N° 35 Juillet - Septembre 2006

À la fin d’un congrès, fort médiatisé à la télé, d’un parti politique à Kinshasa, un spectateur s’exclama presque indigné: «Ces gens-là avec leur parti politique ne changeront jamais! Leur réunion c’est de la foutaise. Avec les élections qui s’approchent, ils tiennent seulement à faire bonne figure devant le peuple. Ce sont des menteurs et des voleurs. On ne peut pas leur faire confiance. Moi et les partis politiques?

Plus jamais; désormais je suis indépendant».

 

Un collègue , chômeur chronique et militant jusqu’au bout dans un parti d’opposition, rétorqua: «Mon cher, si on aime la démocratie, bien qu’on ne partage pas les mêmes programmes, on doit accepter les autres partis!»

 

Rôle positif

Objet de dure contestation ou souffrant d’indifférence de la part de nombre de citoyens, les partis politiques ne demeurent pas moins une réalité aujourd’hui incontournable. Depuis 1990, l’Afrique a dit NON – théoriquement au moins - au parti unique, parti État érigé en système de gouvernement quelques années seulement après les indépendances, souvent en complicité avec les anciens pays colonisateurs. Un système cynique et dictatorial dont les caractéristiques fondamentales étaient la pensée unique, la mainmise d’un seul individu et son groupe sur tous les rouages de l’État (finances, administration, armée, police, médias, sociétés et entreprises, éducation), et qui a causé beaucoup de malheurs à l’Afrique.

Les partis politiques ont  un rôle éminemment politique vis-à-vis de la nation dans son ensemble tout comme à l’égard de leurs propres membres ou militants.

Acteurs clef dans l’espace public, ils ont pour vocation de gouverner pour mettre en œuvre directement leur projet global de société.

Ils concourent à l’expression des suffrages, contribuent à l’éducation civique des citoyens (connaître par exemple leurs droits et devoirs) les rendant ainsi capables de participer de manière responsable et efficace à la vie de la nation.

 

Feuille de route

On peut retenir comme «feuille de route» de la mission des partis politiques, ce qui suit: construire et consolider la démocratie pluraliste, piloter de manière efficiente le développement en donnant des réponses concrètes aux préoccupations essentielles des citoyens dans les domaine si importants comme la santé, l’emploi et le salaire correspondant, l’habitat, l’éducation, la paix et la sécurité, la justice.

Gestionnaires effectifs du pouvoir d’État obtenu par des élections libres et transparentes ou acteurs responsables dans l’opposition, les partis politiques devraient jouer aussi le rôle de prévenir et résoudre pacifiquement les conflits, remédier à la crise chronique de gouvernance qui aggrave le sous-développement, lutter contre la corruption, etc. Tout cela devrait aider à asseoir l’État de droit, le respect des droits de l’Homme et des peuples.

 

Des champignons

Certes, les partis politiques ne sont pas les seuls acteurs concernés dans la vie des nations; ils en existent bien d’autres tels les acteurs de la société civile, les médias, les organisations non gouvernementales, les groupements d’intérêt économique et culturel. Il est donc nécessaire de développer des synergies d’actions en vue d’atteindre le bien commun.

Si l’on se réjouit que le multipartisme tend aujourd’hui à s’affirmer, l’inflation de partis politiques poussant dans certains pays comme des champignons constitue «un affaiblissement des partis, de leur rôle, et constitue une dérive dangereuse pour la démocratie», a affirmé l’Assemblée parlementaire de la Francophonie, Québec, en juillet 2001. Si certains partis ont une véritable base électorale et une légitimité auprès de l'opinion, d'autres se résument cependant à un individu ou à un groupe familial. L’abondance de partis politiques n’est pas nécessairement signe de bonne santé démocratique, au contraire! Il semblerait que, par exemple en Allemagne, la multiplicité des partis et des groupuscules avait pour une bonne part contribué à l'accession d'Hitler au pouvoir et à la disparition de la démocratie.

En Afrique la situation varie d’un pays à un autre dans la floraison des partis. Entre les partis politiques sérieux et implantés avec un projet de société et des membres consistants et d’autres partis plutôt alimentaires et de façade, on peut avoir grosso modo le panorama suivant:

¨ autour de 40 (Mauritanie, Angola, Burkina-Faso, Côte d’Ivoire, Sénégal);

¨ entre 60 et 70 (Togo, Bénin, Mali, Tchad);

¨ autour de 100 (Madagascar, Cameroun);

¨ avoisinant 150 (Gabon);

¨ plus de 200 (RD Congo: 270).

 

Projet de société

Ce bref échantillon donne tout de même une idée de la tendance généralisée en Afrique de multiplications des partis politiques en contraste avec les vieilles et solides démocraties. Ainsi, toute l’Union Européenne ne dispose que de 183 partis pour 25 nations, le Canada en a 11, aux États-Unis, pratiquement 2. L’Inde, la plus grande démocratie au monde, avec plus d’un milliard de citoyens, n’en aurait que 25.

S’il est vrai que les partis politiques se distinguent entre eux surtout par leur projet de société, il est difficile de croire que dans un même pays, fût-il vaste comme un continent, on compte des centaines de projets de société différents.

En RDC qui bat le record de trop plein de partis politiques, les évêques, tout en souhaitant qu’on ne multiplie pas «à l’infini les partis politiques», affirment: «Nous avons constaté que de nombreux partis politiques sans idéologie, ne disposent ni de projet de société cohérent et convaincant, ni de programme gouvernemental» Comité permanent des Évêques de la RD Congo fév. 2005 et mars 2006).

Au Nigeria, un pays avec une population deux fois plus nombreuse que celle de la RD Congo, les partis ne sont qu’une trentaine.

 

La voie la plus courte

Cela pousse à dire qu’il existe bien d’autres mobiles à la base de l’abondance de partis politiques. Souvent en effet «le multipartisme» s’explique par l’aventurisme, le manque d’expérience démocratique, l’absence de culture démocratique favorisant plutôt la création de partis à forte connotation ethnique, tribale et/ou régionale, d’autant plus que «les leaders politiques sont souvent tentés d’accéder au pouvoir par cette voie qui est la plus courte, mais aussi la plus périlleuse», remarque El Hadj Ibrahima Bah, ancien ministre et parlementaire guinéen.

Concourent aussi à cet état de choses, le retournement de vestes, les trahisons, la corruption devenue seconde nature pour des formations politiques, le débauchage, la tentative de se donner une apparente «virginité» politique après des années d’abus et de crimes. Selon le baromètre mondial de la corruption 2004 de Transparency International, les partis politiques constituent l’institution la plus corrompue du monde, avant le parlement, la police et le système judiciaire. À analyser l’histoire de certains partis politiques, il apparaît qu’ils sont une pure création des pouvoirs en place dans le but de fragiliser les partis d’opposition ou de maintenir un semblant de démocratie dans un système, en réalité, boutiqué.

 

Un peu de limite!

Un «coup de balai démocratique» semble nécessaire dans cette galaxie de partis en Afrique, afin de faire retrouver aux organisations politiques leur vraie nature et vocation. Les Résolutions adoptées sur la prolifération des partis politiques en Afrique, l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (mentionnée plus haut), après avoir encouragé une vie politique apaisée, recommandent «aux Chefs de Gouvernement de prendre les mesures nécessaires en vue de développer l'éducation civique des citoyens sur le rôle des partis politiques, d'inciter au regroupement des formations politiques existantes autour d’un programme commun, d'inciter à la formation de partis politiques à vocation nationale.».

Elles demandent aussi qu’on assure la protection des minorités, l’application rigoureuse des lois relatives aux partis politiques, et des sanctions applicables en cas de non respect de leurs dispositions.

A. Mawulolo

 

 

Partis Politiques : une chance ?