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N° 33 Janvier-Mars 2006
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Que t’ai-je fait, ô mon peuple, en quoi t’ai-je fatigué? Réponds-moi. (Mi.6,3.6-8) Complainte des plus célèbres de la Bible: Dieu entre en procès…de dettes contre son peuple. Qui doit quoi à qui, pourquoi, comment, quand et où? Eh bien, choqué de voir son Seigneur pleurer de l’incompréhension obtuse de sa famille humaine, l’homme dont l’amour inconstant ressemble à la rosée du matin et à la brume évanescente (cfr Os.6,4; 13,3; Sag.2,4-5) se tourmente pour savoir comment payer ses dettes envers Dieu: «Avec quoi me présenterai-je devant Yahvé? Avec quoi irai-je me prosterner devant le Dieu Très-Haut? Faudra-t-il que je vienne avec des holocaustes, avec des veaux d’un an? Prendra-t-il plaisir à des milliers de béliers, veut-il que je lui offre des torrents d’huile? Faudra-t-il que je lui offre mon fils aîné pour payer mon péché, donner celui qui est né de moi pour expier ma propre faute?» Et Dieu, surpris de tant de mauvaise foi, met l’homme en face de sa propre conscience: «On t’a fait savoir, homme, ce qui est bien, ce que Yahvé attend de toi; rien d’autre que ceci: accomplir la justice, aimer la bonté et marcher humblement devant Dieu». Holà! L’homme n’est donc jamais quitte de ses dettes de justice, d’une double justice en somme: Justice à l’égard de l’Éternel dont la paternité doit être reconnue et toujours magnifiée, si non, l’on devient des émules de l’enfant prodigue qui inconsidérément détruit ses liens de filiation et, refusant le regard du père sur lui, se fait parricide dans son coeur! Justice encore envers ce même Dieu dont le visage humain au quotidien se manifeste autour de nous par la patrie à aimer et la communauté à bâtir avec harmonie afin de supprimer sur cette terre des hommes, fils égaux aux yeux du Père Créateur, les «sous-hommes» créés par nos injustices et nos égoïsmes: les pauvres, les démunis, les sans-logis, les éternels locataires, les sans-emploi, les «shégués», ces enfants de la rue habitant depuis près de vingt années, entre autres, dans nos cimetières et y fondant famille… Dettes structurelles d’une société en dérive spirituelle.
Fina et Max, deux jeunes tourtereaux, sortent cet après-midi-là de leur collation de licenciés en droit, mais leur joie tout intellectuelle est assombrie par leur incapacité à résoudre le problème de la dot exigée après moult palabres entre les deux familles: 1500 dollars! Ils ont caracolé depuis 2500 dollars, parce que «les parents de Fina ont souffert à faire étudier leur fille», argue l’important personnage ventru, le «Nzonzi», l’avocat circonstanciel traditionnel. La fin d’un rêve pour Max… qui à 30 ans vit encore aux crochets des parents, tous deux fonctionnaires mille fois endettés «à la banque Lambert» (150 dollars de rendu pour 100 empruntés…) pour soutenir la carrière universitaire de leur fils. Cela ne ressemble en rien du tout à cette «dette de l’amour» que recommandent les Ecritures (Rom. 13,8), mais plutôt à un commerce illicite et, n’hésitons pas, immoral. Abritées derrière la crise économique des gagne-petit, - elle-même nourrie indéfiniment par les dettes apocalyptiques qui ont fait de nos pays des débiteurs éternels - bien des familles en sont là aujourd’hui, à vendre leur fille, sans aucun état d’âme, nageant dans les eaux troubles de la plus totale inconscience.
Désespérés, les deux amoureux ont décidé de «faire un coup d’Etat» à leurs deux familles: Fina est tombée enceinte! Les familles foudroyées sont mises devant le fait accompli; la dot est d’office renvoyée «sine die»… après la naissance du bébé; Fina est conduite de nuit auprès de… son «mari» dans la demeure de ses parents qui supplient le Ciel pour que Max trouve assez vite du travail, sans trop d’illusions: les cabinets d’avocats sont bondés comme des œufs! Cercle vicieux des dettes sociales et morales, enchaînement spirituel à l’envers dans le déchaînement du Mal, parce que les cœurs ne sont pas encore acquis, loin s’en faut, à l’Amour plus fort que tout l’or du monde!
La justice est une dette… |
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La justice est une dette |