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N° 33 Janvier-Mars 2006
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L’abbé Liévin Kambu Yoba, actuellement curé de la paroisse de la Résurrection (Kinshasa), a été comme prêtre Fidei donum au Cameroun de 1995 à 1999. Il prépare un livret dans lequel il partage son expérience missionnaire.
Vous avez été l’un des premiers à partir «en mission»? Oui, jamais l’Archidiocèse de Kinshasa n’avait envoyé ses prêtres à l’étranger pour y travailler comme missionnaires. Monseigneur Victor Tonye Bakot, alors évêque d’Edéa, au Cameroun, (un diocèse créé en 1993), avait demandé au cardinal de Kinshasa du personnel pour suppléer, tant soit peu, au manque de prêtres dans un diocèse qui était en train de se construire. Parmi tous les volontaires qui se sont exprimés, ne furent retenus que deux noms: celui de l’abbé Marie Patrick Monga et le mien.
Vous avez naturellement commencé par l’apprentissage de la langue? Bien sûr! J’ai été affecté d’abord comme vicaire à la paroisse Marie Mère de Dieu de Ngompem. Dès les premiers instants j’ai fait le constat de tout missionnaire: la langue est le facteur majeur pour réaliser l’intégration dans un milieu étranger. Pour la petite histoire: le soir même de mon arrivée, le curé de la paroisse me dit: «Mon cher confrère, je te confie la paroisse. Moi demain je prends mon congé d’un mois»! Or le jour suivant était un dimanche. Comment pourrais-je dire la messe dans la langue locale? Aidé par un jeune de la paroisse, je me suis mis, toute la soirée, à consulter le missel «bassa» et à tenter de lire, quoique maladroitement, les parties de la messe. Pour forcer la sympathie des fidèles au cours de cette première messe, j’ai mémorisé toute la nuit le proverbe: «Pom wo, i nkan be jomb», une seule main ne peut faire un paquet. Les fidèles comprirent tout de suite que je sollicitais leur collaboration!
Toujours resté dans la même paroisse? Non, en mars 1997 j’ai été nommé curé de la jeune paroisse Sainte Agnès, à Ngambè, où les gens étaient un peu méfiants de l’étranger. En fait, quand un étranger se présente, les natifs commencent toujours d’abord par l’observer, pour saisir sa personnalité: son être, son agir, ses réactions. Dès que tout ceci se dévoile au grand jour et rencontre une appréciation positive auprès des gens, facilement ces derniers témoignent leur sympathie et vous parlent de ce qui les concerne; bref, ils vous aiment et vous adoptent. La cohabitation n’est donc possible que là où les gens s’estiment mutuellement.
Votre travail? Je me suis intéressé, en particulier, aux jeunes et à leur formation. A eux et aux adultes il fallait apporter à tous, un message évangélique lumineux, accompagné d’une action caritative réaliste, car le chrétien n’est pas appelé à entendre la Parole de Dieu seulement avec piété (ou applaudissements!), mais plus encore à l’assimiler et à faire surgir en lui un désir d’une sincère adhésion volontaire aux vérités que le Seigneur révèle, et au programme de vie qu’il propose. Chaque dimanche j’allais célébrer la messe à la prison, avec une petite chorale de jeunes. On y apportait aussi de l’aide (des médicaments, savons, livres de prière…), que je ne pouvais donner aux détenus sans l’aval des autorités de la prison.
Un souvenir particulier? A Ngambè il y a plusieurs confessions religieuses et sectes. Le pasteur de l'E.M.E.C. (Eglise messianique et évangélique du Cameroun) a lancé un jour une prophétie me concernant, disant que le curé de la paroisse catholique de Ngambè mourra dans la nuit de samedi 07 au dimanche 08 mars 1997. Eh bien, le jour indiqué j’étais plus sain que jamais et contrairement à ses prévisions, la communauté catholique n’entra pas en deuil! Ae |
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Une seule main ne peut faire le paquet |