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N° 32 Octobre-Décembre 2005 |
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Je viens d’accomplir 50 ans, mais mon apparence est semblable à celle de quelqu’un qui a 85 ans. J’ai de sérieux problèmes aux reins parce que je bois très peu d’eau. Je crois qu’il me reste très peu de temps à vivre. Aujourd’hui je suis parmi les personnes les plus âgées de cette société. Je me rappelle quand j’avais l’âge de 5 ans. Tout était différent. Il y avait beaucoup d’arbres dans les parcs, les maisons avaient de beaux jardins et l’on pouvait prendre une douche pendant une heure. Jadis les femmes arboraient leurs belles chevelures; maintenant, nous devons raser nos têtes pour les maintenir propres sans eau. Mon père lavait la voiture avec de l’eau qui sortait d’un tuyau. Aujourd’hui les enfants ne croient pas qu’on se permettait d’utiliser l’eau de cette façon. Je me rappelle qu’il y avait des affiches qui disaient: «Prends soin de l’eau», seulement que personne ne se souciait, l’on pensait que l’eau ne s’épuiserait jamais. Maintenant, tous les fleuves, les barrages, les lacs et les sources d’eau sont irréversiblement contaminés ou épuisés. Avant la quantité d’eau idéale indiquée pour boire était de 8 verres par jour par personne adulte. Aujourd’hui je peux boire seulement un demi-verre d’eau. Nos habillements sont du style «use et jette», ce qui augmente considérablement la quantité de déchets, nous devons utiliser des fosses septiques comme dans le siècle passé, parce que les égouts on ne les emploie plus par manque d’eau. Les gens on un aspect horrible, des squelettes, la peau déshydratée, pleine de plaies à cause des rayons ultraviolets qui arrivent directement par manque d’ozone dans l’atmosphère. Des déserts immenses constituent le paysage qui nous entoure. Les infections intestinales, les maladies de la peau et des voies urinaires sont les principales causes de décès. L’industrie est paralysée et le chômage est dramatique. Les fabriques d’extraction du sel sont la principale source de travail et paient avec de l’eau potable à la place de l’argent. Les assauts pour un bidon d’eau sont communs dans des rues désertes. La nourriture est 80% synthétique. A cause de la déshydratation de la peau, une jeune de 20 ans semble en avoir 40. Les scientifiques font des recherches mais ne trouvent pas de solution. On n’arrive pas à fabriquer l’eau dont on aurait besoin, l’oxygène est en dégradation à cause du manque d’arbres. Cela diminue le coefficient intellectuel des nouvelles générations. Le gouvernement a mis des taxes sur l’air que nous respirons : 137 m3 par jour par habitant adulte. Ceux qui ne peuvent pas payer, sont éloignés des zones aérées où des poumons mécaniques gigantesques marchent à l’énergie solaire. Ils ne sont pas de bonne qualité, mais on peut respirer. Dans quelques pays il y a encore des tâches de végétation, avec des cours d’eau qui sont fort contrôlés par l’armée. L’eau est devenue un trésor très recherché, plus que l’or ou les diamants. Ici, il n’y a pas d’arbres parce qu’il ne pleut presque jamais, et quand on enregistre des précipitations, c’est une pluie acide. Les saisons de l’année ne sont plus les mêmes à cause des essais atomiques et des industries intoxicantes du XX siècle. On avait averti qu’il fallait prendre soin de la sauvegarde de la création, mais personne ne s’en souciait. Quand ma petite-fille me demande que je lui parle de ma jeunesse, je lui dis qu’autrefois les près étaient beaux, je lui parle de la pluie, des fleurs, des bains de mer, de la pêche dans les fleuves et les barrages, de l’eau qu’on pouvait boire en toute liberté. - Papa, pourquoi l’eau est finie?, me demande-t-elle. Je sens alors un noeud à la gorge, je me sens coupable, parce que j’appartiens à cette génération qui a détruit la création et n’a pas pris soin d’elle malgré toutes les mises en garde. Maintenant nos enfants paient le prix.
Maga SP
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Le point irréversible |