N° 32  Octobre-Décembre 2005

On raconte qu’il y avait un explorateur toujours préoccupé d’arriver vite là où il avait décidé qu’il fallait passer la nuit. Ses porteurs l’appelaient Monsieur rapide. Un matin, au moment de se mettre en marche, les porteurs s’asseyent. «Qu’est-ce qu’ils font là?», demande l’explorateur, énervé, au chef du groupe.

«Monsieur, hier nous avons marché si vite que nos âmes sont restées en arrière. Maintenant il faut attendre qu’elles nous rattrapent». C’est l’expérience qu’on fait souvent. Une lutte quotidienne, en nous-mêmes et dans les rapports avec les autres. On vient de recevoir le petit salaire à la fin du mois? Soyons sûrs, il disparaîtra vite. Le loyer? Les factures de l’eau et de l’électricité à payer? Déjà? Et pourtant je les ai réglées l’autre jour! En réalité c’était le mois dernier, mais dans certains domaines tout se passe avec la rapidité de l’éclair.

Le temps vole, le temps c’est de l’argent, le temps… Il suffit d’acheter des unités téléphoniques pour apprendre la différence entre 50 secondes et cinq minutes et apprécier la valeur du temps. Á l’enseignant qui assure des répétitions à un élève on doit donner cinq dollars-heure et sans remise. Je dois me déplacer et j’attends une heure le taxi-bus: qui me payera ce temps perdu?

 

Je me rends compte que mon temps ne vaut pas grand-chose, alors que celui des gens importants, d’un avocat, d’un ministre, d’un chef de bureau, d’un médecin, est précieux. Ils en disposent en toute liberté.

Notamment certains politiciens, toujours disposés à prolonger ou à multiplier les mandats, à repousser la date des élections, à renvoyer les reformes à des temps meilleurs.

La journée mondiale de la Mission (23 octobre) est cette année sous le signe de l’Eucharistie. C’est dans le Message déjà publié par Jean Paul II en février dernier que l’invitation est faite aux chrétiens pour qu’ils redécouvrent le sens du «pain rompu».

Dans la 2è Lettre aux Corinthiens l'apôtre Paul a été amené à faire le récit de l'institution de l'Eucharistie, le cœur de l’assemblée chrétienne. Ce texte représente probablement le plus ancien témoignage concernant la Cène du Seigneur: il date de l’année 55. Paul avait quitté depuis quelques mois la communauté de Corinthe qu'il avait fondée et il vient d'apprendre, par des gens qu'il a rencontrés, que tout ne va pas très bien. Il y a des divisions dans cette communauté. Il y a pire: lorsqu'on se rassemble pour célébrer l'Eucharistie, une fois par semaine, chaque fidèle prend les devants pour son propre repas.

 

Chacun apporte son casse-croûte et plutôt que de partager, chacun reste dans son coin, mange ce qu'il a apporté, alors qu'auparavant, du temps de Paul, on mettait tout en commun.

C'était un repas fraternel. Mais maintenant, il y en a qui mangent et qui s'enivrent, tandis que les pauvres n'ont rien à manger. Il n'y a plus de partage.

Paul le leur reproche sévèrement et pour justifier ses reproches, il leur rappelle le geste du Christ, la veille de sa mort. Il a partagé, leur dit-il, non seulement du pain et du vin, mais sa propre vie. Et c'est parce que Jésus a fait ce geste primordial: partager le pain et le vin en disant: " C'est mon Corps, c'est mon Sang, c'est ma vie que je donne, pour la vie du monde ", c'est parce que Jésus a partagé que nous devons partager. Ou alors, restons chez nous. Quelle leçon et quel programme!

 

Ae

Quel programme !

Éditorial