Zone de Texte: N° 35 Juillet - Septembre 2006

Zone de Texte: En février dernier, lors de la Coupe d’Afrique des Nations 2006, pendant plus d’une semaine le continent a vibré au rythme des compétitions de football opposant les meilleures équipes nationales de 16 pays. 
La Coupe du Monde 2006 (9 juin- 9 juillet) a aussi offert l’opportunité d’admirer 
les prestations de nombreux joueurs d’origine africaine engagés et devenus célèbres au sein des équipes d’autres continents.
 
En décembre 2004 Afrique Football avait répertorié 650 footballeurs africains dans les premières divisions d’Europe. On peut affirmer qu’actuellement il y a environ un millier de joueurs africains dans les clubs de première division à travers tout le vieux continent.
Les plus représentés en Ligue 1 en Europe: les Nigérians, avec 104 footballeurs. Suivis des Camerounais 84; Ivoiriens et Sénégalais 58; Ghanéens 52; Marocains 41; Sudafricains 37; Congolais RDC 27; Algériens, Maliens 23; Guinéens 20; Tunisiens 16; Egyptiens 12; Angolais 11; Sierra-Leonnais 10; Burkinabés 9; Cap-Verdiens, Togolais 7; Gabonais, Zimbabwéens 6; Congolais et Gambiens 4; Bissao-Guinéens, Burundais, Kenyans, Libériens, Mozambicains, Rwandais 3; Namibiens 2; Centrafricains, Comoriens, Malawites, Nigériens, Tchadiens etc. 1. Le pays qui accueille le plus de footballeurs africains est la France (avec 130 joueurs), suivis de la Belgique (80), de l’Angleterre (37), de la Turquie (35) et des Pays-Bas (31). Parmi les 11 clubs européens de Ligue 1 qui ont le plus d’Africains dans leur effectif, six sont français, trois belges, un russe et un turc. Les deux clubs européens avec le plus de ressortissants africains: Beveren en Belgique (avec une douzaine de joueurs, pour la plupart, des ivoiriens) et RC Lens, en France, avec une dizaine de joueurs d’origine africaine (4 sénégalais, 1 malien, 1 marocain…)
 
Habilité, sous, rêves
Pourquoi les européens courent-ils derrière les joueurs africains (et aussi sud-américains)? En football, l’Afrique a connu et connaît encore des joueurs de renom comme le malien Salif Keita, les camerounais Roger Milla ou Samuel Eto’o, le libérien Gèorges Weah, le ghanéen Osei Koffi… La liste est longue. D’ailleurs, bien avant eux, dans les années précédant les indépendances africaines, il y a eu des noms aussi célèbres que le marocain Ben Bareck, le mozambicain Eusebio, les congolais Kialunda, Trouet Mokuna, Erumba, Max Mayunga etc. Des joueurs très recherchés par les sélectionneurs européens. 
Pour ce qui concerne la RD Congo, on se rappellera que l’autorité politique de l’époque avait fait appel à ses footballeurs émigrés évoluant en Europe pour créer une équipe nationale, les Léopards, la première équipe noire africaine à participer à la Coupe du Monde, en Allemagne, en 1974.
Une présence qui a créé des émules sur tout le continent, surtout à travers l’organisation de compétitions régionales et continentales. À côté des compétitions africaines de vieille date (Coupe d’Afrique des Nations, Coupe des Clubs Champions), la Confédération Africaine de Football, la ‘CAF’, en a introduit d’autres (Coupes des Vainqueurs, Coupe de Ligue). L’impact a été grand. Le joueur africain est de plus en plus connu et recherché dans le monde, surtout que les médias s’y sont mêlés avantageusement. 
 
Des difficultés
C’est donc l’ère de l’exode massif des talents noirs vers le vieux continent. Un monde de grands sous et toujours en mouvement. Des enquêtes conduites sur la ‘valeur marchande’ des meilleurs joueurs ont donné les résultats suivants: en tête, le brésilien Ronaldinho avec 47 millions d'euros. Le camerounais Samuel Eto'o, acheté par le FC Barcelone au prix de 24 millions d’euros, a une valeur marchande estimée à 30 millions d’euros; Zinedine Zidane, 27 millions.
A la question: «Pourquoi les joueurs africains sont-ils aussi prisés par les clubs européens?» Gérard Dreyfus, journaliste sportif à RFI, a répondu: «Il y a une habileté de la part des joueurs africains qu’on ne retrouve pas nécessairement ailleurs. Parce que ce sont des footballeurs qui ont appris de manière instinctive, dans la rue et dès l’âge de deux, trois ans. Parce que le ballon est le prolongement d’eux-mêmes. En plus de cela, ils sont de plus en plus développés physiquement. Si autrefois on venait chercher en Afrique des attaquants, maintenant vous avez aussi des défenseurs extrêmement costauds qui feraient le bonheur de n’importe qu’elle équipe de première division». 
Les Européens préfèrent les joueurs africains, assez obéissants au départ et ne posant pas trop de problèmes de contrats, parce qu’ils arrivent souvent en Europe sans aucune prétention. Pour ainsi dire, on trouve généralement les joueurs africains qui débarquent très jeunes dans les clubs européens. 
On les fait circuler d’une équipe à une autre sans contrat précis. Et au cas où ils ne répondent pas aux attentes de leurs patrons, ils sont vite abandonnés et tombent dans la clandestinité. Les cauchemars commencent. Ils sont sans logement, sans papiers, sans argent et rejoignent les rangs des ‘chômeurs expatriés’. 
Autre paire de manches: les footballeurs africains subissent de formes diverses de racisme. Ils signent souvent des contrats bidon surtout si l’Europe sportive ne les a pas encore découverts. Parfois ils sont l’objet des insultes des supporters qui sifflent et lancent des injures à ces mêmes nègres que les dirigeants de leurs clubs recrutent pourtant à coup des millions d’euros. 
La nouvelle loi anti-discrimination de la FIFA prévoit finalement que «Celui qui, publiquement, rabaisse, discrimine ou dénigre une personne d’une façon qui porte atteinte à la dignité humaine en raison de sa race, couleur, langue, religion ou origine ethnique, ou qui a un comportement discriminatoire et/ou inhumain envers autrui sera suspendu d’au moins cinq matches à tous les niveaux. L’autorité prononcera également une interdiction de stade à son encontre et une amende d’au moins 16.000 dollars». 
Il existe une autre forme d’exclusion, dans le football européen: il s’agit de la limitation du nombre de joueurs de couleur au cours d’une compétition. Par exemple en Italie, on ne peut pas aligner plus de trois joueurs par match et le club ne peut acquérir plus de cinq joueurs non originaires de la communauté européenne. Pour contourner la difficulté, certains joueurs se marient avec des Européennes!
 
En Afrique d’abord
Tous les jeunes sud-américains et africains rêvent de jouer à l´étranger, pas de triompher à la maison d´abord. Les Argentins et Uruguayens rêvent de jouer en Espagne ou Italie, les Brésiliens au Portugal, en Espagne, France ou Italie. 
Les Africains, en France, Belgique ou Europe de l´Est, n´importe où ... à l´étranger. Près de 500 jeunes footballeurs sud-américains et africains, se lancent chaque année dans l´aventure transocéanique ou transcontinentale. Il y a  même des fédérations et organisations, de douteuse moralité, qui promènent au milieu de la jungle du football business, des tribus de jeunes futures étoiles en quête d´un contrat. 
L’Afrique ne doit pas continuer à exporter ses grands noms du football et laisser ses stades vides. Ne serait-il pas mieux de créer ou de consolider, là où elles existent déjà, des écoles viables de football dans le continent même, à l’instar de celles qui existent en Europe et dont raffolent nos vedettes en herbe? Certains clubs européens ont créé de liens de collaboration avec des clubs et des hommes d’affaires africains et investi des millions d’euros pour la formation d’athlètes (Ghana, Côte d’Ivoire, Afrique du Sud, Cameroun Mali, etc.). 
En Côte d'Ivoire on dénombrait fin 2002 près de 95 centres de football. C’est la route à parcourir. 
Les exploits des footballeurs africains, relayés par la télévision et la radio , sont un catalyseur chez les jeunes. Il faut donner aux aspirants footballeurs d’Afrique les moyens de s’épanouir le plus longtemps possible auprès de ses gens et dans les stades de leur continent. Le vrai sport en gagnera.
Gaston M. Kapella

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