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N° 32 Octobre-Décembre 2005 |
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«Je souhaite de tout coeur - affirme le pape - que l'Année de l'Eucharistie stimule toutes les communautés chrétiennes à lutter 'par des actions fraternelles contre telle ou telle forme des nombreuses pauvretés de notre monde. De nos jours, la société humaine semble enveloppée de ténèbres épaisses, tandis qu'elle est secouée par des événements dramatiques et bouleversée par des catastrophes naturelles... Le Rédempteur lui même,présent dans l'Eucharistie, continue au long des siècles à manifester de la compassion envers l'humanité pauvre et souffrante.... Seul Jésus peut éteindre la soif d'amour et la soif de justice des hommes; lui seul permet à chaque homme de participer à la vie éternelle: 'Je suis le pain vivant, descendu du ciel. Qui mange ce pain, vivra à jamais'.... Suivant l’exemple de Jésus, ‘pain rompu’ pour l'humanité entière, nous devons nous aussi donner la vie pour nos frères, spécialement les plus nécessiteux... De cette manière, tout en faisant comprendre pleinement le sens de la mission, l'Eucharistie pousse chaque croyant, et spécialement les missionnaires, à être Pain rompu pour la vie du monde… Si on se nourrit du corps et du sang du Christ crucifié et ressuscité, on ne peut pas garder ce don pour soi uniquement. Il faut, au contraire, le partager. L'amour passionné envers le Christ porte à l'annonce courageuse du Christ. L'Eucharistie incite à une action évangélisatrice généreuse et à un engagement actif dans l'édification d'une société plus juste et fraternelle...»
Un instrument Combien de choses ne pourrait-on dire sur la signification du pain? «Le pain joue tant de rôles! - écrivait Antoine de Saint-Exupéry -. Nous avons appris à reconnaître, dans le pain, un instrument de la communauté des hommes, à cause du pain à rompre ensemble. Nous avons appris à reconnaître, dans le pain, l’image de la grandeur du travail, à cause du pain à gagner à la sueur de son front. Nous avons appris à reconnaître, dans le pain, le véhicule essentiel de la pitié, à cause du pain que l’on distribue aux heures de misère. La saveur du pain partagé n’a point d’égale.» Dans une lettre pastorale récente, les Évêques de Zambie ont offert aux chrétiens une réflexion et une application de l'histoire de deux disciples sur leur chemin vers Emmaüs (Luc 24:13-35): "Comme les deux disciples d’Emmaüs, nous sommes en voyage. Jésus marche à notre côté; il nous rejoint dans nos peurs, nos doutes et déceptions. Il nous pose les mêmes questions: de quoi parlez-vous? Pourquoi êtes vous inquiets? Jésus sait qu'il y a de la tristesse, de la résignation et même du désespoir dans les foules de nos jours. Trop de gens autour de nous sont écrasés par l’inquiétude et les problèmes de survie. Les plus faibles et les plus impuissants parmi nous semblent n’avoir plus d'espoir!... Certains se sentent rejetés pas leur communauté, pour de différentes raisons: leur milieu d’origine, une maladie prolongée, leur pauvreté dégradante, l’emprisonnement, etc. D'autres ont l’impression que leur communauté n’est pas attentive et compatissante. Certains catholiques arrivent même à abandonner l’Église pour poursuivre leur chemin dans d'autres églises. Les deux disciples parlaient entre eux de tout ce qui était arrivé. Parlons-nous des choses qui touchent vraiment nos vies? Offrons-nous l'espoir et l'encouragement, persuadés que Jésus continue à marcher à nos côtés?» Après avoir visité le Zimbabwe en juillet 2005, les représentants des Églises de l’Afrique du Sud ont écrit: "L'Église ne peut pas rester indifférente lorsque les chefs traitent leur peuple pire que les bêtes. L'Église du Christ ne peut pas tolérer en silence la politique qui réduit les services sociaux et multiplie les pauvres et les sans-logis. Il y a des raisons sinistres dans ce que le gouvernement fait contre les habitants des bidonvilles". Le Seigneur appelle toujours à sortir de soi-même, à partager avec les autres les biens que nous avons, en commençant par le plus précieux, celui de la foi. «Un jour, dans le diocèse de Dom Helder Camara, situé dans le Nordeste du Brésil, un pauvre s'introduisit par effraction dans l'église pour voler. Il défonça la porte du tabernacle, s'empara du ciboire et s'enfuit avec objets sacrés et argent. Quelqu'un retrouva les hosties que le voleur avait jetées dans la boue. Les fidèles se scandalisèrent de ce «sacrilège» et parlaient des peines les plus sévères qu'on devrait infliger au criminel. Dom Helder exprima un point de vue tout à fait différent, qui révélait sa compréhension profonde de l'eucharistie: «Nous sommes choqués parce que notre frère, ce pauvre voleur, a jeté les hosties, le Christ eucharistique, dans la boue. Mais le Christ vit tous les jours dans la boue, chez nous au Nordeste! Ouvrons- nous les yeux! Tous les jours, les pauvres sont condamnés à une existence de boue! Et le Christ, qui vit en eux, vit aussi avec eux dans la boue. Le meilleur de la communion au corps du Christ dans l'eucharistie serait qu'elle nous ouvre les yeux sur les pauvres» (Leboeuf, Fabien, Le scandale des famines», Relations, décembre 2003).
Une révision La Lettre encyclique Redemptoris Missio, affirme que «Toute communauté doit, pour être chrétienne, s’établir sur le Christ et vivre du Christ, dans l’écoute de la Parole de Dieu, dans la prière centrée sur l’Eucharistie, dans la communion qui s’exprime par l’unité du coeur et de l’esprit, et dans le partage suivant les besoins de ses membres… Fidèle à l’esprit des Béatitudes, l’Église est appelée à partager avec les pauvres et avec les opprimés de toute sorte. C’est pourquoi j’exhorte tous les disciples du Christ et toutes les communautés chrétiennes, des familles aux diocèses, des paroisses aux Instituts religieux, à faire une révision de vie sincère, dans le sens de la solidarité avec les pauvres (n°49, 51, 60).Le 29 novembre 1970, dans son homélie devant deux millions de personnes au Quezon Circle de Manila, Pape Paul VI rappela avec force aux chrétiens le devoir de partager la foi et le pain à l’exemple du Christ: "Malheur à moi si je ne vous annonçais pas l’Evangile.... Jésus est le Christ, Fils du Dieu vivant. Il est le maître de l’humanité. Il est le pain, la source d'eau vive pour notre faim et pour notre soif...»
Gaétan Yawo C.
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Le Pain rompu |