaïre (l’actuelle R. D. Congo). Nous sommes retournés en Ouganda peu après la fin de la guerre de libération, en 1979. Cependant le pire n’était pas encore venu. Notre fille Joyce a été kidnappée de notre maison, violée par un groupe de rebelles. Après une épreuve si terrible, elle est restée tellement traumatisée qu’elle a décidé de prendre une dose mortelle de comprimés de chloroquine. Elle est décédée le 1er mai 1980. Elle n’avait que 19 ans. Mon épouse, Winifred, a été tuée par une mine placée par les rebelles sur une route, le 23 mai 1997, à six kilomètres de la ville de Kitgum. Je me suis senti comme un arbre fendu par la foudre d’en haut jusqu’aux racines. Je ne me suis pas encore remis de ce coup.
Comment voyez-vous l’avenir? Grâce à Dieu, cette souffrance s’est transformée pour moi dans un authentique défi. Et aussi pour mon ministère pastoral. J’ai compris plus que jamais le véritable sens des mots bibliques: pardon et réconciliation. J’ai compris la vérité de la prière du Seigneur sur la croix: «Père, pardonne-leur car ils ne savent ce qu’ils font». Je suis devenu plus capable de pardonner à ceux qui m’ont dépouillé de mes personnes chères et ont causé tant de douleur et tant de peine à notre peuple. Je suis persuadé que seulement Jésus-Christ est capable de réunir tous les morceaux de ma vie, pour qu’elle soit une vie nouvelle et complète, comme l’a dit le prophète Isaïe. En peu de mots: Dieu nous invite à devenir artisans de paix, et pour cela, nous devons être disposés à payer le prix de la paix, parce que Dieu lui-même l’a payé à travers notre Seigneur Jésus-Christ sur la croix. Nous tous, nous faisons partie de la même humanité et ce qui arrive à une personne dans une partie du monde touche toutes les personnes. Marcelo Baker Ochola. MN.
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