N° 31  Juillet - Septembre 2005

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Lanterne rouge

L’Afrique reste à la traîne non seulement par rapport aux pays développés, mais aussi par rapport aux pays en développement. En effet, alors que les pays en développement dans leur ensemble voient augmenter le niveau de leurs exportations, celui des pays africains diminue. Le pourcentage des exportations marchandes mondiales de l’Afrique est descendu du 2,8% entre 1988 et 1990 à 2,1% dix ans plus tard, dans la période 1998-2000. Une diminution analogue a été constatée dans les importations, passées de 2,7 à 2,1%. Ce déclin contraste très nettement avec la croissance générale des exportations des pays en développement, passées de 22,7% à 28,1% dans le même temps.

En 2000, le revenu réel par habitant en Afrique subsaharienne (en excluant, cette fois, l’Afrique du Sud) était inférieur d’un tiers à celui de l’Asie du Sud, ce qui fait de cette partie de l’Afrique la région la plus pauvre de notre planète. En 1990, la production moyenne par habitant à prix constants y était inférieure à celle enregistrée trente ans plus tôt. Et dans les 15 prochaines années, on prévoit que le nombre de personnes vivant dans la pauvreté la plus absolue en Afrique subsaharienne passera de 315 à 404 millions. L’aide financière internationale publique, durant ces mêmes années, est restée stationnaire ou a diminué dans de nombreux cas. En revanche, les investissements étrangers directs (IED) progressent, encouragés par les privatisations. En 1999, l’Angola et le Niger ont reçu 56% de l’ensemble des IED en Afrique pour un montant de 7,1 milliards de dollars.

 

L’urgence sanitaire

Du point de vue de l’accès aux ressources primaires, plus de la moitié de la population africaine ne dispose pas d’une source d’eau potable et les 2/3 des habitants ne disposent pas d’un réseau d’assainissement adéquat. Du point de vue sanitaire, on enregistre une situation de grande urgence: l’Afrique compte aujourd’hui 80% des décès dûs au sida et 90% des décès dûs au paludisme. Plus de deux millions d’enfants meurent chaque année avant d’avoir atteint l’âge d’un an. Au milieu des années 1990, les pays africains dépensaient plus de 25 milliards de dollars par an pour le service de la dette contractée auprès des pays riches et 15 milliards de dollars seulement pour les frais de santé. Le coût économique, outre que social, de l’urgence sanitaire en Afrique est très élevé. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a estimé que les pertes économiques dues à la diffusion du paludisme sur le continent africain s’élèvent à 2,2 milliards de dollars par an, alors qu’avec moins de la moitié de cette somme les décès causés par cette maladie pourraient être réduits de moitié.

Le sida est devenu, en l’espace de vingt ans, la première cause de mortalité en Afrique. Sur 42 millions de séropositifs dans le monde, 29,4 millions sont des Africains, et sur 3,1 millions morts, 2,4 millions sont des Africains. Sur 1,3 millions d’enfants malades du sida dans le monde, près d’un million sont africains. Dans seize pays d’Afrique, plus d’un adulte sur dix est séropositif. Dans sept de ces pays, au moins un adulte sur cinq vit avec le VIH. Au Botswana, par exemple, plus de 35% des adultes sont séropositifs. À Abidjan, en Côte d’Ivoire, le sida est devenu la première cause de mortalité. L’Afrique du Sud compte le nombre le plus élevé de séropositifs au monde : 5 millions de personnes.

 

Les tourments

La situation alimentaire est, elle aussi, dramatique: 26% des Africains souffrent de la faim, et les besoins alimentaires augmentent au rythme d’au moins 3% par an en raison de la croissance démographique. Le cas du Sahel est emblématique de ce point de vue. Dans cette région, qui aurait un potentiel agricole immense si elle était convenablement exploitée et irriguée, «un habitant sur deux vit en-dessous du seuil de la pauvreté, et un sur trois affronte quotidiennement les tourments de la faim et de la malnutrition», observe Amadou Toumani Touré, président du Mali.

Près de 40 millions d’individus en Éthiopie, en Érythrée, au Sahel et en Afrique occidentale risquent de mourir de faim, avertit le Programme alimentaire mondial.

 

Des produits

Antimoine. Fabrication d’accumulateurs, semi-conducteurs, matières plastiques (il diminue la propagation des flammes). En médecine:  maladies cutanées et parasitaires, etc.

Bauxite.  Est le minerai le plus utilisé pour obtenir de l’alumine, matière intermédiaire nécessaire à la fabrication de l’aluminium.

Cobalt.  Utilisé pour la fabrication d’alliages durs, de céramiques et de verres spéciaux. Dans la thérapie du cancer on se sert du cobalt 60 radioactif.

Chrome. Il améliore la résistance des métaux à la corrosion et leur rajoute un fini brillant (acier inoxydable, etc.).

Manganèse. Utilisé dans la fabrication d’aciers, de piles et de céramiques. L’acier utilisé pour les rails de chemin de fer contient 1,2 % de manganèse. C’est un élément important de la vitamine B1.

Platine.  Résistant à la corrosion. Utilisé en bijouterie, dans les équipements de laboratoire, en médecine dentaire, pour certains contacts électriques et dans les pots catalytiques des véhicules. Folklore: dans la tradition de certains pays, les noces de platine symbolisent les soixante-dix ans de mariage.

Titane. Utilisé dans les peintures, matières plastiques, papier, médicaments. Alliages de titane sont principalement utilisés dans les avions ou les missiles, vélos, ordinateurs portables, prothèses, bijoux de piercing, etc.

 

Deux lectures

Devant ce tableau en clair-obscur où de grandes ressources s’accompagnent d’urgences sociales et sanitaires dramatiques, il est inévitable de se demander pourquoi les habitants d’un continent aussi riche sont, dans leur grande majorité, aussi pauvres. Pendant longtemps, surtout dans l’opinion publique, deux lectures de ce phénomène se sont affrontées et ont parfois été opposées à dessein. L’une, que nous pourrions appeler positiviste et malthusienne, selon laquelle la difficulté de vaincre la pauvreté est due avant tout à la croissance démographique : d’après cette analyse, aucune croissance économique ne pourrait suffire à assurer la prospérité et le développement d’un continent qui, dans les 50 prochaines années, devrait passer de 830 millions à 1,3 milliards d’habitants. L’autre, de nature historique et politique, attribue principalement au colonialisme puis au néocolonialisme des puissances occidentales la responsabilité d’avoir exploité l’Afrique de façon égoïste, en l’empêchant de se développer et d’acquérir son autonomie. Cette deuxième clé de lecture a souvent été utilisée comme argument à opposer à l’inacceptable mécanicisme malthusien.

En réalité, ni la première, ni la deuxième analyse ne peut être considérée comme exhaustive.  L’Afrique est un immense continent comportant des situations très diversifiées. On devrait donc se garder  de généraliser, soit dans l’évaluation des problèmes soit lorsqu’on propose des solutions. Parmi les initiatives mises en œuvre pour débloquer la situation et permettre au processus de développement d’avancer, on peut citer d’abord le «Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique» (NEPAD). Il s’agit d’un accord signé par la communauté internationale, qui prévoit une augmentation des financements en faveur du développement destinés aux pays qui parviennent à mettre en œuvre des pratiques de bonne gouvernance et d’assainissement économique.

Un projet très encourageant, mais qui ne peut pas cacher la lourde menace représentée par la dette extérieure, qui continue à étrangler l’économie des pays africains, en entretenant une nouvelle forme de dépendance vis-à-vis des pays riches.

Une grande partie des ressources produites par les pays africains sont en effet «brûlées» seulement pour payer les intérêts de la dette contractée auprès des pays étrangers ou des organismes financiers internationaux. C’est une urgence commune à tous les pays en développement, et pas seulement à ceux d’Afrique, qui voient croître le montant de leur dette de façon exponentielle.

A cela il faut ajouter la grande inconnue des conflits qui ensanglantent de nombreux pays du continent africain et qui restent l’une des principales causes du sous-développement et des urgences humanitaires. La liste serait très longue, d’autant plus que beaucoup de ces conflits sont parfois volontairement «oubliés» par la communauté internationale.

Soudan, R DCongo, Rwanda, Burundi, Liberia, Sierra Leone, Somalie sont quelques-uns des pays marqués par les conflits, les guerres civiles ou les révoltes qui ont mis l’économie à genoux, provoqué des millions de réfugiés et de déplacés, créé des urgences sanitaires dramatiques et enrichi ceux qui spéculent sur la déstabilisation, à commencer par les marchands d’armes. Pendant le conflit qui ravagea la Sierra Leone entre 1991 et 2001 la vente annuelle des diamants n’était que de 22 millions de dollars. En 2003, le conflit est finalement terminé, 76 millions; en 2004, 129 millions. Rien ne pourra justifier pareil gaspillage de la richesse nationale, les 50.000 morts, les dizaines de milliers de blessés et le demi million de réfugiés.

 

Depuis plusieurs décennies

«La tragédie des guerres qui déchirent l’Afrique, écrit le Pape dans l’Exhortation apostolique post-synodale, a été décrite en des termes incisifs par les Pères du Synode: L’Afrique est depuis plusieurs décennies le théâtre de guerres fratricides qui déciment les populations et détruisent leurs richesses naturelles et culturelles».

Ce phénomène douloureux, outre les causes extérieures à l’Afrique, a aussi des causes internes telles que «le tribalisme, le népotisme, le racisme, l’intolérance religieuse, la soif du pouvoir, renforcée par des régimes totalitaires qui bafouent impunément les droits et la dignité de l’homme.

Les populations brimées et réduites au silence subissent en victimes innocentes et résignées toutes ces situations d’injustice. Je tiens à joindre ma voix à celle des membres de l’Assemblée synodale, poursuit le Pape, pour déplorer les situations de souffrance indicible provoquées par de nombreux conflits déclarés ou latents et pour demander à ceux qui en ont la possibilité de s’investir totalement pour mettre fin à de telles tragédies».

Le problème des conflits a été au centre des travaux du sommet annuel de l’Union Africaine (UA) qui s’est tenu à Addis-Abeba le 8 juillet 2004, et auquel ont participé 53 chefs d’État et de gouvernement du continent.

Lors de cette rencontre, a été présentée la proposition de créer une force militaire d’intervention rapide entièrement africaine, capable d’agir chaque fois que la nécessité s’en présente; une institution qui, avec le Conseil pour la paix et la sécurité créé en mai dernier (conçu sur le modèle du Conseil de sécurité de l’ONU) devrait représenter un outil suffisamment approprié et souple pour intervenir politiquement et physiquement en tuant les conflits dans l’œuf sur tout le continent.

Un exemple de ce qui pourrait devenir cette force multilatérale africaine d’intervention est en cours d’expérimentation dans la région soudanaise du Darfour, où le sommet de l’UA a décidé de dépêcher une task-force chargée de protéger les observateurs civils.

Cela pourrait être l’embryon d’un nouveau modèle pour affronter les «conflits oubliés» face à l’immobilisme et au désintérêt de la communauté internationale.

Agence Fides  et d’autres sources

 

 

 

Pauvres et pourtant riches (2)