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N° 35 Juillet - Septembre 2006 |
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Thomas More, 1478-1535. Père de famille, avocat, écrivain, diplomate, ministre, et finalement Lord Chancelier de Henri VIII, il démissionne pour ne pas soutenir le divorce du roi. Sa fermeté dans le témoignage de la vérité le conduira au martyre, à la suite d'un procès inique. Le pape Jean-Paul II l'a fait patron des hommes politiques, en l'an 2000. «Un homme tel que, depuis des siècles, le soleil n'en a pas vu de plus loyal, de plus franc, de plus dévoué, de plus sage», écrivait l’humaniste et contemporain Didier Érasme de Rotterdam.
Né à Londres , fils d'un avocat, Thomas reçut une excellente formation. Professeur à la fin de son cycle d'études juridiques, il entra dans le cercle des grands maîtres d'Oxford et se révéla aussi l'un des meilleurs traducteurs anglais pour les anciens auteurs grecs et latins. Il excellera dans le droit, les procès, les négociations commerciales, la diplomatie,les lettres. Se sentant appelé au mariage, à la vie familiale et à l'engagement laïc, il épousa en 1505 Jane Colt, dont il eut quatre enfants. Jane mourut en 1510 et Thomas épousa en secondes noces Alice Middleton, qui était veuve et avait une fille. Durant toute sa vie, il fut un mari et un père affectueux et fidèle, veillant avec soin à l'éducation religieuse, morale et intellectuelle de ses enfants et préférant sa famille aux faveurs royales. Dans sa maison, il accueillait ses gendres, ses belles-filles et ses petits-enfants, et sa porte était ouverte à beaucoup de jeunes amis à la recherche de la vérité ou de leur vocation. Il participait chaque jour à la messe dans l'église paroissiale. Érasme de Rotterdam disait que: «Thomas More semblait né pour l’amitié. Il aimait la plaisanterie jusqu’à la trouver bonne même contre lui. Il recevait souvent à sa table les paysans du voisinage et les accueillait avec gaieté et familiarité. Il avait loué à Chelsea une maison où il entretenait un certain nombre de vieillards infirmes."
La rupture Thomas More est appelé à de hautes fonctions politiques: chargé de missions diplomatiques, au Parlement, aux Finances, à la Justice, au Conseil du Roi. Il est le premier laïc et non-noble à être nommé "Lord Chancelier" par le roi Henri VIII. Les choses commencent à tourner mal le jour où le roi manifeste la volonté d’obtenir du Pape l’annulation de son précédent mariage avec Catherine d’Aragon. Obsédé par le souci de sa succession, il veut épouser Anne Boleyn, dont il espère l’héritier que sa première épouse semble incapable de lui donner. Au refus du Pape, Henri VIII réagit par la rupture avec Rome en 1533 et met tout en œuvre pour contrôler l'Église, en se faisant proclamer «seul chef suprême sur terre de l’Église d’Angleterre». Progressivement il arrive à obtenir du Parlement l’approbation de son deuxième mariage et de la séparation de l’Église de Rome. Thomas More ne peut pas accepter cette rupture. Son respect du droit, des libertés, de l'unité de l'Église autour du Pape, le conduit à refuser de s'incliner devant les exigences tyranniques du roi et de se rallier à l’Acte de Suprématie. Le souverain ne peut supporter que More refuse de prêter le serment accepté même par la quasi-totalité des Évêques et de le reconnaître, lui, roi d'Angleterre, comme chef suprême de l'Église Catholique. Il ne peut non plus avaler que le cardinal John Fisher, évêque de Rochester, s’autorise de refuser les décisions royales. Le 16 mai 1532 Tomas More démissionne de son poste de Chancelier. Il se retire de la vie publique, acceptant d’endurer avec sa famille la pauvreté et l'abandon de beaucoup de personnes qui, dans l'épreuve, se révèlent de faux amis. Constatant la fermeté inébranlable avec laquelle il refuse tout compromis avec sa conscience, le roi le fait emprisonner en 1534 dans la Tour de Londres, dans des conditions très dures : isolement, nourriture infecte, diverses formes de pression psychologique.
Pour le droit Thomas More ne se laisse pas impressionner et persiste dans son refus de prêter le serment qu'on lui demande. Il a très bien compris qu’on veut de lui l’acceptation d'un programme politique et ecclésiastique qui prépare le terrain à un despotisme sans contrôle. L’histoire lui donnera raison: le roi fera en 1536 décapiter sa deuxième femme Anne Boleyn, par un bourreau spécialement venu de France pour lui trancher le cou avec une épée; en 1542 il fera décapiter Catherine Howard, sa cinquième femme… Au cours du procès intenté contre lui, Thomas More prononce une apologie passionnée de ses convictions sur l'indissolubilité du mariage, le respect du patrimoine juridique inspiré par les valeurs chrétiennes, la liberté de l'Église face à l'État. More fait preuve jusqu'au bout de ses qualités de juriste, dans une remarquable défense des droits de la conscience, des droits de l'homme. Il récuse comme illégal l'Acte de Suprématie, et déclare qu'il est en vérité poursuivi pour sa non approbation du divorce et du remariage du souverain. On fera recours à la déposition d’un faux témoin pour donner au refus du prisonnier de se soumettre à l’autorité, l'apparence de ‘lèse majesté’ et pour justifier sa condamnation. «Quelque mauvaise que soit une cause, il y aura toujours bien un juge qui la trouvera bonne, soit par manie de contradiction, soit par amour de la nouveauté et du paradoxe, soit pour plaire au souverain», dit-il. Rappelant dans les Actes des Apôtres le martyre d'Etienne, Thomas More promet de prier au ciel pour ses juges. Henri VIII le condamne donc à être pendu et écartelé pour haute trahison. Mais il veut montrer à tous sa royale clémence: l’accusé sera ‘seulement’ décapité (6 juillet 1535). Sa tête est restée exposée pendant un mois sur le pont de Londres (London Bridge, le seul pont dont disposait la ville à l'époque). L’humour de Thomas More ne s'arrêtera qu'avec la décapitation. Selon un témoin, devant l’échafaud il aurait dit au bourreau: «Ayez l'obligeance de me donner la main pour monter, car pour descendre, je n’aurai pas besoin d’aide… Allons, courage, mon ami! Faites votre ouvrage!» L’évêque John Fisher, lui aussi enfermé dans la Tour de Londres, avait été décapité deux semaines avant, le 22 juin. Gaétan N. Yawo
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Un politicien pas comme les autres |