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N° 33 Janvier-Mars 2006
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Chaque année, entra le 18 et le 25 janvier, la Semaine de I'Unité est I'occasion pour les chrétiens des différentes Églises de prier ensemble, de se rencontrer et de réfléchir à ce qu’est le mouvement oecuménique, à ce qu’il signifie pour les Eglises et pour chaque chrétien. Des divisions toujours plus injustifiables; la crédibilité du christianisme se joue sur un témoignage uni.
Ils se lèvent le matin avec une idée en tête: commencer une église, pour y annoncer ce que l'esprit veut dire aujourd'hui. Avec des accents et la fougue du converti de fraîche date et l'appui de haut-parleurs tout-puissants, ils exhortent leur nouvelle communauté à prendre les distances avant qu'il ne soit trop tard, du péché, de l'incroyance, de l'ignorance des Ecritures, de l’idée fausse qu'elle a de Dieu. Ils la rassurent: Dieu peut tout faire! Qu'on répète deux ou trois cent fois le nom de Yahvé ou de Jésus, plus quelques poignées d’alléluia, la solution arrivera, la délivrance et la prospérité ne manqueront pas au rendez-vous. Certains, ouvrent l’église à partir de leur maison. D’autres occupent un terrain vague ou une parcelle qu'ils rachèteront au fur et à mesure que les fidèles arriveront et contribueront économiquement. Que leur initiative soit l’énième copie d'un groupe déjà existant, c'est le moindre de leurs soucis. Déjà en 1993 le prof. Mwene Batende écrivait que la ville de Kinshasa était «un foyer de concentration d'une multitude d'églises spirituelles». Des études récentes faites au Nigeria et en Afrique du Sud montrent qu'en dépit du mouvement oecuménique, on assiste à une multiplication incroyable de dénominations. De nouveaux "apôtres", des "docteurs dans le Seigneur", des"ministres de Dieu", des "prophètes"dont les sermons sont accompagnés d'applaudissements à ne pas finir. Les fidèles, là-bas, on les appelle "clapping people", des gens qui battent des mains. L'unité dont parlait le Christ quelques heures avant sa mort? Ce n'est pas leur première préoccupation. Le chemin parcouru pendant les derniers cinquante ans par les plus grandes confessions chrétiennes pour retrouver I'unité perdue? Cela ne les intéresse pas. Ce qu'ils sont en train de fabriquer multiplie le fractionnement de la famille chrétienne? Ils s’en moquent, tout simplement. Qui a dit que la communion fraternelle sera le premier témoignage des disciples du Christ? Qu’on se débrouille très bien en restant divisés répondent-ils, chacun dans son coin, avec ses petites vérités, ses façons de faire, son tapage nocture ou diurne, ses sacrements réduits à deux out trois. On a souvent l’impression que l’explication de la Bible favorise le «chaos plutôt que l’unité», a dit le Card. W. Kasper, président du Conseil Pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens. Le penchant pour la division ou l’indifférence pour l'unité semble marquer aussi des Eglises qui ont une longue histoire derrière elles. Une enquête récente conduite par l’Alliance réformée mondiale a dénombré «746 Églises réformées dans le monde. Elles sont exceptionnellement douées pour ce qui est de la division»!
En contradiction Et pourtant il y a des textes que les prophètes modernes citent bien rarement. La question de Paul, par exemple, à la communauté chrétienne de Corinthe traversée par de graves divisions: «Le Christ est-il divisé?», c'est un sujet toujours d'actualité. Malgré l’accueil que chacun avait fait, sans doute avec générosité, de la Bonne Nouvelle, il n'y avait pas d'harmonie dans la communauté, ni dans les pensées, ni dans les sentiments. Les tout nouveaux chrétiens se disputaient entre eux, chacun se réclamait de l’approbation et du soutien de tel responsable d'Église: Pierre, Paul ou Apollos, voir de Jésus lui-même, ce qui est bien le pire car alors qui oserait contredire? Saint Paul exhorte les chrétiens de l’Église de Corinthe, une poignée de convertis au milieu d'une immense majorité païenne, «à être tous vraiment d'accord»». «Nos divisions sont en contradiction avec la volonté de Jésus et font que nous ne sommes pas crédibles devant les hommes - a dit Benoît XVI aux représentants des Églises qu’il a rencontrées lors de son voyage en Allemagne, le mois d’août dernier. La fraternité entre les chrétiens n’est pas simplement un vague sentiment et elle ne naît pas non plus d’une forme d’indifférence envers la vérité. Elle est fondée sur la réalité surnaturelle de l’unique Baptême, qui nous insère dans l’unique Corps du Christ ».
Sans raison Unité, fraternité. Le mouvement a pris de l’accélération, ces dernières décennies. Jean Paul II a multiplié les occasions de dialogue initiés par Paul VI dans les commissions mixtes internationales. Les uns ont déjà abouti à des accords partiels mais importants, avec la Commission Anglicane, l’Église évangélique luthérienne, l’Église orthodoxe syriaque d’Antioche, l’Église assyrienne de l’Orient, l’Église apostolique arménienne, l’Église éthiopienne. « J’ai moi-même répété, depuis que je suis Pape, que l’un des premières et importantes tâches de mon pontificat est cette restauration de l’unité entre les chrétiens . C’est pourquoi, dès le début, une grande partie de mon voyage de pèlerin a été consacré à aborder le sujet de l’unité chrétienne et à rencontrer les représentants des autres Églises et communautés ecclésiales » (Homélie à l’aéroport de Bélize. 3 mars 1983). « Les Églises orthodoxes sont prêtes à renouer le dialogue avec l’Église catholique—a déclaré le 30 juin dernier Mgr Jean Zizioula, métropolite de Pergame, le chef de la délégation du Patriarcat œcuménique qui s’est rendue à Rome—Depuis les années 70 du siècle dernier, les Églises orthodoxes et l’Église catholique romaine ont reconnu qu’elles avaient substantiellement la même foi dans le même Christ et que leurs divisions étaient nées sans raison». « Nous les luthériens finlandais souhaitons faire partie de l’Église catholique du Christ », a affirmé l’évêque de Helsinki, le révérend Eero Huovinien le mois de mai dernier. Après avoir expliqué que Martin Luther ne voulais pas fonder une nouvelle Église mais qu’il souhaitait simplement la réformer, le révérend a raconté qu’en 2005 chrétiens luthériens et catholiques ont célébré les 850 ans de l’Église en Finlande, qui représente 84% de la population du pays. «Nous prions avec les frères et sœurs catholiques de pouvoir être un dans le Christ. Du fond du cœur, a conclu l’évêque luthérien, je voudrais anticiper le jour où luthériens et catholiques, ensemble, pourront s’unir sous forme visible». Gaetan N. Yawo
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Unité ? On s’en moque |