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N° 32 Octobre-Décembre 2005 |
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On souhaite un remaniement du cabinet des ministres, une révision des programmes, un renouvellement, une transformation sérieuse, des réformes etc. «Changement de fréquence» annonce le nouveau slogan du complexe musical de Werrason, le ‘Roi de la forêt’. Les gouvernants comme les gouvernés parlent tous de modifications plus ou moins profondes et qu’il ne faut pas avoir peur, si on veut sauver le pays, d’effectuer des virages.
Bref, il faudrait une conversion. Un terme qu’on connaît mais qui est loin d’être simple. Il suffit de chercher sur Internet le mot «conversion», à l’aide d’un moteur de recherche: on se verra offrir un choix de dizaines de millions de pages web. L’économiste, le cambiste, le prêtre, le psychanalyste, le skieur, l’informaticien, tous l’emploient. Mais en y donnant un sens bien différent. Assis au bord de la rue ou enfermés dans des bureaux bien protégés, les cambistes pratiquent la conversion de dollars en francs, d’euros en dollars ou en CFA. On trouve, d’ailleurs, des programmes permettant d'effectuer à l’instant la conversion des divises des cinq continents. Comment convertir les Fahrenheit en Celsius ou les jours du calendrier lunaire chinois en ceux du calendrier grégorien? La conversion de dix miles anglais donne combien de kilomètres? Et les tables de conversion pour la taille de soulier ou de pantalon américain ou japonais? Comment convertir les fichiers d’un programme par courrier électronique? Les biocarburants remplaceront le pétrole: il s'agit de carburants obtenus par «conversion» des biomasses végétales! Les militaires parlent de conversion, soulignant la nécessité d’adapter les stratégies d’un combat ou d’une opération aux circonstances du moment!...
Religieux Internet offre des centaines de récits sur la conversion de gens qui à un moment donné de la vie ont choisi de passer, par exemple, à l’Islam et de renoncer à la viande de porc. Ou à l’Hindouisme, attirés par l’idée de la réincarnation. Le gouvernement du Sri Lanka prépare une loi qui interdit les conversions. Pour le Tibet, occupé depuis 50 ans par la Chine, le Dalaï Lama «recommande une conversion du Pays en zone de paix, un sanctuaire dans lequel l'humanité et la nature pourraient vivre ensemble en harmonie»… En hébreu le mot conversion signifie changement de direction, tourner à 180°. Il a été au cœur de l’appel de tous les prophètes bibliques, jusqu’à Jean Baptiste, qui commença sa mission en disant aux foules: «Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle». La conversion est un retour au Dieu de l’Alliance, impliquant l’abandon des idoles et des divinités étrangères. On retourne au culte du vrai Dieu, au respect des règles morales après des années de débauche et de tricheries.
Un modèle Les Actes des Apôtres présentent plusieurs récits de conversion. Celle de l'apôtre Paul sur la route de Damas est racontée comme un modèle en la matière. Sa rencontre avec le Christ ressuscité fut aussi forte et inattendue qu’elle changea le cours de sa vie. D’autres conversions sont spectaculaires comme celle du geôlier de Philippes, ou plus intellectuelles, comme celle de Denys l'aréopagite. La conversion d’Augustin, du roi Clovis, de François d'Assise, d’Ignace de Loyola et de tant d’autres, jusqu’à celle du Père de Foucauld, montre qu’elle est toujours une expérience spéciale, difficile à raconter. On avait un jour posé la question à Frossard, ancien directeur du quotidien français Le Figaro: «Vous affirmez que vous vous êtes converti après être entré dans une église catholique. Si vous étiez entré dans une mosquée vous en seriez sorti musulman!» Sa réponse: «Et si je sors de la gare des chemins de fer, est-ce que cela signifie que je suis devenu un train?». Au fond, au converti on ne demande que ça, la sincérité, visible dans les actes qui suivent. Si après avoir volé et accumulé des biens aux dépens de son prochain et surtout d’un prochain pauvre, le converti n’est pas disposé à restituer le bien mal acquis, qui croirait à sa conversion? Le Talmud dit que celui qui se convertit, non pas par croyance et volonté de vivre comme tel, mais pour des avantages (santé, biens, mariage, etc.) ou qui ne tient pas ses engagements, est un farceur.
Changer d’avis Molière a immortalisé le faux converti dans Tartuffe, l’hypocrite se couvrant du masque de la vertu pour mener à bien son entreprise de séduction d'une femme mariée dont il tente de duper le mari. En effet, sur toute conversion pèse le doute: sera-t-elle vraie? sincère? libre?.. Mais c’est notamment à propos de la conversion des politicscepticisme. Sur le site Leo Ndjo Leo, un journaliste se demandait récemment: «Le dialogue intercongolais sera-t-il le rendez-vous de la conversion des coeurs?» Les politiciens semblent connaître très bien le parcours de la conversion, même s’ils préfèrent à ce terme celui de changement consensuel, d’évolution, de lancement de nouveaux programmes, d’aggiornamento administratif, de redistribution des charges, de réforme. Les plus avertis arrivent à se convertir à des alliances et à des programmes précédemment critiqués et les plus astucieux à changer d'avis comme de chemise. On cite l’exemple de gouvernements qui ont été capables de procéder à des transformations significatives. Les sources officielles assurent que le Mali «a connu de profonds changements politiques, institutionnels, juridiques». Les dernières années en Afrique du Sud «ont été marquées par des grands changements politiques, sociaux, économiques, culturels». Au Bénin, «en deux ans, après la chute du mur de Berlin, s’y est opéré en douceur le passage d’un régime militaro-marxiste à un régime présidentiel démocratique».
Et quoi dire? Les opposants assurent, cependant, que tout n’a changé qu’en apparence, pour que rien ne change. Le népotisme, le clientélisme, le clanisme seraient toujours là. Au lieu de se convertir, les responsables politiques se seraient reconvertis aux pratiques du passé; leur combat pour le changement n’était qu’une simple lutte pour des postes, un repositionnement bien calculé. Et quoi dire de la conversion du peuple? Les masses trahies par le chef ‘bien aimé’ d’hier et qui ont tout cassé dans l’espoir de tout changer, ne sont-elles pas prêtes à acclamer le nouveau qui s’installe en promettant la lune? «La foule ivre de fausses promesses peut toujours être manipulée. Du jour au lendemain elle se convertit et croit au miracle d’un nouveau chef suprême surgi magiquement de nulle part», remarquait récemment un Ivoirien à une radio d’Abidjan. C’est là que le bât blesse, car conversion est un mot facile à prononcer, mais combien difficile à appliquer!
P. Joseph Kasombo, ofm
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