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N° 32 Octobre-Décembre 2005 |
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La Constitution d’un État moderne n’est certes pas la Sainte Bible ou tout autre livre sacré des religions du monde, mais elle n’est pas non plus un vulgaire bouquin dont l’importance et le sort dépend du bon vouloir de ses lecteurs. Elle est la Loi des lois d’une nation, au-dessus de tous et dont le respect garantit la stabilité des institutions et la paix sociale. La constitution est vraiment une chose sérieuse qui engage tous les citoyens; elle régit l'exercice de la démocratie et de l’État de droit, organise la distribution et le contrôle des pouvoirs, règle le fonctionnement de la justice, dispose le système électoral de manière à assurer des élections libres et transparentes, définit les droits et devoirs des citoyens et des dirigeants, régit les rapports fondamentaux entre l’État et les citoyens, et entre les citoyens eux-mêmes, ordonne d’harmonieuses relations de la nation avec le reste de la communauté internationale. La Constitution, loi juridique écrite, connue de tous, votée lors d’un vrai referendum et promulguée officiellement, renforce la volonté de vivre ensemble.
Ainsi, l’existence et le respect de la loi fondamentale est pour le Peuple une garantie contre la force et l’arbitraire tandis que son tripatouillage constitue pour les citoyens un profond mépris à son égard. Par la constitution dans laquelle le Peuple se retrouve réellement, sont établies les conditions minimales d’une société juste, libre, démocratique apte à se développer. La constitution d’un pays n’est pas statique; elle s’adapte à l’évolution historique, aux défis que rencontre une nation dans son effort de toujours mieux organiser la vie des citoyens et les relations avec les autres Pays. C’est donc chose normale que d’éventuelles et utiles modifications interviennent dans le texte constitutionnel d’un pays donné; mais telles modifications ne peuvent se faire que dans le cadre des dispositions prévues au titre de la dite Constitution et dans l’assurance des conditions transparentes, précises et crédibles. Le respect de la Constitution adoptée démocratiquement devrait donc constituer la règle à suivre et sa modification échapper aux caprices des dirigeants et de leurs courtisans.
Il est à regretter toutefois que depuis quelques temps, l’Afrique a emprunté une pente dangereuse de gestion du pouvoir qui porte à changer sans scrupule et de manière dictatoriale la constitution par la seule volonté d’un chef désirant se pérenniser au pouvoir ou éliminer des adversaires politiques ou encore pour y introniser, contre tout bon sens, un candidat qu’on veut imposer au peuple souverain. Les cas du Tchad, de la Guinée - Conakry, du Gabon, du Cameroun, de l’Ouganda, du Togo etc. constituent de flagrantes violations des droits des peuples qu’on gouverne par défi, au moyen de corruption rampante et de la force policière et militaire. Pour cette «sale besogne», des mercenaires juridiques africains et occidentaux sont toujours disponibles dans un exercice cynique de justifier l’impensable et tordre le cou à la vérité. Il faut dénoncer aussi des manœuvres malhonnêtes dans certains pays de rédiger une constitution scandaleusement taillée sur mesure.
C’est avec bonheur toutefois que l’on constate en Afrique, qu’à coté des fossoyeurs haut placés de la constitution, il existe des personnalités politiques dignes et respectables qui savent laisser le pouvoir avant que le pouvoir ne les quitte, offrant ainsi une transition pacifique à leur pays qui sait leur pardonner les inévitables égarements passés dans la gestion de la chose publique. Le cas plus récent est du président béninois M. Kerekou. Mais avant lui, on peut citer d’autres cas heureux comme celui de l’Afrique du Sud, du Mali, du Mozambique et du Ghana dont l’ancien président, Jerry Rawlings, qui a eu la sagesse de déclarer : «La fonction de président est tellement éprouvante que toute personne qui l’exerce devrait aspirer à un repos bien mérité à la fin de sa mission, sans prétendre à s’y accrocher indéfiniment», dit-il. Au Peuple souverain d’être vigilant et averti afin de savoir élever sur l’autel de l’honneur ses dirigeants respectueux de la constitution. Et de sanctionner ceux qui, au contraire, choisissent de se moquer de lui en changeant arbitrairement la loi suprême qui régit la nation tout entière ou en lui imposant subtilement une «autre», viciée et intéressée!
P. Kouévi Adjéty Loui |
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Constitution : taillée sur mesure |