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Les élections présidentielles et législatives organisées en RD Congo le 30 juillet dernier, ont été précédées d'une campagne électorale de 30 jours, caractérisée par une ambiance endiablée de rassemblements politiques, d'émissions de propagande dans les chaînes de radio et de télévision. Des milliers des calicots, d'affiches et des portraits des candidats étaient collés aux murs des bâtiments publics, le long des artères et dans les lieux d'attraction. Une forêt de visages souriants et de messages séduisants, chargés de promesses, indices, entre autre, des fortunes investies par les milliers de candidats en compétition (33 à la présidence, pour un seul poste; 9.500 au parlement, pour 500 sièges).
Un événement qui a représenté, sans doute, une étape cruciale dans l'histoire du pays. En bas du texte de la constitution et de la loi électorale diffusée par la Commission Électorale Indépendante, l'électeur pouvait lire ces mots encourageants: «Votre vote, c'est votre choix! Votre vote, c'est votre droit! Moi, je vais voter, et toi? Allons tous voter en paix!» De nombreux pays de la planète ont des dispositions législatives sur le financement des campagnes électorales. L'expérience est là pour assurer que l'argent est un facteur important du succès électoral, d'où la tentation de se le procurer et de le distribuer avec moult astuces. Où il n'y a pas des règles du jeu équitables, il ne reste que le jeu. Et où pour plusieurs milliers de candidats les sièges ne sont que 500, tout moyen est bon. On l'a vu.
Ou encore "Dans les rues de Kinshasa tout comme dans les provinces - écrivait le Journal du citoyen - les candidats larguent leurs artilleries pour séduire leur potentiel électorat. Les voyages deviennent légion, et la générosité sans précédent." Les propagandistes se présentaient souvent aux rassemblements populaires avec des cadeaux: des casquettes, des pagnes, des montres, des sacs de riz ou de haricots, des vélos, des bouteilles de bière. «Citoyen, tu es objet de sollicitations - prévenait le bimensuel catholique Renaître le mois d'avril - ta souffrance pourrait t'amener à accepter un demi-kilo de poisson salé, un verre de sel, des T-shirts arborant l'effigie de celui qui viendra vers toi en peau de sauveur». Très appréciés par les foules les dons en argent, de 300 francs congolais à 1.500 (1 dollar = 450 francs). Des candidats qui se limitaient à donner 100 francs ont été chassés avec des pierres. Les gens disaient: «Une fois élu député, il gagnera beaucoup d'argent, pourquoi doit-il donner si peu ?» Des choses qui arrivent bien dans d'autres pays, mais accentuées par la misère qui sévit. Les cadeaux étaient accompagnés aussi d'une multitude de promesses, dont la plupart frisaient la démagogie et dépassaient toute imagination: «Si je suis élu, je vous construirai un barrage hydro-électrique… des ponts sur les fleuves… vous aurez finalement la route qui permettra aux produits de vos champs d'arriver jusqu'à la capitale… on viendra installer ici une station de radio-télévision. Cela vous fera sortir de votre enclavement... je mettrai fin à la situation de misère que vous connaissez.» Aux habitants de la province de l'Équateur, où d'habitude les fleuves fonctionnent mieux que les routes, on a promis des baleinières qui «faciliteront les communications d'un coin à l'autre de la province.»
Mots et images Un chapelet de rêves et de souhaits de mettre en avant la paix, la démocratie, la prospérité, accueillis par les gens qui s'attendaient très souvent à des gestes de générosité et criaient à l'adresse du candidat qui n'apportait rien : 'Akabaka te, azanga mawa' : il ne partage pas, il est sans pitié. Pour frapper l'auditoire d'une manière efficace, les candidats et leurs partisans n'ont pas lésiné sur les mots ou les images: 'Le Congo n'est pas à vendre', 'Voilà l'homme idéal pour mettre fin à la souffrance', 'Pour rétablir l'honneur et la dignité du peuple Congolais', Pour le bien des fils du Congo', 'Pour le changement de demain', 'Pour gouverner autrement', 'Pour la réhabilitation de la famille', 'Pour une démocratie véritable'. Aux yeux des gens déboussolés, les panneaux bordant les routes assuraient: 'Votons tous pour X.Y. le visionnaire', 'Il représente la valeur sûre', 'L'intérêt général', 'Une manière de gouverner autrement', 'L'homme de l'unité', 'Un homme nouveau avec des idées nouvelles pour le Congo', 'Jeune candidat du peuple', 'Espoir pour notre pays', 'Son seul défaut, l'honnêteté', 'Faites de moi votre serviteur', 'Ma divise: Honnêteté et rigueur dans le travail', 'Expression de vos attentes', 'Mon devoir: initier et voter des lois justes', 'Je désire un Congo fort, riche et respecté'. 'Pour un Congo uni, fort et prospère' était la promesse du président de la transition, Joseph Kabila, dont la mine jeune et ferme soulignait le style de ses cinq ans de gouvernement, gérés au dessus des querelles des clans politiques et résumés par l'adage: 'Momemi maki asuanaka te, abundaka te': celui qui porte les œufs ne se chamaille pas et ne se bat pas. 'Je vote Joseph Kabila, artisan de paix', disait un autre grand panneau. 'Maboko Pembe', mains propres, assurait un candidat en montrant ses mains non souillées par le sang, les détournements et la mauvaise gestion. D'Antoine Gizenga, 81 ans, ancien vice-Premier ministre du gouvernement de feu Patrice Lumumba, en 1960, candidat du Palu (Parti lumumbiste unifié. Devise, Le Peuple vaincra), les affiches affirmaient qu'il est 'Le Congolais le plus sûr, sage et expérimenté'. Bien qu'il n'ait pas distribué des T-Shirts, il a arraché près de 13% des suffrages validement exprimés. Promesse = dette Certains faisaient appel aux sentiments religieux des électeurs: 'Candidat des chrétiens', 'La différence dans le Christ', 'Candidat évangéliste', 'Candidat protestant', 'Candidat révélé de Dieu'. Un aspirant député affirmait du haut de son affiche qu'il avait eu 'la vision de Dieu, lui demandant de se porter candidat'. 'Avec Dieu nous vaincrons',assurait le Mouvement de Libération du Congo, dont J.P. Bemba est le chairman. Son programme: 'Pour la sécurité, la justice et le développement'. Enfin, tous les candidats des 264 partis ont tablé, dans leur propagande, sur un projet de nation capable de faire oublier à la population un passé de dictature, de guerre, d'illégalité, de misère. C'est à eux maintenant de montrer que leurs mots étaient sincères et que l'adage français «les promesses électorales n'engagent que ceux qui y croient» ne concerne pas la RDC. A la fin de la campagne électorale au Burkina Faso, l'année dernière, la presse locale rappelait que le président sortant tout comme ses adversaires, avaient eu à faire des promesses aux populations. Mais une promesse, rappelait un journal, «c'est une dette qui se réclame à coups de bâtons»! Aux électeurs donc la tâche jamais finie d'exiger que leurs représentants honorent les engagements pris. Car la tentation de les oublier est toujours là. A la veille des élections législatives de 1999, Le Quotidien béninois rappelait que: «Tout le monde aspire à siéger au palais des gouverneurs et ceux qui y sont, veulent aussi se maintenir». Louis Kalonji |
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Hé! Les candidats... |