N° 34  Avril - Juin 2006

«Il y avait une fois un petit garçon qui avait un tempérament explosif. Un jour, papa lui donna un sac plein de clous et une planche en bois.

- Plante un clou dans la planche chaque fois que tu perds la patience avec quelqu’un - lui dit-il.

Le premier jour, l’enfant planta dans la planche 37 clous. Le jour suivant 25. Au fur et à mesure qu’il arrivait à contrôler son irascibilité, le nombre de clous plantés diminuait.

Il découvrit que le fait de contrôler sa colère lui donnait moins de travail et que cela était moins fatiguant que d’aller planter chaque fois les clous dans la planche.

Il parla avec papa de son succès. Et il lui confessa qu’il se sentait meilleur et qu’il n’explosait plus avec les autres comme avant. Papa lui suggéra alors d’extraire tous les clous de la planche et de boucher les trous. Le petit garçon arrangea la planche et la rendit à papa.

Papa lui dit: -Tu as bien fait, mon enfant. Mais saches que la planche ne sera plus comme avant. Quand tu te laisses emporter, tes paroles laissent des traces. 

Si tu blesses quelqu’un avec un couteau, peu importe le nombre de fois que tu demanderas pardon, la cicatrice sera toujours là. Une agression verbale est aussi violente qu’une agression physique».

 

Une petite histoire édifiante, qui nous renvoie au thème que le pape Benoît XVI présente dans sa première lettre encyclique (janvier 2006): le nouveau siècle a hérité du précédent beaucoup de problèmes et il est en train d’en ajouter d’autres. Tous réclament une solution qui, d’une manière ou d’une autre, porte le même nom, amour. Mais chaque individu pourrait chanter avec Koffi Olomidé (ko ko ko) "Je suis licencié au Campus, à l’interrogation de l’amour j’ai échoué"!

Nous vivons dans un monde, dit le pape, où l’on "parle beaucoup d’amour. Le terme amour est devenu un des mots les plus utilisés et aussi un des plus avilis et auquel on donne des significations totalement différentes. On parle d'amour de la patrie, d'amour pour son métier, d'amour entre amis, d'amour du travail, d'amour entre parents et enfants, entre frères et entre proches, d'amour pour le prochain et d'amour pour Dieu".

Et pourtant les appels à planter des clous, à imposer sa propre loi avec la force, semblent se multiplier. "On arrive à associer au nom de Dieu - écrit le pape - la vengeance et même le devoir de la haine et de la violence. Et à rabaisser l’amour au ‘sexe’. Il devient alors une marchandise, une simple chose que l'on peut acheter et vendre. Plus encore, l'homme devient une marchandise".

Le pape invite les chrétiens à ne pas se résigner à un monde sans amour: "L’amour est possible, et nous sommes en mesure de le mettre en pratique parce que nous sommes créés à l’image de Dieu". L’amour est inséparable du respect des droits humains et de la justice. Le pape cite saint Augustin "Un État qui ne serait pas dirigé selon la justice se réduirait à une grande bande de vauriens".

Aux Évêques de la RDCongo en visite à Rome (janvier-février 2006), le pape a adressé la même réflexion: "Vos rapports quinquennaux décrivent les conditions difficiles dans lesquelles vous exercez votre ministère. Les conflits passés et les foyers d’insécurité qui perdurent laissent de profondes blessures dans la population, provoquant lassitude et découragement. Soyez de courageux défenseurs de la dignité de tout être humain et des témoins audacieux de l’amour du Christ, pour bâtir une société toujours plus juste et plus fraternelle".

Ae

Sans planter des clous

Éditorial