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N° 33 Janvier-Mars 2006
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Obtenir le droit de vote, être reconnues comme citoyennes à part entière, pouvoir participer activement à la vie de la nation et influer sur les lois qui gouvernent leur condition, a toujours été pour les femmes le résultat d’un long combat.
Quand est-ce que les femmes ont vu reconnu leur droit de voter? Le vote aux femmes comptait parmi les principales revendications du Conseil international des femmes, première organisation féministe à l’échelle mondiale, créée en 1888. Et puis par toute une série de mouvements en Europe, Amérique du Nord, Japon etc
Un combat inachevé Les Néo-Zélandaises ont acquis les premières, en 1893, le droit de vote (précédées par les femmes de l’Etat du Wyoming, USA, en 1869). Les pays scandinaves ont été à la pointe du progrès démocratique: dès 1907, un an après avoir obtenu non seulement le droit de vote mais aussi le droit d’être élues, dix-neuf femmes font leur entrée au Parlement finlandais. C’est en 1909 que les Danoises peuvent voter: à condition d’avoir plus de 25 ans et d’avoir payé l’impôt. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, les femmes d’Allemagne, Tchécoslovaquie, Suède, Autriche, Pays-Bas, Luxembourg, USA et Hongrie peuvent finalement glisser un bulletin dans l’urne. Le 15 juillet 1919, le pape Benoît XV se prononce en faveur du droit de vote des femmes (à Rome, sous le pape Innocent IX - 1591- , hommes et femmes de plus de 14 ans eurent le droit de vote!) Les Britanniques en 1928. Les Françaises attendront 1944. Et pourtant, le 28 octobre 1791 Marie-Olympe de Gouges avait présenté à la Convention la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne et déclaré non sans humour: "La femme a le droit de monter sur l'échafaud; elle doit avoir également celui de monter à la Tribune". Elle mourut sur l’échafaud 3 novembre 1793, exécutée par des gens qui se présentaient comme les défenseurs des toutes les libertés et des tous les droits! Les Italiennes obtiendront le droit de vote en 1945, les Belges en 1948 et les Suissesses en 1971… Encore aujourd’hui, certains pays refusent d’accorder le droit de vote aux femmes. Dans les six monarchies du Golfe, l’Oman a accordé le droit de vote aux femmes en 1997, le Qatar et le Koweït en 1999, le Bahreïn en 2001. En Arabie Saoudite, le pays de Ben Laden, on a promis une participation des femmes au prochain scrutin, en 2009!
Les premières Dans beaucoup de pays, au moment où elles obtenaient le droit de vote, les femmes ont acquis aussi celui de se présenter aux élections (cf. Ae n° 26). Cependant, les femmes élues à la tête de leur pays ne sont pas nombreuses: Margaret Thatcher, la Dame de Fer, le Premier ministre du Royaume Uni à avoir tenu le plus longtemps les rênes du pouvoir (1979-1990). Angela Merkel, première ‘chancelière’ d’Allemagne, (novembre 2005). En Afrique: sollicitée par les chefs des factions et la CEDEAO, Ruth Perry fut nommée président du Conseil d'État au Libéria. C’était la première femme chef d'État en Afrique (1966-1967). Son mandat se limitait au désarmement des belligérants, au rapatriement et à la réinsertion des réfugiés et des personnes déplacées ainsi qu'à la tenue d'élections transparentes. Elizabeth Domitien, Premier ministre en RCA (1975-1976) et Madior Boye, Premier ministre au Sénégal (2001-2003); Ellen Johnson-Sirleaf, Président du Libéria (novembre 2005). Les plus célèbres n’ont accédé aux plus hautes fonctions politiques que par… héritage. Indira Gandhi, fille de Nehru, assassiné: deux fois Premier ministre, elle s'octroya des pouvoirs dictatoriaux et procéda à une réduction massive des libertés civiles et à un musellement de l'opposition politique comme n’importe quel dictateur mâle! Kumaratunga Chandrika Bandaranaike, promue Premier ministre de Ceylan en 1960 après que son mari eut été assassiné. Isabel Perón, Argentine, succéda à son époux Juan; aux Philippines, Cory Aquino, chef de l'opposition dont le mari sénateur avait été assassiné, remporta les élections en 1986. Benazhir Bhutto au Pakistan: fille d’Ali Butto, Premier ministre déposé et pendu par les militaires, elle deviendra à son tour Premier ministre et première femme à la tête d’un pays musulman, et sera elle aussi déposée en 1990 par les militaires.
A condition Les raisons, presque partout, sont les mêmes: les hommes qui tiennent les rênes du pouvoir cultivent ostensiblement l'image peu valorisante de la femme égarée dans les domaines du politique. Persuadés qu'il faut les protéger et guider, ils croient que pour les femmes la politique est une distraction trop grande et contraire à leurs devoirs familiaux. Cela s'explique par plusieurs facteurs, toujours présents dans la culture d’un pays ou d’un peuple. Dans la France du XIX siècle, le droit de vote n’était réservé qu’aux hommes propriétaires. On considérait que les femmes, les domestiques et les pauvres, du fait de leur dépendance économique, n’étaient pas en situation d’exercer un choix. Au Portugal, jusqu’en 1931 le droit de vote n’était accordé qu’aux femmes diplômées de l’enseignement supérieur, alors que les hommes eux devaient uniquement savoir lire et écrire! Dans pas mal de pays c’est l’illettrisme des femmes le premier obstacle à leur promotion ‘politique’. Dans la province de l’Équateur (R. D. Congo), plus de 85% des femmes sont analphabètes: comment exprimeront-elles leur choix politique? L’expérience montre que les femmes sont en condition d’être des actrices à part entière de la vie politique tant locale que nationale. Face à des problèmes de grande ampleur, les femmes peuvent contribuer à créer un pays meilleur tant pour elles-mêmes que pour leurs familles. A condition qu’elles acceptent de faire le premier pas; celui d’aller voter. Mary Okoya |
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Femmes, allez voter ! |