N° 35 Juillet - Septembre 2006

Cela m’a toujours frappé le tableau de trois singes dont l’un a les yeux bandés avec les mains, l’autre les oreilles bouchées au moyen de ses propres mains et le troisième la bouche cousue toujours par ses mains. La «morale» qui sous-tend cette image légendaire est que pour vivre heureux dans ce monde, il faut ne rien voir, ne rien entendre et ne rien dire. C’est possible …

Seulement que ceux qui commandent nos pays, le monde et prennent des décisions qui conditionnent parfois négativement nos vies humaines à plusieurs niveaux, ont quant à eux, les yeux toujours ouverts, les oreilles toujours braquées, les langues toujours pendues, les bras toujours en mouvement. Bref, ils ne sont jamais endormis, rêveurs et insouciants. Ils participent activement à tout ce qui touche leurs vies, leurs poches, leur présent et avenir.

Quand le Dieu des chrétiens, qui est aussi celui des juifs, des musulmans, des indous, des bouddhistes, des religions traditionnelles d’Afrique et d’ailleurs, et même des athées a dit à Adam et Ève et à nous tous leurs descendants de «remplir la terre et de la soumettre», ne nous rendait-il pas participants pour rendre la création plus belle et plus bonne?

Le monde est à nous tous, nos pays nous appartiennent; nos sorts sont liés en bien ou en mal et la participation de tous les citoyens au niveau politique et économique, social et culturel est un droit sacro-saint et un devoir impérieux. Ainsi «…il serait utile que le peuple dans toutes ses couches se rappelle qu'aucune nation, aucun groupe humain dans l'histoire ne reçoit sa liberté sur un plateau d'argent ou encore ne peut réussir son devenir commun sans que chacun et tous ne prennent leur responsabilité. Tout progrès humain, toute avancée significative, valable et durable dans l'histoire, demande conversion des cœurs, effort, énergie spirituelle et intellectuelle, sueur et peines consenties et assumées» (Conférence épiscopale du Togo); et cela d’abord dans la prise en charge des domaines dont on est personnellement responsable: familles, champs, écoles, marchés, bureaux, armée, police, églises, entreprises, ateliers, gouvernement, etc. Pour le bien de toute de la nation, est capitale par exemple la participation du président de la République dans ses «réunions de haute importance» avec son gouvernement ou avec des partenaires étrangers de haut niveau pour la réalisation des programmes crédibles de développement comme tout autant la «pauvre maman» de 45 ans qui ploie sous le poids d’un fagot de bois de 25 kilos qu’elle est allée chercher à six km de sa maison et qu’elle vendra le lendemain pour payer le minerval de son enfant en vue de lui assurer l’éducation qui fera de lui, demain, un cadre.

 

Sur le plan politique, la démocratie qui poursuit malgré tout son chemin en Afrique, est le «système qui assure la participation des citoyens aux choix politiques et garantit aux gouvernés la possibilité de choisir et de contrôler leurs gouvernants, ou de les remplacer de manière pacifique» écrivait Jean Paul II (Centesimus Annus, 46) et de dénoncer que l’élection est un droit toutefois «rendu vain quand le processus démocratique est vidé de sa force par le favoritisme et les phénomènes de corruption, qui non seulement empêchent la légitime participation à la gestion du pouvoir, mais interdisent l'accès à un juste usage des biens et des services communs». De même au niveau du développement, il est désormais établi qu’on ne peut faire le bien des pauvres – individus ou nations - sans leur participation, eux qui possèdent souvent une expérience locale , un bon sens et un génie créateur insoupçonnés.

Ce n’est pas au moyen des dombolos ni d’incantations en accoutrement ancestral amusant les touristes et les autorités ou d’interminables «prières» que les citoyens réaliseront leur pleine participation à l’amélioration de leur sort mais par un labeur assidu, une éducation sérieuse, une effective prise de conscience, un sens aigu des droits et devoirs individuels et collectifs, de leurs capacités et de leurs limites, la culture de l’information crédible, de l’analyse sérieuse et de débats constructifs, etc. A nul est permis ni léthargie, ni indifférence, ni peur de changement, ni conformisme, ni désespoir. Les manœuvres (terreur, manipulation, contrôle des medias, corruption, division, conflits, misère, ignorance…) par lesquelles on supprime ou diminue la participation citoyenne sont à condamner et à combattre absolument!

P. Louis Kouévi Adjetey

Participation à tout prix