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N° 33 Janvier-Mars 2006
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«L’alcool tue lentement, mais sûrement» assuraient des graffiti sur le mur de la guesthouse de Kolwezi, dans la cité minière de la province du Katanga, en RDCongo. «Et qui dit que nous sommes pressés de mourir?», répliquaient des graffiti à côté.
«Donnez-moi une CDB», lançait-on dans les bars de Brazzaville de jadis, chez Faignond, à Beauté Brazza et autres grands et petits lieux de consommation de l’alcool. CDB, c’était la société concessionnaire d’une marque de vin réputée dans cette ville, mais que les congolais avaient vite convertie en «Café des Bakoukouyas» (les Bakoukouyas constituant un groupe fort connu pour sa propension à la boisson). De même au Gabon, la bière de la «Régab» (Régie Gabonaise des Boissons) s’appelle pour le commun des mortels «Regardez les Gabonais boire». A Libreville, le soir à la fin d’une rude journée de travail, que ne voit-on pas des gens se rendre à «la réunion des parents d’élèves», un mot de passe que se filent les consommateurs de boisson pour une randonnée autour du pot, où se discutent à tour de bras politique, économie, sport, sexe et autres faits de société.
Des capsules On raconte qu’au Cameroun, un homme a traîné une femme en justice pour une capsule de bière. Voici comment et pourquoi. Dans ce pays, les trois leaders de l’industrie brassicole, les Brasseries du Cameroun, l’Union Camerounaise des Brasseries et la Guinness Cameroon se livrent une concurrence acharnée à coups de bouchons des bouteilles gagnantes. De ce fait, cet homme avait offert à une dame rencontrée dans un bar une bouteille de bière donnant droit à une voiture. Verdict du tribunal: la bouteille offerte devait «entièrement» revenir à Madame. Depuis lors, à Douala comme à Yaoundé ou ailleurs au Cameroun, quand on offre un coup à boire, c’est juste la bière qu’on donne, mais jamais la capsule. D’ailleurs, à cette heure des «campagnes camerounaises de fidélisation des consommateurs». c’est à croire que la monnaie est remplacée par ces capsules: une course de taxi de 200 à 300 FCFA se paie en échange d’une capsule gagnante valant 500 FCFA. Idem dans des hôtels et boutiques. Bonjour le troc! Kinshasa: interdiction de boire dans les hôpitaux. Astuce: transvaser le contenu d’une bouteille de bière dans un thermos. Ainsi, celle-ci ne perd rien de sa fraîcheur. Dakar: les gens sont des modèles dans le respect de l’interdiction religieuse des boissons alcooliques. Astuce: des bouteilles entières sont emballées dans du papier journal «abandonné» à coté de verres en plastique. Ni vu, ni connu!
Tout est bon Même si les statistiques sont très discrètes, on sait que de partout sur notre continent la boisson forte et moins forte a toujours coulé à flot. Si dans la consommation du vin, aucun Africain ne se trouve parmi les dix plus grands consommateurs où trônent l’Italie, la France, l’Argentine etc., dans celle de la bière par contre, la liste africaine est assez remarquable, sous la houlette de l’Afrique du Sud (4mè mondial avec 76,1 litres par personne par an). Un peu loin sur le tableau on retrouve le Botswana (32), le Swaziland (19) etc. Dans bien de cas, la voie la plus économique et la plus rapide pour vite avoir sa tête dans son verre, sans passer par les statistiques, c’est sûrement de consommer local. Toute l’Afrique noire a ses habitudes et ses particularités en matière de consommation d’alcool. Palmier, maïs, canne à sucre, mil, banane, orange, raphia, tout est bon pour fabriquer du vin. Il peut s’appeler malamba, musungu, mangrokom (Gabon); molenge, nsese, libondo, tsibuku, lotoko (Congo); kaï- kaï (Nigeria, Ghana); «tue-moi lentement» (chez les San, disséminés en Afrique du Sud, Botswana, Namibie, Angola et Zambie), l’important n’est pas dans l’appellation locale de la boisson, mais dans son degré d’alcool.
Des rites D’ailleurs, ci et là, pour mieux corser le breuvage, certains fabricants y font macérer différentes écorces et/ou racines de plantes pour, dit-on, mieux stimuler le courage et la force. Avec les dégâts collatéraux habituels. A Madagascar, les violences conjugales nées d’abus d’alcool chez l’homme sont un véritable fléau social qui poussent des associations à faire l’état de lieu et à chercher des solutions allant jusqu’à chercher contact avec les maris saoulards et cogneurs. Les Zambiennes, pour leur part, n’y vont pas avec le dos de la cuillère. Elles battent leurs maris et les chassent de la maison. Mais ses réactions inquiètent les autorités car elles «accroissent les risques de propagations du Sida et la délinquance des enfants». Il y a des rites aussi, qui entourent parfois les séances de beuverie. Au Gabon par exemple, le premier «motorola» (la mesure du breuvage local, un pot de mayonnaise qui remplace le verre), c’est pour rincer les yeux, le second, pour attendre les participants à la «réunion des parents d’élèves» et le reste pour animer ladite réunion. Dans les deux Congo, quand le verre est plein on le vide et quand il est vide, on le plaint. Ou cette autre manière de boire qui consiste à lever ensemble le premier verre de la tournée en récitant: «luzingu lua muntu, kopo» (la valeur de l’homme, c’est le verre). Que dire alors de ces coktails à très forte sensation qui mélangent dans un même verre plusieurs sortes de boissons, parfois tant artisanales qu’industrielles. Jusqu’au risque d’empoisonnement. En mai dernier, une cinquantaine de Kenyans du village de Chumui ont succombé et huit autres rendus aveugles pour avoir pris un breuvage local frelaté contenant du méthanol, un composant chimique, utilisé dans la fabrication d’antigels et de solvants.
Les sachets Depuis peu, il est une nouvelle forme d’alcoolisme qui est entré dans les mœurs: les alco-sachets. Les liqueurs, portant parfois le label de renom international ou même la boisson artisanale, sont emballés dans de petits sachets en plastique de 10 à 50 millilitres. La misère grandissante, le coût bas de ces alco-sachets poussent les gens à s’y investir. On les introduit jusque dans les écoles. Pour faire face au fléau de l’alcool qui ne cesse de prendre de l’ampleur, des séminaires, ateliers, conférences tenus régulièrement dans les quatre coins du continent, n’ont cessé de produire des tonnes de recommandations, sans que cela n’aie d’effets sensibles dans la société. Un remède édifiant a été envisagé récemment au Ghana, deuxième producteur mondial et africain de cacao. Le ministre de l’Éducation a exhorté ses compatriotes à moins consommer la bière au profit du chocolat au lait: une tasse de chocolat sera distribuée gratuitement chaque jour à tous les élèves du primaire!Tchin-tchin!
Patrisck-R. Monzemu Moleli |
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Tue-moi lentement |