N° 33  Janvier-Mars 2006

 

En Chine, le nombre des chrétiens augmente. Et aussi celui des vocations. Malgré la propagande athée et le manque de liberté religieuse, nombreux sont les jeunes qui regardent le christianisme avec curiosité. Et certains prennent la décision de devenir catholiques.  Une recherche conduite par l'Académie des Sciences Sociales de Beijing révèle que plus de 60% d'étudiants de Beijing et de Shanghai s’intéressent au christianisme.

Le récit suivant est significatif, car il raconte la conversion d'un militant du parti communiste, étudiant universitaire. Le parti communiste chinois traverse actuellement une crise d'identité et ils sont de plus en plus nombreux ceux qui ne croient plus aux idéaux maoïstes et communistes. Mais ce qui n'est pas souvent souligné suffisamment, c'est que beaucoup de membres du parti s’intéressent – en cachette – à la religion et à la foi chrétienne. Il n’est pas rare que même de hauts fonctionnaires passent leurs week-ends en rendant visite à leur directeur spirituel, en méditation dans un monastère bouddhiste, participant à une célébration dans une église ou un temple.

(N.B. Pour des raisons de sécurité, les noms des personnes et des lieux ne sont pas indiqués d’une manière détaillée).

 

Je m’appelle Bao et je suis un prêtre de la Chine du nord. Avant le baptême, que j’ai reçu il y a 11 ans, j'étais un athée, et un activiste au sein du parti communiste chinois. À l'université, j'étais le leader des jeunes communistes de ma faculté. Dans ma tête j'avais beaucoup d’idées et de projets pour l'avenir, mais tout cela n’avait rien à voir avec Dieu qui, pour moi, n'existait même pas. Quant à ma famille, seulement ma grand-mère était protestante. Dans mon enfance je l'ai entendue une fois parler de Jésus, qu’elle disait être le fils de Dieu. Mais je ne m’intéressais à aucune religion. L'éducation athée est obligatoire en Chine, de l'école primaire jusqu’à l'université. Ma tête était pleine de théories athées et je pensais que la croyance en Dieu est une chose enfantine, même un peu stupide. Pendant ma quatrième année d'université, j'ai adhéré au parti. Les gens font cela un peu pour conviction, mais principalement dans l’espoir de trouver des "amis" qui pourront un jour les aider à trouver un travail et à leur donner un coup de main quand ils auront des ennuis. Ma vie au sein de la cellule communiste n'était ni bonne ni mauvaise. Nous étions de bons étudiants, appliqués et très actifs dans l’organisation de toute sorte d'activités. Mais j'ai été frappé par le fait que, dans le parti, toutes ces choses, bien que bonnes, n’étaient pas faites pour le bien des autres, mais dans l’espoir d’avancer dans la carrière. Il y avait des mensonges: c'était la caractéristique principale. Tout le monde en était bien conscient, chacun savait que c’était de l’hypocrisie, mais on n’y renonçait pas.

 

Un paquet

Par exemple: à chaque réunion de cellule il y avait un moment prévu pour des confessions et l'autocritique (le nom exact du processus était "critique les autres et critique toi-même"). En fait, il n'y a aucune autocritique et personne ne critique personne. La communication est plutôt formelle et elle peut ouvrir la porte à la flatterie ou à l’adulation. Par exemple, on peut s’adresser au doyen en lui disant: «Doyen, je dois critiquer des choses que vous n'avez pas bien faites. Vous avez travaillé trop pour nous. Oui, le travail est important, mais votre santé aussi. Vous devez vous préoccuper davantage de votre santé, de sorte que vous puissiez rendre un service encore plus grand à la communauté... " Lorsque j’entendais cela, une voix dans mon cœur me disait: «C’est du mensonge!».

Mais moi aussi je devais faire comme ça. Après un certain temps, je suis tombé malade. J'avais souvent des cauchemars qui ne me permettaient pas de bien reposer. Une nuit j’ai rêvé que j'avais un paquet. Je l'ai ouvert, il y avait un livre. C'était une Bible, brillante et lumineuse. Je me suis réveillé et je me suis rappelé que ma grand-mère c’était la seule personne qui m’avait parlé de la Bible. Je me suis rappelé qu’elle disait que Jésus est tout-puissant. Alors je me suis dit: «Si Jésus est tout-puissant, peut-être qu’il peut me guérir!»

 

Des craintes et des miracles

Par après, j’ai cherché une église dans le secteur: j’ai trouvé une église protestante. Mais puisque pour un communiste il est interdit de croire à la religion, j’ai commencé à aller voir les protestants secrètement. Dès que j'ai reçu le diplôme, grâce au support du parti, j'ai rapidement trouvé un bon travail dans une grande ville. Avant de le commencer, la compagnie m'a permis de prendre un mois de congé, pour rendre visite à ma famille qui vit dans une autre région. Vers la fin de mon mois de vacances, un ami - qui était catholique, je l’ai découvert plus tard - m'a donné dix cassettes avec des sermons enregistrés d'un prêtre chinois. Après les avoir écoutées, une bataille s’est déchaînée dans mon cœur: j'ai pensé que peut-être Dieu existe vraiment; que la religion catholique est peut-être la vraie...

Mais en même temps, toutes les théories sur l'athéisme étudié à l'école et à l'université sont revenues à l'esprit. Une détresse accablante m’envahit. Après tout, j’ai craignais aussi qu’en acceptant la foi catholique, j'e risquais de perdre mon travail.

 

Quelque chose d’important

Je ne savais pas quoi faire. C'était le jour où je devais retourner en ville pour commencer mon travail. J'avais déjà mon billet d'autobus. Pour la première fois dans ma vie, je me suis tourné vers la Vierge Marie: "Sainte Marie - j’ai lui ai dit - si vous existez vraiment, si la foi catholique est la vraie, si vous voulez que je devienne catholique, donnez-moi un signe: demain, pendant mon voyage, faites que quelque chose arrive, un accident, peut-être, d’où je sortirai vivant. Alors je croirai."

Aujourd’hui je me rends bien compte que j'ai été insensé jusqu’à défier le ciel, le mettant à l'épreuve. Mais, à ce moment-là, c'était la seule prière qui m’était venue à l’esprit. Le jour suivant un accident est vraiment arrivé: un pneu antérieur de l'autobus a crevé. L’autobus, qui roulait à une grande vitesse, est sorti de la route et s’est renversé. Il n’y a pas eu de morts, mais nous avons dû lutter pour sortir de l'épave. J'ai été secoué, mais n'ai pas trop pensé à ce signe. Après des heures d'attente, la compagnie d'autobus nous a envoyé un autre autobus et nous avons continué notre voyage.

Mais l'accident nous avait fait perdre beaucoup de temps. Quand nous sommes arrivés à la gare des trains- mon voyage devait continuer sur rail - il était très tard et il n’y avait plus de tickets disponibles. Il y avait une longue queue devant le guichet et on disait que les billets qu’on vendait étaient pour un train prévu trois jours plus tard. J’étais épuisé et affligé: je serais arrivé à mon premier travail en retard.

J'ai pensé encore de prier la Vierge: "Aidez-moi à obtenir un billet de train. Si vous m'aidez cette fois, je jure que je vous suivrai!" La queue était longue, j’ai perdu tout espoir. Soudain, un monsieur est arrivé, en criant: "Ce billet est pour la ville de..... C’est pour le train d’aujourd'hui. Qui veut l'acheter?"

C'était ma destination. Je l'ai achetée immédiatement. L'homme a expliqué que l’ami pour lequel il avait acheté le billet, venait tout juste de lui téléphoner pour dire qu'il ne pouvait pas arriver à temps. C’est pour cela qu’il essayait de le vendre au premier venu.

C'était un petit signe, mais c'était le commencement, le premier pas de ma conversion.

 

Bao Yuanjin/Asia News

 

 

Le premier pas