N° 35 Juillet - Septembre 2006

Il existe aujourd’hui en Afrique une littérature faite par les femmes.

Elle est encore mal connue aussi bien en Afrique qu’en dehors du continent.

C’est entre les années 1960 et 1970 que cette littérature féminine africaine a

commencé à s’affermir.

 

Le premier texte connu écrit par une femme africaine noire remonte en 1958. Et il s’agit de l’ouvrage de la Camerounaise Marie-Claire Matiz intitulé Ndonga. De même le premier roman écrit par une femme africaine date de l’année 1966. C’est le roman écrit par la nigériane Flora Nwapa sous le titre de Efuru.

Mais c’est surtout à partir des années 70 que la littérature féminine africaine a commencé à être connue et appréciée par le public.

Certes au début les œuvres littéraires féminines furent accueillies avec indifférence: et l’appréciation était très limitée.

Car les premiers critiques des œuvres littéraires des femmes africaines étaient soit des occidentaux soit des écrivains hommes.

Toujours est-il que le nombre des femmes africaines qui produisent des œuvres littéraires est très limité, pour plusieurs raisons dont les principales sont :d’abord peu nombreuses sont les filles et les femmes qui accédaient à la formation supérieure ou universitaire ; et ensuite ce n’est pas une tâche facile pour une femme africaine noire de s’adonner aux œuvres littéraires.

En R.D.Congo, par exemple, les écrivains femmes sont rares tout au long de différentes étapes de la littérature congolaise d’expression française. Selon le Professeur Mbuyamba Kankolongo Alphonse, le démarrage dans le secteur de la poésie revient à la modeste, mais délicate voix de la poétesse Nele Mariam, une dame restée inconnue jusqu’ici, mais dont le recueil des poèmes et des chansons publié en 1935 a été retrouvé dans le Fonds Robert Val Bel du Centre de Documentation de la Bibliothèque royale de Bruxelles, en Belgique.

Une autre poétesse congolaise bien connue dans le domaine de productions littéraires est sans aucun doute Clémentine Nzuji Madiya, qui est linguiste, ethnologue et romancière. A côté de celle-ci, on peut mentionner Mweya Tol’Ande, alias Betty, qui est aussi poétesse, romancière et nouvelliste.

 

Pourquoi les femmes africaines écrivent-elles?

Cette pertinente question mérite d’être posée pour connaître l’objectif majeur poursuivi par les écrivains femmes d’Afrique dans leurs écrits. Quels sont les principaux thèmes qu’elles abordent ?

Selon certains critiques littéraires des œuvres des femmes africaines,

ces dernières écrivent pour briser le silence auquel elles ont été soumises pendant longtemps. Elles se considèrent aussi comme la voix de toutes les femmes du continent à travers les personnages féminins de leurs romans. C’est pourquoi les femmes écrivains d’Afrique écrivent surtout sur des femmes, à partir d’une perspective plus réaliste et plus enrichissante. Jusqu’aux années 70, les premiers écrits produits par les femmes étaient plutôt autobiographiques et tournaient autour de leur monde privé. Mais vers les années 80, les écrits des femmes africaines changent d’orientations et passent des thèmes de leur marginalisation, par la tradition et le colonialisme, à d’autres thèmes dans lesquels elles dénoncent la situation de leurs vies privées. Elles revendiquent un changement social et leurs œuvres littéraires deviennent des armes pour aider à transformer la réalité dans laquelle elles vivent. Aujourd’hui, les femmes africaines écrivains abordent toute sorte de thèmes de la vie du peuple et s’intéressent aux problèmes sociaux, politiques et économiques auxquels les populations sont confrontées. Leur engagement social n’est pas à mettre en doute. Elles abordent également les thèmes qui les préoccupent, tels que le mariage, la maternité, l’éducation de la femme, l’indépendance économique, la marginalisation, les stratégies féminines de résistance à toute forme d’oppression etc.

Ainsi par exemple, la Camerounaise Calixte Beyala, qui vit actuellement à Paris, est très engagée dans le domaine socio-culturel. Elle aborde les thèmes tels que le choc culturel issu de l’exil des Africains en Europe. La sud africaine Bessie Head, a connu une enfance difficile et a vécu dans un orphelinat. Dans ses romans, elle présente des problèmes sur le racisme, le développement et  la modernisation.

 

Mais pour quel résultat ?

Grâce aux écrivains femmes africaines, l’image que l’on se faisait de la femme a été transformée et enrichie.

Le souci des écrivains africaines d’utiliser les femmes comme personnages de leurs écrits a contribué à enrichir et à humaniser la littérature africaine. Ainsi ces écrivains ont changé en positif ce qui était négatif.

Elles rehaussent l’image de la mère tout en soulignant les aspects négatifs liés à la maternité. Nous pouvons trouver cela dans «Les joies de la maternité» de la nigériane Buchi Emecheta, qui est certainement l’écrivain noire la plus connue sur le plan international. Dans «Ma lettre la plus longue», la sénégalaise Marian Bâ, propose une réflexion intéressante sur la polygamie.

Quant au magnifique roman «Zenzele, une lettre pour ma fille» de la zimbabwéenne J. Nozopo Maraire, une mère réfléchit sur tous les aspects de sa vie et ceux de son pays. C’est une lettre adressée à sa fille unique qui est sur le point de partir à l’étranger pour les études.

La mère voudrait que les conseils qu’elle donne à sa fille puissent la guider dans les moments difficiles.

Le traditionnel protagonisme masculin dans la littérature n’est plus si présent, puisque, dans la littérature féminine africaine, les hommes occupent la deuxième place; et ce sont les femmes qui sont à l’avant-plan. Dans ses activités d’écrivain, la sénégalaise Mariètou Mbaye Biléoma emploie le pseudonyme Ken Bugul, qui signifie en wolof: «personne n'en veut». Son ouvrage Riwan et le chemin de sable a été couronné du prestigieux "Grand Prix littéraire de l'Afrique noire" en 1999. Elle est aussi animatrice d'Ateliers d'Écriture en milieu défavorisé et elle travaille également à la promotion d'œuvres culturelles. Ainsi donc les femmes écrivains d’Afrique privilégient les femmes et démystifient des lieux communs associés au monde féminin, qui empêchaient tout changement dans leurs vies.

 

Louis Kalonji

 

Femmes écrivains